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Plusieurs métamorphoses se télescopent. La première touche les hommes eux-mêmes. Parce que son rythme est lent, ses évènements anodins et les menaces lointaines, la révolution démographique n'attire qu'une attention distraite. Tout au plus voit-on resurgir à intervalles réguliers les peurs malthusiennes d'une surpopulation mondiale. Mais les prévisions catastrophistes des années soixante-dix ne se sont pas réalisées. On emprunterait plutôt le chemin
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- encore long - de la stabilisation. Le nombre d'habitants augmente toujours, bien sûr, mais moins vite qu'auparavant. Surtout, la transition démographique est désormais achevée dans de nombreux territoires et engagée partout. Depuis 2003, un humain sur deux vit dans un pays où l'indice de fécondité par femme est inférieur où égale à 2,1, c'est-à-dire le taux qui assure la stricte reproduction de la population. L'humanité passe d'un régime démographique traditionnel stable, fondé sur une mortalité et une natalité fortes, à un régime démographique moderne également stable, où s'équilibrent une natalité et une mortalité faibles. L'instabilité domine dans l'intervalle, quand les progrès sanitaires et médicaux précédent les mentalités seules capables de changer la fécondité. L'augmentation de la population planétaire est la somme des ces déséquilibres transitionnels. Elle n'en pose pas moins de redoutables défis pour nourrir l'humanité.
Ces mutations affectent durablement les structures familiales, les ordres sociaux et les équilibres politiques. Partout, la transition démographique a favorisé le rapprochement de la condition des hommes et des femmes, à travers la maitrise de la procréation. Elle entraîne généralement la stabilisation politique et économique lorsque l'afflux de jeunes sur un marché du travail étranglé se tarit. Ce n'est pas toujours un vecteur de démocratisation, comme le montrent les exemples russes et chinois, mais du
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moins de modération par rapport aux excès meurtriers du passé.
Malgré l'agitation sociale et politique actuelle des mondes arabe et musulman, on entrevoit des perspectives de stabilisation démographique et des promesses de pacification dans ces régions.
La seconde révolution en cours est celle de l'éducation. Certes, ses résultats restent insuffisants, mais jamais autant d'être humains, jamais surtout une telle proportion entre eux, n'ont eu accès à l'instruction. Désormais, quatre adultes sur cinq sont alphabétisés, ce qui constitue presque une inversion des proportions par rapport au début du siècle dernier. L'instruction primaire gagne sur presque tous les terrains. Dans une décennie, l'alphabétisation devrait s'étendre aux neuf dixièmes de la population mondiale. L'éducation secondaire progresse également malgré la persistance des inégalités immences, en particulier entre les sexes. Les pays du Nord connaissent eux aussi une forme de révolution éducative à travers la massification et la démocratisation de l'enseignement supérieur. Cette révolution a une porté économique parce qu'elle permet une amélioration des qualifications moyennes de la main-d'œuvre, une productivité accrue et une spécialisation des activités; mais également politique car l'alphabétisation donne accès aux moyens d'information et porte les mouvements démocratiques, comme l'avez déjà
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perçu Condorcet [hst] dans son projet d'instruction universelle.
Troisième révolution, celle de la mobilité. Jamais la planète n'a été agitée d'autant de mouvements d'hommes et de femmes. Le monde dans lequel nous entrons est un monde de déracinements massifs. Les migrations y seront de plus en plus importantes, activées par les différentiels économiques, par l'abondance de conflits douloureux, bientôt peut-être par les dangers climatiques et environnementaux. Si l'on réunissait l'ensemble des immigrés de la planète, on pourrait constituer le cinquième plus grand pays du monde, plus peuplé que le Pakistan, la Mexique ou la Russie. Les besoins des économies du Nord avec leurs démographies déclinantes, ne font qu'accroitre l'incitation au mouvement.
Les mentalités ne s'adaptent que lentement aux faits. Pendant des décennies, on a imaginé l'immigration de travail, transitoire et orientée vers le retour au pays. C'était irréaliste car c'était nier l'expérience humaine accumulée par ces travailleurs, les espérances qu'ils avaient fondées, les liens qu'ils avaient créés. Le monde occidental a vécu sur le déni. Il est tenté, ici ou là, par le repli derrière les murs et les grillages. Mais cela n'a pas de sens. Tout le temps passé à refuser de construire une histoire commune et respectueuse des uns et des autres, est un facteur d'accumulation des rancœurs et un risque des
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violences, non seulement à l'intérieur des pays, mais aussi entre les pays.
A cela s'ajoute le mouvement brownien des déplacements de courte durée. Le tourisme est entrée dans une phase d'accélération de diversification. D'abord privilège occidental, il devient lui-aussi une réalité mondiale. Par exemple, il croît rapidement en Asie. De nouveaux lieux touristiques émergent, dans les Emirats arabes, en Asie du Sud-Est, capables de concurrencer les lieux les plus établies. En cinquante ans, les flux de touristes ont été multipliés par trente et devraient encore doubler dans les vingt années à venir. Le tourisme change les sociétés et les hommes. Non seulement, il transforme les espaces, parce qu'il nécessite des infrastructures et des moyens de transport, mais il bouleverse le regarde individuel sur le monde. Il crée le sentiment d'un patrimoine culturel commun, suscite des modes de perception et de rencontre de plus en plus proches.
Contrainte ou désirée, la mobilité reste un facteur d'unification de l'humanité. Elle favorise la connaissance mutuelle et le dépassement des différences. L'humanité nouvelle est décloisonnée, mais diverse. Petit à petit, elle prends conscience de la valeur de cette diversité. Mais cette mobilité renforce également les frustrations, parce qu'elle traduit les inégalités et nourrit les ressentiments [fr]. Il faut donc accompagner les rencontres [? - pas une langue de bois pour une fois ?].
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Le tourisme doit s'inscrire dans un cadre durable et respecter les sociétés locales. Son extrême concentration spatiale, ses infrastructures massives et sa restriction au dixième le plus riche de la population mondiale sont sources de risques accrus. L'accueil et le suivi des flux migratoires doivent assurer une meilleures intégration dans les sociétés d'arrivée, en tenant compte des dimensions humaines et sociales dans la longue durée.
Nous entrons dans un nouveau monde. Nous n'y somme pas seuls. Mais il n'a encore ni carte, ni charte. Nous nous trouvons à la croisée des chemins, devant des choix décisifs car les rancœurs accumulées créent une situation explosive. Ce sera une révolution, de gré ou de force, pacifique ou destructrice. Pour l'accompagner sans la subir, il faut comprendre ce monde qui nous attend, sans céder au catastrophisme, avant de nous tourner efficacement vers l'action. Ensuite assumer la connaissance avec lucidité.[CRA: comprendre réfléchir agir; Bitard du forum; on peut le conjuguer sous toutes les sauces; ma remarque: en russe – le rôle des préfixes différentes de celles en français, sans parler que le verbe comprendre possède une multitudes des préfixes; liens avec « Que faire » de Lenin et de Gerzen et « Kto Vinovat » de Chernichevskii ].
Les scénarios d'une sortie de crise plus ou moins rapide, dans les années à venir reposent sur l'hypothèse d'une reprise du moteur de la mondialisation et d'une traction de la croissance par la demande intérieure des pays émergents. Même dans ce cas, les zones économiques ne possèdent pas toutes les mêmes atouts.
Mais un autre scénario est à envisager, celui de la reprise impossible, dans lequel les
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États-Unis rechuteraient de crise financière en crise financière, dans l'éclatement successifs des bulles, des encours de cartes de crédit, des assurances, des défaillances d'entreprises. La première des puissance, abandonnée à une dette gigantesque et exponentielle, pourrait perdre
la prééminence du dollar. La compétition mondiale en serait profondément transformée.
L'Europe désunie peut assister à la dislocation de la monnaie unique entraînant un risque de
confrontation entre l'ouest et l'est du continent, dont les intérêts et les situations divergent de plus en plus. [pas évident du tout; à débattre; pour l'euro – d'accord; pour le reste – trop compliqué; et puis continent ici est l'Europe ou l'Eurasie ?].
En Chine aussi, les tensions intérieures peuvent, si elle sont aggravées par les enchaînements mondiaux, atteindre l'intégrité territoriale en favorisant des potentats [fr] locaux, nourrir tel ou tel particularisme ethnique et déstabiliser le régime politique en conduisant au raidissement du parti communiste.
Face à ces menaces, il est nécessaire de multiplier les actions en ne se contentant pas des effets d'annonce. A ce stade, le G20 marque une promesse, pas encore un progrès.
Nationalisations, fonds de défaisance des produits toxiques, tout doit être mis en œuvre pour restaurer les flux mondiaux et conjurer le pire.
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