samedi 17 décembre 2011

La revanche de l'histoire

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L'histoire est de retour. Nous sommes à l'aube d'une de ces grandes crises qui façonnent depuis toujours la condition des hommes. On l'avait dite assoupie et épuisée il y a moins de vingt ans, appelée à prospérer dans la bonace, alors que les tempêtes guettaient, à peu de distance. Il y eut d'abord 2001 et le bouleversement des attentas du 11 Septembre. Puis 2003, et l'enlisement de l'Amérique dans une logique de force. Enfin l'été 2008 et ses déflagrations multiples, de la guerre en Géorgie à la faillite de Lehman Brothers.

Les menaces s'accumulent. Le précédent de 1929 hante tous les esprits: une spéculation boursière aggravée par un recours excessif à un levier financier, puis une catastrophe économique financière, dans laquelle, de proche en proche, un effondrement bancaire entraîne une crise de crédit, celle-ci engendrant à son tour une récession industrielle. Demande et production s'engage dans une spirale dépressive. Les états

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succombent aux pièges du protectionnisme, des dévaluations compétitives et des politiques aux effets déflationnistes. En 1932, le revenue américain national a diminué de moitié par rapport à ce qu'il était à la veuille du krach. Les ressemblances sont réelles: la même brutalité d'une crise , au fond inéluctable, le même appel à la restauration de la morale, la même tentation du repli, le même risque d'abandon de certains pays fragiles.

Aujourd'hui, comme hier, il est illusoire de croire à un possible découplage de l'économique et du politique. La crise de 1929, faut-il le rappeler, a favorisé la prolifération des nationalismes et l'avènement du nazisme. La crise économique souffle, dans un cas comme dans un autre, sur les braises d'un système international déséquilibré et incertain, ici unipolarité américaine après la guerre froide, là les frustrations du traité de Versailles à l'issue de la Première Guerre Mondiale.

D'ailleurs, 1929 n'est pas le seul exemple : toutes les crises économiques majeures charrient leur lot de conflits internationaux et d'instabilités politiques nationales. A la fin du XIX siècle, la France a connu une longue dépression, deux décennies de marasme et d'essoufflement dues à des prix agricoles déclinants et à des débouchés industriels raréfiés. La reprise ne s'amorce réellement qu'après 1906, à la faveur d'une nouvelle révolution industrielle. Le marasme conduit, de proche en proche, au grèves de Decazeville en

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1886, à la tentation boulangiste et à la crise de Fachoda, opposant les impérialismes coloniaux britannique et français.

Les grandes crises exacerbent les tension existantes et les portent à leur point d'incandescence. En 1928, un observateur éclairé aurait sans doute pu parié sur un apaisement de la question allemande. Le problème des réparations de guerre avait été partiellement résolu par le plan Dawes. La sécurité collective progressait, grâce aux efforts de Briand et Stresemann. L'économie prospérait à nouveau profitant des investissements américains. Le parti nationaliste végétait à 2,6% des voix. Pourtant en 1930, il bondira à plus de 18 %, en 1932, à 37%.

Au tournant du XXI siècle, d'autres menaces existent: un Moyen-Orient plus dangereux que jamais, une rupture possible de la construction européenne ou encore raidissement nationaliste de la Chine.[?]

Enfin, les crises parachèvent des mouvements de fond déjà amorcés de longue date. La dépression de la fin du XIX siècle a accéléré la montée en puissance de nouveaux pays industrialisées: Êtas-Unis, Allemagne, Japon. 1929 a entériné le déclin européen et préparé la bipolarisation entre Russes et Américains. Aujourd'hui, l'ascension des pays émergents, Chine et Inde surtout, mais aussi, avec quelques bémols, Russie, Brésil et Mexique, semble inéluctable. Peut-être seront-ils plus secoués que d'autres

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car ils demeurent fragiles. Néanmoins ils devraient ressortir renforcés de l'épreuve. Une nouvelle hiérarchie économiques et de nouvelles règles de compétition se mettent en place.

Il faut exercer notre regard à saisir toutes les promesses de ces transformations. Chaque crise a ses vertus, à commencer par l'obligation de nous remettre en question. Elle nous donne l'occasion de nous débarrasser des habitudes acquises, des facilités de l'indignation, et de l'assèchement du sens critique. Rares sont les drames dont les hommes ne soient sorti plus déterminés à assurer leur prospérité et à garantir la paix. La sortie de l'enfer de la Seconde Guerre Mondiale, engendrée par la dépression des années trente, à conduit au renouveau. La victoire a permis la refondation du pacte démocratique avec de nouvelles constitutions plus audacieuses et plus équilibrées.[FENIX-CENDRE]. Elle a légitimé la construction collective de l'État providence inspiré par Beveridge comme par le Conseil National de la Résistance pour la France Libre, à l'origine de l'ordonnance de la Sécurité Sociale de 1944. Elle a instauré le compromis fordien des Trente Glorieuses, lorsque les gains de productivité et les hausses de salaire créaient les conditions de la demande accrue d'une société de consommation. Enfin, elle a jeté les bases d'une tentative inouïe de sécurité collective dans le cadre des Nations Unies, dans le droit fil de l'idéalisme de la charte de l'Atlantique signée le 14 aout 1941.

POURSUIVRE LA RELECTURE

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En remontant davantage dans le temps, d'autres crises ont produit des bienfaits tout aussi importants. Les révolutions démocratiques et nationales de 1848, «printemps des peuples» où le génie de la liberté parcourt toute l'Europe , sont les fruits de grave crise des économies européennes à partir de 1846, source d'immigrations massives d'Irlande et d'Allemagne, les dernières disettes[fr+/-] européennes et de fortes tensions sociales dont témoigne la publication du Manifeste du Partie Communiste. Si le rêve s'achève mal, - avec un retour à l'ordre dont témoigne le cout d'État du 2 décembre -, il n'en demeure pas moins que le suffrage universels est instauré en France, que la cause de l'unité italienne a pu faire entendre sa voix et que plusieurs constitutions ont été adoptées en Europe, sapant[fr+/-] ainsi les bases liberticides[+/-] du congres de Vienne [hst].

Il faut se garder de deux écueils. La célébration béate des vertus de la crise, car le renouveau naît de douleurs humaines que nul ne peut oublier. La démesure prophétique, car la tentation est toujours grande de voir se dessiner la fin du monde dans les brumes des grandes faillites. Les écrits économiques et politiques des années trente fourmillent de « crépuscules » ou de « fins » du capitalisme qui, avec près d'un siècle de recul paraissent excessifs. La reconstitution nécessaire repose sur la capacité au réalisme dans les constats autant que dans les objectifs.

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Elle exige, pour être menée à bien, une vision et des bras. Elle est l'affaire des citoyens et de leurs volonté, pour édifier une cité-monde qui soit enfin un cité des hommes.

Face à l'histoire en train de se faire, retrouvons la capacité d'agir pour la changer plutôt que de la subir. Connaître. Comprendre. Anticiper. S'engager. Raisonner sur les événements en cours à l'aide des exemples du passé et des courants de fond qui travaillent nos sociétés est, à soi seul , un exercice d'émancipation. Je me suis efforcé, au cours de ces deux dernières années, à travers voyages et rencontres, en France et dans le monde, de Buenos Aires de Chengdu, Kyoto ou Lagos, de Bruxelles à Moscou, New York, New Dehli, Doha, Téhéran, jusqu'à Casablanca ou Lima. Partout, j'ai constaté l'urgence de se saisir d'un destin commun. Les hommes sont les acteurs de leur propre histoire non malgré eux, par une ruse de leur raison, mais par vertu de leur liberté. Il s'agit de construire la communauté d'hommes libres, sur les ruines d'un passé révolu. Pour la première fois, à l'issu d'un siècle d'intégration mondiale tantôt douloureuse, tantôt heureuse, nous sommes en situation d'affirmer pleinement, notre destin collectif à l'échelle du globe. De saccades en secousses, la vision d'un monde global à fait son chemin. En 1989, la fin de la division ouvrait un horizon d'espérance. Vingt ans après, le pessimisme a repris le dessus. Nous vivons dans

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la certitude de dangers universels qui s'amoncellent[fr+/-] sur nos têtes, du réchauffement climatique au pandémies. Dans le même temps, certains clivages raciaux, sociaux, nationaux s'estompent pour faire face à de nouveau antagonismes économiques ou religieux par exemple. Les grands mouvements précipitent une prise de conscience collective et la nécessité de solutions communes. N'y a-t-il pas là les contours d'une République - au sens où les Anciens utilisaient ce terme, celui d'une entité commune, d'intérêts partagés qui imposent des décisions prises de concert, qui obligent à un accord sur les principes régulateurs – à l'échelle de la planète ?

[USW united states de world !?]

Tout est à reconstruire, mais rien ne peut l'être sans des principes fondateurs. L'action ne transforme le réel que si elle découle des convictions partagées, fermes,vivantes, auxquelles on doit restituer toute leur force révolutionnaire.

Le chantier est immense car il consiste à rechercher, avec un œil neuf, ce qui peut constituer aujourd'hui l'intérêt général pour le monde [!?!??!]. Celui-ci ne cesse de s'affirmer de crise en crise et il ne serait de se réduire à la somme particulière des États . De mur abattus en nouveaux murs élevés, nous en ressentons chaque jour d'avantage l'urgence, alors que défilent sous notre regard les images d'une souffrance humaine qui nous semble aussi perpétuelle que la guerre.

Pour défendre cet intérêt général encore embryonnaire, réhabilitons dans un esprit de

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responsabilité les piliers de la paix, de la justice, de la solidarité et de l'indépendance, afin qu'une véritable dynamique puissent s'enclencher au niveau des États, des ensembles régionaux, et, en définitive, de la planète toute entière.

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