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Il y a une raison plus profonde au drame actuel. Tout un modèle de production industrielle se disloque, pris dans un mouvement complexe de transition, de saturation et de restructuration. Cette crise dans la crise passe par le relais d'une révolution industrielle à l'autre.
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Le désarroi de la filière automobile est un signe qui ne trompe pas, car c'est le moteur même de la croissance manufacturière depuis plus de cinquante ans qui s'essouffle avec elle. La crise de 2008 jette à bas l'empire de Général Motors sortie triomphant de celle de 1929. Ces cycles longues assurent la « destruction créatrice » de l'économie capitaliste à travers un empilement des strates. A l'industrialisation par le textile ont succédé la domination du chemin de fer et de la sidérurgie, puis celle de la chimie et de l'électricité, enfin celle de la pétrochimie et de l'automobile. Toutes les périodes de l'industrialisation ont eu leur secteurs porteurs, empires économiques dont l'ascension et la chute peuvent être comparées à celles des puissances. L'emblème de l'hégémonie américaine, l'automobile, ne sera plus le cœur du tissus économique. Elle doit faire sa mu[fr] pour s'adapter à un monde de pétrole rare et des villes denses et polluées.
Une nouvelle révolution industrielle prend donc le relais. Celle des nouvelles technologies de l'information et de la communication, initiée il y a plusieurs décennies par le surgissement de l'électronique et le développement rapide de l'informatique. Elle présente cependant des caractéristiques qui la différencient des modèles précédents. Elle réduit la part des processus d'assemblage dans la valeur ajoutée, augmentant celle de la conception et du développement. De plus, ses effets ne sont plus cantonnés à un secteur spécifique.
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L'informatisation redéfinit les schémas de travail dans l'ensemble des activités, jusqu'au services. Elle crée des effets boules de neige dans l'émergence d'autres branches, biotechnologies, nanotechnologies. C'est une révolution porteuse de révolutions, une métamorphose permanente de tout le paysage industriel. Elle modifie la relation entre fournisseur et client par de nouvelles techniques publicitaire et un marketing refondé. Elle accélère et diffuse les révolutions éducatives. C'est toute une « nouvelle économie » qui se substitue à l'ancienne.
Ces nouvelles technologies révolutionnent aussi la division internationale du travail. Tout ce qui ne nécessite pas l'interaction physique entre les hommes est désormais susceptible d'être délocalisé. La mondialisation numérique n'aplatit pas l'espace, elle ne le réduit pas, elle l'abolit. Au cours du dernier demi-siècle, les délocalisations déplaçaient les industries de main-d'œuvre peu qualifiée vers les pays émergeant parce que la différence de coût du travail compensait le prix du transport. Dans les pays de départ, la délocalisation était douloureuse et laissait orpheline des régions entières,victimes de leurs fleurons de jadis, nord de la France, Ruhr allemande ou « Ceinture de la Rouille » des Grands Lacs américains. Mais les hiérarchies économiques des nations étaient conservées. Les pays riches pariaient sur la qualification. A Dortmund, dans la Ruhr, les industries de hautes technologie remplaçaient peu à peu les hauts fourneaux.
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Désormais, cette logique est rompue. Les activités à maintenir sur place sont tout aussi bien lds professions très qualifiées, magistrats ou médecins, que des emplois peu qualifiés, entretien, vente au détail ou service à la personne. De même, les métiers qui peuvent être délocalisés en Inde, en Chine ou en Afrique parce que ils se contentent d'un contact virtuel – sont aussi bien peu qualifiés – les centre d'appel par exemple - que fortement qualifié, conseil, audit ou marketing, peut-être un jour téléenseignement. Une telle évolution accentue la compétition mondiale et entraine le renversement des veilles hiérarchies.
Une autre révolution est en germe, celle de l'économie verte. Située au croisement d'une exigence économique – la rareté des ressources – et d'une exigence éthique - le respect des générations futures -, cette nouvelle économie va sans aucun doute bouleverser nos modes de vie et nos modes de production en irriguant tous les secteurs. Le secteur de l'énergie bien sur mais aussi de l'automobile et de transport aérien, de la construction, de la consommation de produits alimentaires, tous vont être transformés en profondeur par cette nouvelle dimension.
Car, au de-là, il s'agit bien d'une crise de saturation du modèle industriel hérité de deux derniers siècles. Elle est arithmétique. Le déséquilibre entre les ressources naturelles disponibles et les besoins de production devient de plus en plus criant.
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Le monde ne suffit pas à nourrir notre appétit. La crise des matières premières du 2007, lorsque les prix du pétrole, du cuivre, de l'acier ont doublé voir triplé, nous a fait toucher les limites de l'« hyper-croissance » économique. La spéculation effrénée liée à l'explosion de la demande s'est rajoutée à la rareté des ressources. L'arrivée des géants chinois et indien sur le marché révèle l'égoïsme fondamental d'un système qui ne pouvait faire vivre à son rythme qu'une fraction de l'humanité.
Nous prenons conscience, depuis Bhopal ou Tchernobyl, des couts environnementaux et sociaux des l'industrialisation forcée. Le risque n'est plus seulement d'une stagnation mais bien de régression de l'humanité entre pollutions indélébiles [fr] et réchauffement climatique.
La réponse doit être plurielle: une conversion du modèle industriel à une production plus économe en matières premières, une transformation des sociétés développées dans évaluation de leurs besoins, enfin un partage plus équitable des ressources avec les pays émergents et en voie de développement.
L'équipement des ménages est largement achevé dans les pays industrialisés. L'enjeu réside désormais dans son renouvellement perpétuel. Voilà, en définitive, la mère de toutes les bulles, bulle non virtuelle mais réelle, de la société de consommation qui naît d'inadéquation viscérale entre les besoins et les désirs. Les sociétés industrialisées ont opéré une mue[fr]
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profonde au cours des Trente Glorieuses[hst], passant d'une logique de satisfaction des besoins matériels, liée en particulier à la reconstruction dans les pays européens, à une logique d'entretien et d'accroissement des envies, nourrie par des techniques sophistiquées: prospective, publicité, marketing. Faute de débouchés naturels, il a fallu susciter le désir et le faire fructifier en déséquilibrant l'économie en son profit. A la croissance sage et à moyen terme, s'est progressivement substituée une croissance forcée à cour terme reposant sur une illusion publicitaire perpétuellement renouvelée. Le compromis fordien s'est mué peu à peu en son reflet grimaçant, une sorte de compromis freudien. Dans le premier, l'équipement des ménages tire la production, élève les salaires et accroit la demande de biens. Dans le second, un cercle vicieux et aliénant : la satisfaction des faux besoins, du fétichisme des objets et du narcissisme des consommateurs impose toujours plus d'efforts et productivité aux salariés, nourrissant frustrations et rancœurs.
A tous égards, nous achevons le cycle né dans les fumés de Manchester il y a deux cent ans et posons les jalons d'un nouvel âge économique, dont les services, innovations et l'information seront le cœur, avec la révolution verte qui touche de nombreux secteurs, qu'il s'agisse de l'énergie, de l'automobile, ou de l'habitat.
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