dimanche 27 novembre 2011

La nouvelle grammaire des crises

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 79

Plusieurs formes de crise caractérisent notre période qui entremêle la multipolarité et la mondialisation. Premier cas de figure, les crises de proximité. Le foyer est considéré par l'un de pôle de puissances comme relevant de sa sphère d'influence. Il y préserve des intérêts vitaux, souvent en contradiction avec les principes que prône la communauté internationale. L'intervention est cependant délicate et souvent freinée dans les faits, parce qu'elle remet en cause l'équilibre régionale et mobilise les autres puissances. En 2008, la Russie mettait en avant en Géorgie sa préoccupation pour les minorités russes et son rôle stabilisateur vis-à-vis de son «mené étranger proche ». Les intérêts économiques et énergétiques croisés, les interdépendances culturelles et humaines, les périmètres stratégiques construisent une logique d'aire de puissance fédérée autour de la Russie et c'est pourquoi l'implication indirecte des États-Unis dans les révolutions colorées en Ukraine ou en

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Géorgie et celle, directe, dans la promotion de l'adhésion à l'OTAN de ces pays, ont été perçus comme une ingérence inacceptable.

Quelle est la ligne de conduite à suivre face à ces situations ? La communauté internationale d'un monde multipolaire ne peux partager la planète entre ses principaux membres. Reconnaître la priorité d'intervention de la puissance la plus proche ridiculiserait l'ONU et conduirait à une fragmentation dictée par la loi du plus fort. Un Yalta en mosaïque ne ferait qu'aviver et rigidifier d'autres lignes de fracture. Pour autant, il serait irréaliste d'agir frontalement contre les conceptions et les intérêts de la puissance concernée. La seule solution repose sur une implication directe et conjointe de toutes les parties prenantes dans un règlement de crise mené sous l'égide de la communauté internationale, une articulation du régional et du global.


Le vide de puissance constitue le deuxième cas type. Il rend l'intervention collective plus nécessaire encore. Ces conflits naissent et prospèrent dans les failles de l'ordre multipolaire, dans les régions à égale distance de deux ou trois pôles de puissance. Ce sont souvent les lieux de prédilection d'une anarchie persistante, de trafics mondiaux et d'implantation de mouvements violents et criminels. Toute l'histoire de l'Afghanistan, depuis son entrée involontaire dans le « Grand Jeu » des Russes et des Britanniques au XIXe siècle [hst], a été déterminée par

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le manque d'une puissance organisatrice. Frictions entre impérialismes, violence endémique et commerce du pavot s'y sont installés. Son éclatement politique en a fait le havre du terrorisme islamiste lorsque les combattants arabes, parmi lesquels Oussama Ben Laden [TODO: vérifier], vinrent épouser la cause de la libération de l'Afghanistan après l'invasion russe [1) soviétique; le rôle des USA ? - NBN] 1979.

Le désastre afghan, tant intérieur l'extérieur, montre que le traitement de la crise est inadapté. L'intervention de puissances lointaines accroît les malentendus et les rejets. Il n'y a pas de solution militaire en Afghanistan. L'importation difficile de la démocratie ne peut faire l'impasse sur l'instabilité régnante. Ces conflits interstitiels [fr] doivent être traités à la manière de plaies infectées, en associant traitement local et remèdes généraux. Il faut une prise en charge conjointe par l'ensemble de la communauté internationale, mais en s'appuyant, là encore, en priorité sur les États voisins. Toute solution passe d'abord par la stabilisation du Pakistan, dont le destin est étroitement lié à l'Afghanistan. Ensuite il faut responsabiliser les autres États de la région : la Russie, l'Iran,sans oublier les États du Golf qui financent souvent pour s'en protéger les mouvements islamistes. Enfin, il faut mobiliser des ressources financières substantielles pour bâtir des infrastructures et moderniser l'économie. En bref, proposer une méthode graduée qui remonte du particulier au général.

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Aujourd'hui, la logique inverse prévaut, donnant aux populations l'impression de subir une occupation.

Troisième forme de crise, l'affrontement de blocs. Ce sont les conflits les plus graves, parce qu'ils font courir le risque d'un choque direct de deux de principales puissances. Il faut éviter au monde ce qui fut l'histoire de l'Europe, de la ligue d'Augsbourg [hst] qui coalisa les monarchies contre la France de Louis XIV, jusqu'au face-à-face de la Triple Entente et de la Triplice [hst] , qui permit le déchaînement de la Première Guerre mondiale. Dans un climat d'insécurité, les puissances sont tentées par des rapprochements agressifs qui attisent les conflits plus qu'ils ne les gèlent. La politique d'élargissement de l'OTAN aux anciens pays membres de l'Union Soviétique au nom de la diffusion de la démocratie se heurte à la volonté de Moscou de sécuriser ses approvisionnements pétroliers et gaziers et a ranimé une rivalité américano-russe. La rhétorique de guerre froide s'appuyait sur l'irritation des nationalismes et du sentiment « grand-russe ». A l'échelle du monde, les dynamiques de blocs amorcent un renouveau inquiétant. L'organisation de coopération de Shanghai permet ainsi à la Russie, à la Chine et aux pays d'Asie centrale de s'ériger en môle de résistance face aux pressions occidentales.

La désescalade et le multilatéralisme doivent être les seuls principes d'actions face à de tels risques d'embrasement mondial. Il faut favoriser toutes les médiations et progresser par des accords sectoriels arrimant les puissances entre elles dans un dialogue permanent.

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