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Le capitalisme n'est pas mort, mais il est en constante mutation, chaque crise combinant rupture et métamorphose. Le terme, après avoir été polémiqué, est en effet devenu si vague qu'on le confond avec d'autres réalités. Ceux qui, à l'occasion de la crise, demandent des mécanismes de régulation plus stricts, ne remettent pas en cause le capitalisme en tant que tel, mais sa variante néolibérale, d'inspiration anglo-saxonne qui s'est imposée à la fin du XXe siècle. En revanche, ceux qui blâment les méfaits et le goût du lucre [fr] s'en prennent en réalité à l'ensemble de l'économie de marché, aussi vieille que les marchandes et plus ancienne que le capitalisme. Ce dernier est l'aboutissement de forces historiques lointaines dont le changement ne se décrète pas, les échecs des révolutions communistes du siècle passé en témoignent assez. [pas d'accord du tout; il n' y a que deux révolutions majeures russe et chinoises. Chinoise n'est pas terminée dans le sens classique; russe a été explosée par les américains – raisons purement géopolitique et non économiques]. Comme souvent, on navigue en la matière entre radicalisme violent et le conservatisme impossible alors que la crise impose la refonte. [lien avec AGILE]. Un capitalisme de l'alliance – entre justice sociale et liberté individuelle - doit apporter une synthèse viable aux
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contradictions du passé: l'exploitation, la conquête, l'épuisement des ressources. Il s'appuie sur un nouvel équilibre entre travail et capital, sur une interpénétration des cultures économiques et sur une meilleure gestion des ressources dans la durée.
Alliance entre capitale et travail, tout d'abord. Dans les pays industrialisés, les inégalités salariales ont explosé. Depuis trente ans, les salaires réels, dans les pays OCDE, stagnent ou régressent. Dans la gestion des entreprises, des détenteurs des capitaux ont pris une place croissante, au détriment de ce qu'on appelaient la technostructure, c'est-à-dire, l'ensemble des la gestion productive de l'entreprise.
La pression comptable et la fuite en avant vers l'expansion à tout prix ont fait vaciller les entreprises. Les promesses perpétuelles de 15% de rendement des capitaux propres ne sont tenables qu'au prix d'une diminution inexorable de la main-d'œuvre, d'une réduction constante des coûts ou d'une conquête agressive de parts de marché. On a, de fait, organisé une jungle de vaincus et de vainqueurs et, une sorte de capitalisme de combat.
La crise signifie la revanche du travail. En raison d'ampleur des défis d'équipement, à la fois dans les pays émergents qui doivent rattraper leur manque d'infrastructures ferroviaires, routières, aéroportuaires et dans les pays industrialisés qui ont à faire face au défi de croissance verte et sont contraints de consentir
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des investissements massifs dans l'ingénierie écologique dans le redimensionnement des infrastructures.
Le travail reprend également les couleurs à cause du développement de l'économie de la connaissance. Elle sera au cœur de la nouvelle compétition. Le facteur de production clé y sera la main-d'œuvre hautement qualifiée. Facteur comparativement rare et hétérogène, il pèsera sur la balance de la rémunération globale, en dépit des afflux de main-d'œuvre issue des universités des pays émergents. Les questions de la propriété intellectuelle, en particulier dans les biotechnologies, redessinent les frontières entre capitale et travail. Dans bien des cas, le capital social d'une entreprise sera une idée en non plus seulement de l'argent. [déjà cité plusieurs fois par NBN, sur VillepinCom].
La mondialisation conduit donc, à terme, à la revalorisation du travail, autrement dit, du socle de toute économie. Le paradoxe n'est qu'est apparent. A mesure que les entreprises s'installent dans les pays à faible coût de main-d'œuvre, les travailleurs disponibles y deviennent plus rares et les salaires s'élèvent. En Roumanie, ces derniers ont quintuplé en huis ans. Le processus favorise l'harmonisation des droits sociaux et l'uniformisation des grilles salariales. La pression à la baisse sur les salaires n'est possible que s'il existe des gisements de main-d'œuvres inemployée, comme des centaines des millions des migrants illégaux intérieurs chinois, les mingong [italique de l'auteur], l'armée de réserve de pauvreté indienne, les
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forces de travail sous-employées de l'Afrique. Mais ses prolétaires de l'usine-monde réclamerons un jour leur du. Ce serait une chance pour la croissance, la seule issue à la surproduction mondiale, en raison de la saturation des marchés occidentaux. Nous pouvons entrer dans un nouveaux compromis fordien, si la croissance mondiale est tirée par la demande intérieure immense de la Chine ou de l'Inde, alimentée par les hausses de salaire de leur ouvriers. Les Trente Glorieuses [hst] seront devant nous.
Le capitalisme de l'alliance repose aussi sur un croisement des cultures économiques aux sein des entreprises. Les multinationales actuelles sont plus diverses et mieux implantées sur leur différents territoires que par le passé. S'achève ainsi la «colonialisme économique » de l'entreprise occidentale conquérante. Les grandes fusions-acquisitions des années quatre-vingt-dix ont été symptomatiques d'une fausse mondialisation: il s'agissait de poursuivre la concentration du capital à structures inchangées, par l'absorption des groupes vaincus. La démarche n'est pas tenable.
Il n'y a pas de modèle économique global capable de s'imposer partout sur la planète. Il faut multiplier les partenariats avec des acteurs locaux de la branche [?] pour partager le risque culturel d'une telle coalition économique. L'implantation durable nécessite de longues associations, par exemple, dans les domaines de la fourniture d'énergie ou des services de l'eau.
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La diversification de la culture économique est un fait. Les grands champions économiques des pays émergents sont montés sur le devant de la scène mondiale ces dernières années: le groupe Mittal, le chinois Lenovo, le conglomérat indien Tata. Ils viennent de s'ajouter à la première génération de la diversité, celles des zaibatsus japonais, Mitsubishi par exemple, et les chaebols coréens. Dans le domaine des médias ou dans les nouvelles technologies, de grands groupes issus de pays du Sud vont émerger bientôt. Les flux d'investissements et de rachats ne seront plus désormais à sens unique. Les cultures d'entreprises indiennes, chinoises, sud-américains prennent de plus en plus la consciences de leur légitimité. Elles ont leurs propres fins, leurs modes de gouvernance, leurs imbrication dans le tissu social. Pour la première fois, le capitalisme ne sera plus occidental d'esprit et mondial par destination mais réellement mondial.
Le capitalisme de l'alliance est enfin un capitalisme durable qui assure l'équilibre entre la production et la préservation des ressources naturelles. Le changement climatique, la raréfaction de certaines matières premiers, les conflits d'usage de l'eau sont autant de contraintes qui modifient l'ensemble des stratégies de l'entreprise. Il va falloir réintégrer les externalités massives[?] dans les coûts de production. Il sera nécessaire de contrôler l'impact des
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activités. Les entreprises ne sont pas en mesures d'entrer par leur seul force dans le cercle vertueux. Face aux défaillance du marché, la régulation passe par de véritables partenariats avec les acteurs publics sur l'ensemble des questions environnementales et par des accords de branche soumis à la discipline collective.
La participation de tous est un élément clé du développement durable. Les défis sont immences car il s'agit de construire un nouvel appareil productif dont l'usage soit envisageable à l'échelle planétaire. Si toute l'humanité avait une consommation semblable à celle des Américains, il faudrait cinq planètes pour y subvenir. La refondation n'est pas un choix. Elle impose un dialogue sur les principes et un accord sur les fins. L'implication précoce et entière des industries dans les processus de réduction des gaz à effet de serre conditionne le succès de la reconversion des entreprises dans le cadre de la compétition mondiale. Le respect des normes environnementales, sociales ou culturelles pourrait constituer une valeur reconnue d'une entreprise, une forme de label lui permettant d'entrer plus facilement sur certains marchés, de remporter un certain nombre de contrats et de bénéficier de soutiens publics.
En définitive, l'alliance, sous toutes ses déclinaisons, implique celle de tous les acteurs économiques en faveur d'un intérêt général commun. Il s'agit bien de dépasser le clivage, largement factice, entre le politique
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et l'économique. Non par une politisation des décisions économiques, si souvent à courte vue. Mais par la mise en œuvre du capitalisme solidaire, organisé par la volonté et autour de l'intérêt des hommes. Tous ce qui touche à la production, au commerce et aux échanges a un retentissement sur le sens de notre vie commune et les message à transmettre aux générations futures.[???].
L'entreprise occidentale s'est le plus souvent construite à travers des relations heurtées avec l'État. Héritière des factoreries toscanes et flamandes et des luttes des bourgeoisies communales contre les princes, elle avait tout d'abord trouvé son équilibre en se tenant à l'écart des enjeux politiques, avant de partir à la conquête des marchés mondiaux sous couleurs nationales. A la fin du XXe siècle, les multinationales se sont efforcées, pour leur part, de gommer leurs attaches nationales: world company [italique de l'auteur] pour leurs détracteurs altermondialistes et entreprise globale pour les autres.
L'entreprise-monde, à l'image de l'économie-monde, faisait le grand écart sans trop soucier de cohésion et de durée. Le contraste est saisissant entre des managers aux rémunérations exorbitantes et des ouvriers aux salaires toujours plus comprimés par la concurrence des économies émergentes. La crise devrait avoir raison de ce modèle désincarné. Une forme hybride va naître: une entreprise mondialisée certes, mais avec un ancrage national assumé. L'entreprise, dans tous les cas, va devoir se réinventer, bousculée
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et stimulée par de nouvelles exigences légitimes de nos sociétés: l'intégration des minorités, la parité entre hommes et femmes, la protection de l'environnement et le respect des normes éthiques.
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