LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 29
Le projet moderne promettait l'enclenchement d'un cercle vertueux fondé sur le progrès, la prospérité, la paix et, au bout du compte, le bonheur. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Bien sûr, la mondialisation a permis l'émergence d'une vraie classe moyenne en Chine et en Inde. La pauvreté dans le monde a reculé au cours des dix dernières années. L'Afrique a enfin renoué avec la croissance. Mais cinq sixièmes de l'humanité ne sont toujours pas en mesure de satisfaire leurs besoins et, pour un milliard d'humains, pas même leurs besoins primordiaux. Notre ordre économique continue de creuser les faussés et d'aviver les frustrations. En ce sens, la crise est bien un enjeu de moralisation qui ne saurait se limiter aux excès de la finance et laisser intacte la frénésie de consommation et de spéculation.
Économique, morale, sociale et politique, la crise agit comme un révélateur de déséquilibres inhérents à la volonté de puissance. Le pionnier de Far West n'est pas seulement l'emblème des États-Unis, il est, au même titre que conquistador, le symbole de l'Occident tout entier, forçant le passage en brutalisant les Indiens et se berçant de rêves de ruée vers l'or. Les responsabilités sont collectives laissant percer les illusions dangereuses. [ce passage a été commenté sur VillepinCom pat NBN – où ? -mon groupe ?].
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D'abord, le recours à la force qui a souvent été le mode de résolution des conflits et qui se pare [fr] des habits du droit. C'est l'erreur commise en Irak par l'administration Bush habitée d'une croyance messianique en une destinée manifeste, forte d'une supériorité militaire écrasante.
Ensuite, confiance aveugle dans la capacité d'autorégulation du marché. L'abandon à la Providence permet de croire à une prédestination pour le bien de l'humanité, d'un monde guidé par la « main invisible du marché » annoncée par Adam Smith. A force de laisser faire le laisser-aller l'a emporté.
Enfin, le dédoublement schizophrénique des intérêts constamment pratiqué par l'Occident entre la propagation de nobles idéaux et la défense pragmatique d'intérêts, souvent contraires à l'exaltation [fr] des premières. Cette hypocrisie d'une double morale est la source la plus évidente du rejet de la parole occidentale. Ne prenons que le Moyen-Orient: combien de fois en un siècle, les Occidentaux ont-ils promis la démocratie, le respect, la paix et la prospérité ? Combien de fois se sont-ils dédit depuis les accords de Sykes-Picot de 1916 [hst] ?
La modernité s'est donnée la démesure pour règle, pour le meilleur et pour le pire, dans l'ordre social comme dans l'univers des formes artistiques. Or, presque toutes les civilisations se sont construites sur la recherche de l'équilibre, chacune à sa manière, la Chine confucéenne comme le Japon shintoïste et l'Inde
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soucieuse de la préservation des harmonies cosmiques et sociales. L'enjeu des prochaines décennies pour assurer la cohérence de la cité des hommes oblige à la fois à restaurer de grands équilibres et assurer une gouvernance légitime. L'Occident ne peut plus se permettre de penser seul et pour les autres, il lui faut réfléchir avec et grâce aux autres cultures.
Tandis que l'Occident s'effrite, le monde change. La modernisation s'accélère. Cette grande transformation ne s'est pas faite par les armes. Elle a commencé depuis plus d'un siècle dans les soubassement[fr] de toutes les sociétés traditionnelles. Les villes deviennes le cœur battant d'une nouvelle civilisation où s'apprennent des formes de pouvoirs, de production et de culture inédites. En même temps, la fin de la transition démographique libérera, à terme, le monde des grandes instabilités démographiques et sociales. Enfin, la révolution éducative offre de nouveaux horizons aux hommes. La lecture et l'écriture seront bientôt à la portée de l'immense majorité de l'humanité. Les conséquences politiques et économiques en sont incalculables. Un autre cycle commencé il y a cinq mille ans dans le croissant fertile du Moyen-Orient parvient à son terme.
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