samedi 17 décembre 2011

La revanche de l'histoire

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 7


L'histoire est de retour. Nous sommes à l'aube d'une de ces grandes crises qui façonnent depuis toujours la condition des hommes. On l'avait dite assoupie et épuisée il y a moins de vingt ans, appelée à prospérer dans la bonace, alors que les tempêtes guettaient, à peu de distance. Il y eut d'abord 2001 et le bouleversement des attentas du 11 Septembre. Puis 2003, et l'enlisement de l'Amérique dans une logique de force. Enfin l'été 2008 et ses déflagrations multiples, de la guerre en Géorgie à la faillite de Lehman Brothers.

Les menaces s'accumulent. Le précédent de 1929 hante tous les esprits: une spéculation boursière aggravée par un recours excessif à un levier financier, puis une catastrophe économique financière, dans laquelle, de proche en proche, un effondrement bancaire entraîne une crise de crédit, celle-ci engendrant à son tour une récession industrielle. Demande et production s'engage dans une spirale dépressive. Les états

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succombent aux pièges du protectionnisme, des dévaluations compétitives et des politiques aux effets déflationnistes. En 1932, le revenue américain national a diminué de moitié par rapport à ce qu'il était à la veuille du krach. Les ressemblances sont réelles: la même brutalité d'une crise , au fond inéluctable, le même appel à la restauration de la morale, la même tentation du repli, le même risque d'abandon de certains pays fragiles.

Aujourd'hui, comme hier, il est illusoire de croire à un possible découplage de l'économique et du politique. La crise de 1929, faut-il le rappeler, a favorisé la prolifération des nationalismes et l'avènement du nazisme. La crise économique souffle, dans un cas comme dans un autre, sur les braises d'un système international déséquilibré et incertain, ici unipolarité américaine après la guerre froide, là les frustrations du traité de Versailles à l'issue de la Première Guerre Mondiale.

D'ailleurs, 1929 n'est pas le seul exemple : toutes les crises économiques majeures charrient leur lot de conflits internationaux et d'instabilités politiques nationales. A la fin du XIX siècle, la France a connu une longue dépression, deux décennies de marasme et d'essoufflement dues à des prix agricoles déclinants et à des débouchés industriels raréfiés. La reprise ne s'amorce réellement qu'après 1906, à la faveur d'une nouvelle révolution industrielle. Le marasme conduit, de proche en proche, au grèves de Decazeville en

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1886, à la tentation boulangiste et à la crise de Fachoda, opposant les impérialismes coloniaux britannique et français.

Les grandes crises exacerbent les tension existantes et les portent à leur point d'incandescence. En 1928, un observateur éclairé aurait sans doute pu parié sur un apaisement de la question allemande. Le problème des réparations de guerre avait été partiellement résolu par le plan Dawes. La sécurité collective progressait, grâce aux efforts de Briand et Stresemann. L'économie prospérait à nouveau profitant des investissements américains. Le parti nationaliste végétait à 2,6% des voix. Pourtant en 1930, il bondira à plus de 18 %, en 1932, à 37%.

Au tournant du XXI siècle, d'autres menaces existent: un Moyen-Orient plus dangereux que jamais, une rupture possible de la construction européenne ou encore raidissement nationaliste de la Chine.[?]

Enfin, les crises parachèvent des mouvements de fond déjà amorcés de longue date. La dépression de la fin du XIX siècle a accéléré la montée en puissance de nouveaux pays industrialisées: Êtas-Unis, Allemagne, Japon. 1929 a entériné le déclin européen et préparé la bipolarisation entre Russes et Américains. Aujourd'hui, l'ascension des pays émergents, Chine et Inde surtout, mais aussi, avec quelques bémols, Russie, Brésil et Mexique, semble inéluctable. Peut-être seront-ils plus secoués que d'autres

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car ils demeurent fragiles. Néanmoins ils devraient ressortir renforcés de l'épreuve. Une nouvelle hiérarchie économiques et de nouvelles règles de compétition se mettent en place.

Il faut exercer notre regard à saisir toutes les promesses de ces transformations. Chaque crise a ses vertus, à commencer par l'obligation de nous remettre en question. Elle nous donne l'occasion de nous débarrasser des habitudes acquises, des facilités de l'indignation, et de l'assèchement du sens critique. Rares sont les drames dont les hommes ne soient sorti plus déterminés à assurer leur prospérité et à garantir la paix. La sortie de l'enfer de la Seconde Guerre Mondiale, engendrée par la dépression des années trente, à conduit au renouveau. La victoire a permis la refondation du pacte démocratique avec de nouvelles constitutions plus audacieuses et plus équilibrées.[FENIX-CENDRE]. Elle a légitimé la construction collective de l'État providence inspiré par Beveridge comme par le Conseil National de la Résistance pour la France Libre, à l'origine de l'ordonnance de la Sécurité Sociale de 1944. Elle a instauré le compromis fordien des Trente Glorieuses, lorsque les gains de productivité et les hausses de salaire créaient les conditions de la demande accrue d'une société de consommation. Enfin, elle a jeté les bases d'une tentative inouïe de sécurité collective dans le cadre des Nations Unies, dans le droit fil de l'idéalisme de la charte de l'Atlantique signée le 14 aout 1941.

POURSUIVRE LA RELECTURE

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En remontant davantage dans le temps, d'autres crises ont produit des bienfaits tout aussi importants. Les révolutions démocratiques et nationales de 1848, «printemps des peuples» où le génie de la liberté parcourt toute l'Europe , sont les fruits de grave crise des économies européennes à partir de 1846, source d'immigrations massives d'Irlande et d'Allemagne, les dernières disettes[fr+/-] européennes et de fortes tensions sociales dont témoigne la publication du Manifeste du Partie Communiste. Si le rêve s'achève mal, - avec un retour à l'ordre dont témoigne le cout d'État du 2 décembre -, il n'en demeure pas moins que le suffrage universels est instauré en France, que la cause de l'unité italienne a pu faire entendre sa voix et que plusieurs constitutions ont été adoptées en Europe, sapant[fr+/-] ainsi les bases liberticides[+/-] du congres de Vienne [hst].

Il faut se garder de deux écueils. La célébration béate des vertus de la crise, car le renouveau naît de douleurs humaines que nul ne peut oublier. La démesure prophétique, car la tentation est toujours grande de voir se dessiner la fin du monde dans les brumes des grandes faillites. Les écrits économiques et politiques des années trente fourmillent de « crépuscules » ou de « fins » du capitalisme qui, avec près d'un siècle de recul paraissent excessifs. La reconstitution nécessaire repose sur la capacité au réalisme dans les constats autant que dans les objectifs.

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Elle exige, pour être menée à bien, une vision et des bras. Elle est l'affaire des citoyens et de leurs volonté, pour édifier une cité-monde qui soit enfin un cité des hommes.

Face à l'histoire en train de se faire, retrouvons la capacité d'agir pour la changer plutôt que de la subir. Connaître. Comprendre. Anticiper. S'engager. Raisonner sur les événements en cours à l'aide des exemples du passé et des courants de fond qui travaillent nos sociétés est, à soi seul , un exercice d'émancipation. Je me suis efforcé, au cours de ces deux dernières années, à travers voyages et rencontres, en France et dans le monde, de Buenos Aires de Chengdu, Kyoto ou Lagos, de Bruxelles à Moscou, New York, New Dehli, Doha, Téhéran, jusqu'à Casablanca ou Lima. Partout, j'ai constaté l'urgence de se saisir d'un destin commun. Les hommes sont les acteurs de leur propre histoire non malgré eux, par une ruse de leur raison, mais par vertu de leur liberté. Il s'agit de construire la communauté d'hommes libres, sur les ruines d'un passé révolu. Pour la première fois, à l'issu d'un siècle d'intégration mondiale tantôt douloureuse, tantôt heureuse, nous sommes en situation d'affirmer pleinement, notre destin collectif à l'échelle du globe. De saccades en secousses, la vision d'un monde global à fait son chemin. En 1989, la fin de la division ouvrait un horizon d'espérance. Vingt ans après, le pessimisme a repris le dessus. Nous vivons dans

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la certitude de dangers universels qui s'amoncellent[fr+/-] sur nos têtes, du réchauffement climatique au pandémies. Dans le même temps, certains clivages raciaux, sociaux, nationaux s'estompent pour faire face à de nouveau antagonismes économiques ou religieux par exemple. Les grands mouvements précipitent une prise de conscience collective et la nécessité de solutions communes. N'y a-t-il pas là les contours d'une République - au sens où les Anciens utilisaient ce terme, celui d'une entité commune, d'intérêts partagés qui imposent des décisions prises de concert, qui obligent à un accord sur les principes régulateurs – à l'échelle de la planète ?

[USW united states de world !?]

Tout est à reconstruire, mais rien ne peut l'être sans des principes fondateurs. L'action ne transforme le réel que si elle découle des convictions partagées, fermes,vivantes, auxquelles on doit restituer toute leur force révolutionnaire.

Le chantier est immense car il consiste à rechercher, avec un œil neuf, ce qui peut constituer aujourd'hui l'intérêt général pour le monde [!?!??!]. Celui-ci ne cesse de s'affirmer de crise en crise et il ne serait de se réduire à la somme particulière des États . De mur abattus en nouveaux murs élevés, nous en ressentons chaque jour d'avantage l'urgence, alors que défilent sous notre regard les images d'une souffrance humaine qui nous semble aussi perpétuelle que la guerre.

Pour défendre cet intérêt général encore embryonnaire, réhabilitons dans un esprit de

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responsabilité les piliers de la paix, de la justice, de la solidarité et de l'indépendance, afin qu'une véritable dynamique puissent s'enclencher au niveau des États, des ensembles régionaux, et, en définitive, de la planète toute entière.

vendredi 16 décembre 2011

Chapitre 1. Tremblement du monde

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Il faut trier les décombres, remettre les crises en perspectives dans le temps longue de l'histoire de l'économie. Les cycles se suivent, de vaches maigres en vaches grasses, cycles courtes de Juglar [eco] ou cycles longs de Kondratieff [eco]. [et caravane passe].

C'est le cas depuis l'aube de l'humanité, mémé si les méfaits de la finance ont remplacé ceux des accidents climatiques. Récemment, les économies occidentales ont connues de fortes et fréquentes secousses, en 1982, 1987, 1993 et 2001. Sans compter l'arythmie des crises de changes nées de l'instabilité fondamentale du système monétaire international qui a change avec la fin de la convertibilité-or du dollar en 1971. L'un après l'autre, les pays émergents en ont fait une amère expérience, le Mexique en 1994, l'Asie du Sud-Est en 1997, la Russie en 1998, la Turque en 2001. Alors qu'est-ce qui distingue fondamentalement cette crise des autres ?

Elle est avant tout plus complexe, parc qu'elle se présente comme la conjonction de trois cycles historiques

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d'ampleur différente qui se télescopent pour constituer, au niveau de l'échelle du monde, une véritable «catastrophe». Tout se passe comme si un malade arrivait à l'hôpital pour soigner une infection courante, dont l'aggravation soudaine révèlerait l'affaiblissement généralisé de l'organisme, danger à son tour redoublé par la résurgence[fr] des symptômes de malformation génitale. Ces maux ont des causes distinctes, mais ils s'influencent mutuellement pour dresser un tableau clinique unique.[!?!!-courage]. Nous assistons simultanément à une correction d'une phase de la mondialisation, à la rupture du modèle industriel et au basculement des centres des puissances de l'Occident vers l'Orient, du nord vers le sud.


jeudi 15 décembre 2011

Le cycle de la démesure

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Les premiers symptômes cliniques se sont manifestés dés le début de l'année 2007, au moment où la bulle immobilière américaine a commencé à se dégonfler. L'économie mondiale traverse depuis des crises aigües obligeant les États à des interventions urgentes. Les Bourses qui ont perdu entre 60% et 70 % de leur valeur, sont le thermomètre quotidien de cette tempête financière et économique.

Pour établir un diagnostique sérieux de la maladie, il faut remonter près de trente ans en arrière.

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L'idée des néolibéraux est alors d'en finir avec le double héritage de Roosevelt, fondé sur un encadrement de la sphère financière et de Kennedy, reposant sur la meilleure redistribution dans la sphère économique. Épaulés par la Grande-Bretagne de Margaret-Thatcher, les Etat-Unin vont lancer une contre-reforme, à partir de dogmes simples : l'individu prime sur le collectif, l'intérêt général se définit abord par la somme des intérêts individuels, enfin le marché définit le nouveau équilibre social. En résultent la dérégulation financière et la disparation de grands monopoles publics. Le principe, c'est la concurrence; l'objectif, la croissance; les instruments, le renforcement des marchés et les jeux à cour terme de l'économie spéculative.

Pour prix de cette démesure, la violence de la chute répond à la brutalité de l'ascension. En huit ans, en vertu de la politique d'abondance de dollars menée par la Réserve Fédérale, du laxisme sur les marchés de crédit et de la disponibilité massive de l'épargne asiatique, les bulles ont gonflées d'autant plus vite et plus fort. Trente milles milliards de dollars se sont volatilisés mais ils s'étaient accumulés en quatre ans à peine [de mort].

Cette hyper-croissance financière résulte d'abandons successifs : la dérégulation des transactions financières a limité tous les contrôles étatiques sur les activités financières. Le décloisonnement des différents marchés – crédit,

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change, obligation – a augmenté les interdépendances et affaibli la lisibilité des procédés.[NBN-AUDIT donne raison à cela. 2) ressemblance aux problématique des logiciels]. La désintermédiation bancaire a multiplié les acteurs sur ces marchés et rendu les entreprises plus sensibles à leurs fluctuations. Au cœur de la crise on retrouve la disparition de la notion de risque [link – méthodes agiles] qui veux qu'un risque plus élevé soit mieux rémunéré. L'abondance des liquidité a aveuglé les investisseurs qui ne distinguaient plus les différentes situations et exigeaient autant [maintenant on peut même sans plagiat et de façon culottée dire «exigeaient autant d'OTAN que...] d'un grand acteur industriel que d'une start-up chinoise, ou finançaient des ménages américains qui étaient incapables de rembourser leurs crédits.

Ce modèle « monétariste » et néolibéral a permis une sophistication des mécanismes spéculatifs et une croissance délirante des volumes. En vingt-cinq ans, les transactions ont été multipliées par plus de trente sur le seul marché des changes.

Suffit-il d'accuser la démesure de quelques banquiers de Wall Street ? La dérégulation est allé de pair avec la mondialisation. Et en ce sens, c'est la mondialisation même qui est en crise. Elle est prospéré sur un déséquilibre majeur, résultat de l'écart croissant entre une Amérique qui s'endette à outrance pour financer sa consommation et une Chine qui épargne l'essentiel des surplus commerciaux liés à sa situation d'atelier du monde. De part et d'autre de Pacifique, le retournement de conjoncture appelle, par conséquent, à revenir vers plus de modération.

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Cette crise est plus forte que celles qui l'ont précédé car c'est la première crise globale. Certes, en 1929, les retombées s'abattait d'un bout à l'autre de la terre, mais d'immenses zones grises restaient en marge de l'économie capitaliste, des régions traditionnelles et plus ou moins autarciques sur tous les continents. Ainsi, l'économie socialiste, en Union Soviétique, subissait des ruptures – dékoulakisation, famine, planification -, mais à son propre rythme dicté par la main de fer du Parti. Aujourd'hui, aucun recoin[fr+/-] de la planète n'échappe au capitalisme mondialisé et, tour à tour, chaque région ressent les effets du séisme financier, comme par la chute de dominos. Notre économie-monde avance de bulle en bulle dans un temps médiatique, immédiat et visible, qui accroît la pression et les risques de panique. Bulle immobilière japonaise de 1997. Bulle de d'Internet en 2001. Bulle des subrimes en 2007. Ainsi, l'effondrement hypothécaire américain est-il venu crever la bulle immobilière espagnole. D'autres bulles sont annoncées. On croirait revoir Charlie Chaplin, jouant au dictateur fou avec un globe léger comme l'aire.

Cette crise est aussi totale, n'épargnant aucune activité. Elle ne s'est pas, loin s'en faut [fr], cantonné au secteur financier, mais a ricoché sur l'ensemble des industries et des services. La restriction du crédit et la contraction de la demande agissent de concert pour atteindre tous les acteurs. L'industrie décroche. [comme A330].

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Même les secteurs les plus innovants sont affectés. Les plans sociaux sont multiplient. Le tourisme faiblit. C'est le fruit des interdépendances, des spécialisations à outrances et des externalisations qui donne rapidité et profondeur à la contagion. [voir début NBN/page 18].

Une économie globalisée, financiarisée et mondialisée, voilà les ingrédients d'une crise à nulle autre pareille[fr+/-]. En définitive, 2008 marque bien un tournant dans la mondialisation. Commencée vers la fin des années soixante-dix, accélérée par la chute du mur de Berlin, elle a porté le char triomphal du modèle néolibéral véhiculant le culte de l'entrepreneur, passeur moderne de la prospérité. Elle a débouché sur un comportement prédateur justifié exclusivement par le rendement du capital, une politique dérégulée fondée sur autonomisation de la sphère financière et une pression économique source de déséquilibres pour les hommes et les territoires. Une nouvelle phase commence dont il est permis d'espérer qu'elle corrigera les excès des trente dernières années.

mercredi 14 décembre 2011

La fin d'un age industriel

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 20

Il y a une raison plus profonde au drame actuel. Tout un modèle de production industrielle se disloque, pris dans un mouvement complexe de transition, de saturation et de restructuration. Cette crise dans la crise passe par le relais d'une révolution industrielle à l'autre.

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 21

Le désarroi de la filière automobile est un signe qui ne trompe pas, car c'est le moteur même de la croissance manufacturière depuis plus de cinquante ans qui s'essouffle avec elle. La crise de 2008 jette à bas l'empire de Général Motors sortie triomphant de celle de 1929. Ces cycles longues assurent la « destruction créatrice » de l'économie capitaliste à travers un empilement des strates. A l'industrialisation par le textile ont succédé la domination du chemin de fer et de la sidérurgie, puis celle de la chimie et de l'électricité, enfin celle de la pétrochimie et de l'automobile. Toutes les périodes de l'industrialisation ont eu leur secteurs porteurs, empires économiques dont l'ascension et la chute peuvent être comparées à celles des puissances. L'emblème de l'hégémonie américaine, l'automobile, ne sera plus le cœur du tissus économique. Elle doit faire sa mu[fr] pour s'adapter à un monde de pétrole rare et des villes denses et polluées.

Une nouvelle révolution industrielle prend donc le relais. Celle des nouvelles technologies de l'information et de la communication, initiée il y a plusieurs décennies par le surgissement de l'électronique et le développement rapide de l'informatique. Elle présente cependant des caractéristiques qui la différencient des modèles précédents. Elle réduit la part des processus d'assemblage dans la valeur ajoutée, augmentant celle de la conception et du développement. De plus, ses effets ne sont plus cantonnés à un secteur spécifique.

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L'informatisation redéfinit les schémas de travail dans l'ensemble des activités, jusqu'au services. Elle crée des effets boules de neige dans l'émergence d'autres branches, biotechnologies, nanotechnologies. C'est une révolution porteuse de révolutions, une métamorphose permanente de tout le paysage industriel. Elle modifie la relation entre fournisseur et client par de nouvelles techniques publicitaire et un marketing refondé. Elle accélère et diffuse les révolutions éducatives. C'est toute une « nouvelle économie » qui se substitue à l'ancienne.

Ces nouvelles technologies révolutionnent aussi la division internationale du travail. Tout ce qui ne nécessite pas l'interaction physique entre les hommes est désormais susceptible d'être délocalisé. La mondialisation numérique n'aplatit pas l'espace, elle ne le réduit pas, elle l'abolit. Au cours du dernier demi-siècle, les délocalisations déplaçaient les industries de main-d'œuvre peu qualifiée vers les pays émergeant parce que la différence de coût du travail compensait le prix du transport. Dans les pays de départ, la délocalisation était douloureuse et laissait orpheline des régions entières,victimes de leurs fleurons de jadis, nord de la France, Ruhr allemande ou « Ceinture de la Rouille » des Grands Lacs américains. Mais les hiérarchies économiques des nations étaient conservées. Les pays riches pariaient sur la qualification. A Dortmund, dans la Ruhr, les industries de hautes technologie remplaçaient peu à peu les hauts fourneaux.

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Désormais, cette logique est rompue. Les activités à maintenir sur place sont tout aussi bien lds professions très qualifiées, magistrats ou médecins, que des emplois peu qualifiés, entretien, vente au détail ou service à la personne. De même, les métiers qui peuvent être délocalisés en Inde, en Chine ou en Afrique parce que ils se contentent d'un contact virtuel – sont aussi bien peu qualifiés – les centre d'appel par exemple - que fortement qualifié, conseil, audit ou marketing, peut-être un jour téléenseignement. Une telle évolution accentue la compétition mondiale et entraine le renversement des veilles hiérarchies.

Une autre révolution est en germe, celle de l'économie verte. Située au croisement d'une exigence économique – la rareté des ressources – et d'une exigence éthique - le respect des générations futures -, cette nouvelle économie va sans aucun doute bouleverser nos modes de vie et nos modes de production en irriguant tous les secteurs. Le secteur de l'énergie bien sur mais aussi de l'automobile et de transport aérien, de la construction, de la consommation de produits alimentaires, tous vont être transformés en profondeur par cette nouvelle dimension.

Car, au de-là, il s'agit bien d'une crise de saturation du modèle industriel hérité de deux derniers siècles. Elle est arithmétique. Le déséquilibre entre les ressources naturelles disponibles et les besoins de production devient de plus en plus criant.

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Le monde ne suffit pas à nourrir notre appétit. La crise des matières premières du 2007, lorsque les prix du pétrole, du cuivre, de l'acier ont doublé voir triplé, nous a fait toucher les limites de l'« hyper-croissance » économique. La spéculation effrénée liée à l'explosion de la demande s'est rajoutée à la rareté des ressources. L'arrivée des géants chinois et indien sur le marché révèle l'égoïsme fondamental d'un système qui ne pouvait faire vivre à son rythme qu'une fraction de l'humanité.

Nous prenons conscience, depuis Bhopal ou Tchernobyl, des couts environnementaux et sociaux des l'industrialisation forcée. Le risque n'est plus seulement d'une stagnation mais bien de régression de l'humanité entre pollutions indélébiles [fr] et réchauffement climatique.

La réponse doit être plurielle: une conversion du modèle industriel à une production plus économe en matières premières, une transformation des sociétés développées dans évaluation de leurs besoins, enfin un partage plus équitable des ressources avec les pays émergents et en voie de développement.

L'équipement des ménages est largement achevé dans les pays industrialisés. L'enjeu réside désormais dans son renouvellement perpétuel. Voilà, en définitive, la mère de toutes les bulles, bulle non virtuelle mais réelle, de la société de consommation qui naît d'inadéquation viscérale entre les besoins et les désirs. Les sociétés industrialisées ont opéré une mue[fr]

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profonde au cours des Trente Glorieuses[hst], passant d'une logique de satisfaction des besoins matériels, liée en particulier à la reconstruction dans les pays européens, à une logique d'entretien et d'accroissement des envies, nourrie par des techniques sophistiquées: prospective, publicité, marketing. Faute de débouchés naturels, il a fallu susciter le désir et le faire fructifier en déséquilibrant l'économie en son profit. A la croissance sage et à moyen terme, s'est progressivement substituée une croissance forcée à cour terme reposant sur une illusion publicitaire perpétuellement renouvelée. Le compromis fordien s'est mué peu à peu en son reflet grimaçant, une sorte de compromis freudien. Dans le premier, l'équipement des ménages tire la production, élève les salaires et accroit la demande de biens. Dans le second, un cercle vicieux et aliénant : la satisfaction des faux besoins, du fétichisme des objets et du narcissisme des consommateurs impose toujours plus d'efforts et productivité aux salariés, nourrissant frustrations et rancœurs.

A tous égards, nous achevons le cycle né dans les fumés de Manchester il y a deux cent ans et posons les jalons d'un nouvel âge économique, dont les services, innovations et l'information seront le cœur, avec la révolution verte qui touche de nombreux secteurs, qu'il s'agisse de l'énergie, de l'automobile, ou de l'habitat.


lundi 12 décembre 2011

L'épuisement de l'Occident

par NBN/page 26

Le malaise est profond. Il fait vaciller les soubassements même de nos civilisations. Nous assistons à un tremblement de terre et au renversement de l'ordre planétaire. Dans vingt-cinq ans, la Chine pourrait se situer au premier rang des économies. Déjà, les contestation de l'ordre établi se multiplient. Le monde gronde et le rythme s'accélère. Le basculement dont l'année 2008 marque le pivot remet en case la modernité occidentale.

Étrange accident que cette hégémonie de l'Occident. Au XIV siècle le monde a été confronté à une période de crises importantes: pestes, mauvaises récoltes, menaces turco-mongoles de l'Asie centrale. C'était le temps de Tamerlan, du Prince Noir et des empereurs Yuan.[hst] De ces crises, les diverses aires culturelles se relevèrent inégalement. Depuis la péninsule Ibérique, des explorateurs et des conquérants partirent à l'assaut de nouveaux espaces. A la même époque, l'empire du Milieu[hst] lançait, sur toutes les mers ou presque, les sept grandes expéditions de la flotte des trésors de l'amiral Zheng He. C'était la première grande mondialisation, dont deux des principales aires culturelles du globe étaient les points de départ. Pourtant, en l'espace de quelques années, la Chine se replie. L'érection de nouveaux pans de

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la Grande muraille et la guerre contre les nomades des steppes absorbent toutes les énergies de l'empire du Milieu. La flotte des trésors disparaît dans la légende. La mondialisation est désormais hémiplégique, pour le demi-millénaire suivant. [léger comme explication de disparition de la Chine; voir la version d'Anvar liée aux banques – Venise etc.]

Alors que ce déséquilibre se corrige aujourd'hui devant nos yeux, comment expliquer cette supériorité que rien ne paraissait justifier économiquement ou politiquement ? Les uns avancent que les déterminations de la géographie européenne, ouverte sur la mer et prompte aux cloisonnements, avaient façonné une civilisation de compétition et de conquête. D'autres estiment que les transformations des mentalités ont permit à leurs sociétés de développer des avances technologiques décisives, en vertu de facteurs socioculturels internes.

Pendant cinq cents ans, l'Occident a imposé au monde son modèle économique, ses idéaux, son mode de vie. Aujourd'hui, non seulement il perd le monopole du pouvoir, mais sa vision même de la modernité est discréditée.

Historiquement d'abord. Les guerres mondiales et les totalitarismes ont montré que l'Occident avait été incapable de tenir ses promesses chez lui. Les colonisations et les décolonisations ont révélé son incapacité à diffuser durablement ses valeurs démocratiques à l'échelle du monde.

Idéologiquement ensuite, car le discrédit touche désormais les fondements même de son modèle de développement assis sur la trilogie du progrès technique, de la prospérité capitaliste et des mœurs individualistes. L'Occident a bâti son pouvoir sur la technique c'est-à-dire sur une conception idéalisée de la nature qui en faisait un objet et un instrument à la portée des besoins et des désirs des hommes. Le progrès prométhéen repose fatalement sur le viol de la nature. Aujourd'hui, le crime originel resurgit [fr], à mesure que les opinions publiques se rendent compte que la nature n'est pas une ressource infinie et inépuisable, mais un équilibre dont l'homme est une partie. Le réchauffement climatique, les atteintes à la biodiversité et la pollution de l'air et de l'eau remettent en cause la survie même de l'espèce humaine.

De même, le capitalisme occidental connaît soubresauts [fr] et désastres qui annulent bien des promesses. Avec la croyance des Temps modernes en l'autonomie du marché, l'économique s'est constitué en champ distinct du politique, ce qui ne s'est produit dans aucune autre civilisation où les interdépendances entre privé et public sont plus enracinées.

Enfin, le triomphe de l'individu annoncé par la modernité et incarné par les libertés fondamentales autant que par la démocratie libérale est remise en cause. Liberté limitée à l'intérêt, égalité factice, fraternité moquée. Et si la dissolution de toutes les solidarités réelles empêchait, en fin de compte, l'émancipation de chacun ? Ses désirs personnels satisfaits, l'individu découvre le vide d'un monde sans « nous ».

samedi 10 décembre 2011

Le rêve et la réalité

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 29

Le projet moderne promettait l'enclenchement d'un cercle vertueux fondé sur le progrès, la prospérité, la paix et, au bout du compte, le bonheur. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Bien sûr, la mondialisation a permis l'émergence d'une vraie classe moyenne en Chine et en Inde. La pauvreté dans le monde a reculé au cours des dix dernières années. L'Afrique a enfin renoué avec la croissance. Mais cinq sixièmes de l'humanité ne sont toujours pas en mesure de satisfaire leurs besoins et, pour un milliard d'humains, pas même leurs besoins primordiaux. Notre ordre économique continue de creuser les faussés et d'aviver les frustrations. En ce sens, la crise est bien un enjeu de moralisation qui ne saurait se limiter aux excès de la finance et laisser intacte la frénésie de consommation et de spéculation.

Économique, morale, sociale et politique, la crise agit comme un révélateur de déséquilibres inhérents à la volonté de puissance. Le pionnier de Far West n'est pas seulement l'emblème des États-Unis, il est, au même titre que conquistador, le symbole de l'Occident tout entier, forçant le passage en brutalisant les Indiens et se berçant de rêves de ruée vers l'or. Les responsabilités sont collectives laissant percer les illusions dangereuses. [ce passage a été commenté sur VillepinCom pat NBN – où ? -mon groupe ?].

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D'abord, le recours à la force qui a souvent été le mode de résolution des conflits et qui se pare [fr] des habits du droit. C'est l'erreur commise en Irak par l'administration Bush habitée d'une croyance messianique en une destinée manifeste, forte d'une supériorité militaire écrasante.

Ensuite, confiance aveugle dans la capacité d'autorégulation du marché. L'abandon à la Providence permet de croire à une prédestination pour le bien de l'humanité, d'un monde guidé par la « main invisible du marché » annoncée par Adam Smith. A force de laisser faire le laisser-aller l'a emporté.

Enfin, le dédoublement schizophrénique des intérêts constamment pratiqué par l'Occident entre la propagation de nobles idéaux et la défense pragmatique d'intérêts, souvent contraires à l'exaltation [fr] des premières. Cette hypocrisie d'une double morale est la source la plus évidente du rejet de la parole occidentale. Ne prenons que le Moyen-Orient: combien de fois en un siècle, les Occidentaux ont-ils promis la démocratie, le respect, la paix et la prospérité ? Combien de fois se sont-ils dédit depuis les accords de Sykes-Picot de 1916 [hst] ?

La modernité s'est donnée la démesure pour règle, pour le meilleur et pour le pire, dans l'ordre social comme dans l'univers des formes artistiques. Or, presque toutes les civilisations se sont construites sur la recherche de l'équilibre, chacune à sa manière, la Chine confucéenne comme le Japon shintoïste et l'Inde

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soucieuse de la préservation des harmonies cosmiques et sociales. L'enjeu des prochaines décennies pour assurer la cohérence de la cité des hommes oblige à la fois à restaurer de grands équilibres et assurer une gouvernance légitime. L'Occident ne peut plus se permettre de penser seul et pour les autres, il lui faut réfléchir avec et grâce aux autres cultures.

Tandis que l'Occident s'effrite, le monde change. La modernisation s'accélère. Cette grande transformation ne s'est pas faite par les armes. Elle a commencé depuis plus d'un siècle dans les soubassement[fr] de toutes les sociétés traditionnelles. Les villes deviennes le cœur battant d'une nouvelle civilisation où s'apprennent des formes de pouvoirs, de production et de culture inédites. En même temps, la fin de la transition démographique libérera, à terme, le monde des grandes instabilités démographiques et sociales. Enfin, la révolution éducative offre de nouveaux horizons aux hommes. La lecture et l'écriture seront bientôt à la portée de l'immense majorité de l'humanité. Les conséquences politiques et économiques en sont incalculables. Un autre cycle commencé il y a cinq mille ans dans le croissant fertile du Moyen-Orient parvient à son terme.

vendredi 9 décembre 2011

Archipel des villes

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2008 a marqué un autre tournant : plus de la moitié de l'humanité vit désormais dans les villes. L'urbanisation entraîne une rupture de civilisation. Habitat, transports, échanges, productions tout en est affecté. La concentration des populations humaines sur le globe est déjà énorme. Deux tiers de la population occupent à peine un dixième des terres émergées. Les villes absorbent désormais l'essentiel des excédents démographiques de l'humanité, surtout dans les explosives villes du Sud, comme Manille, Lagos et Djakarta. Dans quelques décennies, les trois quarts de l'humanité résideront en ville. Il y à peine un siècle, la même proportion habitat encore les campagnes.

Sur tous les continents, de gigantesques mégalopoles se forment. Les vingt-cinq plus grandes, celles qui dépassent dix millions d'habitants, réunissent à elles seules quatre cents millions d'êtres humains, drainant les populations de vastes territoires. Pour autant, elles se détournent de leur hinterland [fr] pour se consacrer à leurs réseaux mondialisés. Les interactions et les interdépendances de ces immenses cités en font un archipel mondial, un réseaux d'îlots urbains plongé dans des desserts humains.

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Notre perception de l'espace vole en éclats. L'économie mondiale s'est construite sur la différenciation des espaces centraux et de périphéries, les uns et les autres compacts. Longtemps, une ligne nette a séparé le nord et le sud du monde en scindant l'Amérique en deux, séparant les rives de la Méditerranée puis remontant le long de frontières russes. Quel que soit l'indicateur choisi, son tracé restait le même : richesse, développement humain, démographie. Avec l 'ascension fulgurants des pays émergents, on voit les frontières s'estomper [fr]. La crise économique accentue le processus; les limites entre Nord et Sud passeront désormais au sein de chaque État, distinguant des territoires urbains dynamiques, reliés au monde, des banlieues déshéritées et des zones rurales de plus en plus enclavées, vieillissantes et déclinantes. Les contrastes sociaux, au Nord comme au Sud, sont explosifs parce qu'ils exacerbent [fr] les frustrations et les velléités prédatrices [fr]. L'archipel des villes dominantes surgit des eaux à mesure que les autres y plongent. C'est donc là que se dessinent les perspectives d'avenir, que naissent les défis de l'innovation technique, de l'équilibre du pouvoir et de la diversité culturelle.

Défis technologique, tout d'abord. Les villes ne peuvent survivre à ce rythme sans l'innovation. Si le problème n'est pas nouveau, il s'accélère. La « capitale » a toujours été le terreau [fr+/-] d'où émergent les problèmes qui nécessitant des réponses collectives organisées. Que nous

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reste-t-il des cités englouties du passé? Des aqueducs, des citernes, des réservoirs. L'approvisionnement en eau potable, l'évacuation des déchets pour faire face aux risques sanitaires et les installations de vente et de distribution de nourriture, des forums aux souks, sont le cœur même de la vie urbaine. A présent, les défis sont seulement plus massifs. Assurer la distribution d'eau à un coup acceptable pour toute la population devient un enjeu d'urgence dans les plus grandes villes mondiales.

Les mégapoles du XXIe siècle doivent se métamorphoser sans cesse pour subvenir à leur nouveau besoins et développer des technologies innovantes, mises au services de tous. Partout elles sont en train de surgir de terre, en Asie en particulier. Dans la péninsule

Arabique, elle se parent de gratte-ciel vertigineux, de tours pivotantes, d'îles artificielles gagnées sur le golfe Persique. En Chine, la première génération de villes vertes sort de terre, en particulier en Dalian. En Corée et au Japon, des villes nouvelles comme New Songdo inventent la cité de demain, cité intelligente gérée grâce à des systèmes d'information complexes.

Assurer le contrôle des besoins énergétiques est une autre urgence. Les grandes villes sont livrées à des dangers vitaux d'approvisionnement alimentaire avec la rupture de la chaîne du froid; de sécurité publique avec l'extinction de l'éclairage urbain; de survie économique avec l'interruption des transports collectifs et la coupure des réseaux informatiques.

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L'enjeu culturel de la diversité constitue le troisième et le dernier défi. Les villes sont, par natures, des creusets où se rencontrent tant de cultures diverses qu'en naissent de nouvelles. Elles ont toujours attiré les populations rurales voisines, les marchands lointains, les vagues migratoires successives en quête de sécurité ou de prospérité. Le XXIe siècle change l'échelle des mouvements. Les populations en présence sont bien plus nombreuses, les cultures à la fois bien plus diverses et plus lointaines. New York reste aujourd'hui encore exemplaire à cet égard. Plus de la moitié de ses habitants appartiennent à une minorité. Un cinquième se compose d'immigrés. L'enjeu des décennies à venir sera celui d'une ville singularisée et en respiration avec les populations qui l'habitent et la façonnent à leur usage.

jeudi 8 décembre 2011

Les trois révolutions

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Plusieurs métamorphoses se télescopent. La première touche les hommes eux-mêmes. Parce que son rythme est lent, ses évènements anodins et les menaces lointaines, la révolution démographique n'attire qu'une attention distraite. Tout au plus voit-on resurgir à intervalles réguliers les peurs malthusiennes d'une surpopulation mondiale. Mais les prévisions catastrophistes des années soixante-dix ne se sont pas réalisées. On emprunterait plutôt le chemin

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- encore long - de la stabilisation. Le nombre d'habitants augmente toujours, bien sûr, mais moins vite qu'auparavant. Surtout, la transition démographique est désormais achevée dans de nombreux territoires et engagée partout. Depuis 2003, un humain sur deux vit dans un pays où l'indice de fécondité par femme est inférieur où égale à 2,1, c'est-à-dire le taux qui assure la stricte reproduction de la population. L'humanité passe d'un régime démographique traditionnel stable, fondé sur une mortalité et une natalité fortes, à un régime démographique moderne également stable, où s'équilibrent une natalité et une mortalité faibles. L'instabilité domine dans l'intervalle, quand les progrès sanitaires et médicaux précédent les mentalités seules capables de changer la fécondité. L'augmentation de la population planétaire est la somme des ces déséquilibres transitionnels. Elle n'en pose pas moins de redoutables défis pour nourrir l'humanité.

Ces mutations affectent durablement les structures familiales, les ordres sociaux et les équilibres politiques. Partout, la transition démographique a favorisé le rapprochement de la condition des hommes et des femmes, à travers la maitrise de la procréation. Elle entraîne généralement la stabilisation politique et économique lorsque l'afflux de jeunes sur un marché du travail étranglé se tarit. Ce n'est pas toujours un vecteur de démocratisation, comme le montrent les exemples russes et chinois, mais du

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moins de modération par rapport aux excès meurtriers du passé.

Malgré l'agitation sociale et politique actuelle des mondes arabe et musulman, on entrevoit des perspectives de stabilisation démographique et des promesses de pacification dans ces régions.


La seconde révolution en cours est celle de l'éducation. Certes, ses résultats restent insuffisants, mais jamais autant d'être humains, jamais surtout une telle proportion entre eux, n'ont eu accès à l'instruction. Désormais, quatre adultes sur cinq sont alphabétisés, ce qui constitue presque une inversion des proportions par rapport au début du siècle dernier. L'instruction primaire gagne sur presque tous les terrains. Dans une décennie, l'alphabétisation devrait s'étendre aux neuf dixièmes de la population mondiale. L'éducation secondaire progresse également malgré la persistance des inégalités immences, en particulier entre les sexes. Les pays du Nord connaissent eux aussi une forme de révolution éducative à travers la massification et la démocratisation de l'enseignement supérieur. Cette révolution a une porté économique parce qu'elle permet une amélioration des qualifications moyennes de la main-d'œuvre, une productivité accrue et une spécialisation des activités; mais également politique car l'alphabétisation donne accès aux moyens d'information et porte les mouvements démocratiques, comme l'avez déjà

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perçu Condorcet [hst] dans son projet d'instruction universelle.

Troisième révolution, celle de la mobilité. Jamais la planète n'a été agitée d'autant de mouvements d'hommes et de femmes. Le monde dans lequel nous entrons est un monde de déracinements massifs. Les migrations y seront de plus en plus importantes, activées par les différentiels économiques, par l'abondance de conflits douloureux, bientôt peut-être par les dangers climatiques et environnementaux. Si l'on réunissait l'ensemble des immigrés de la planète, on pourrait constituer le cinquième plus grand pays du monde, plus peuplé que le Pakistan, la Mexique ou la Russie. Les besoins des économies du Nord avec leurs démographies déclinantes, ne font qu'accroitre l'incitation au mouvement.

Les mentalités ne s'adaptent que lentement aux faits. Pendant des décennies, on a imaginé l'immigration de travail, transitoire et orientée vers le retour au pays. C'était irréaliste car c'était nier l'expérience humaine accumulée par ces travailleurs, les espérances qu'ils avaient fondées, les liens qu'ils avaient créés. Le monde occidental a vécu sur le déni. Il est tenté, ici ou là, par le repli derrière les murs et les grillages. Mais cela n'a pas de sens. Tout le temps passé à refuser de construire une histoire commune et respectueuse des uns et des autres, est un facteur d'accumulation des rancœurs et un risque des

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violences, non seulement à l'intérieur des pays, mais aussi entre les pays.

A cela s'ajoute le mouvement brownien des déplacements de courte durée. Le tourisme est entrée dans une phase d'accélération de diversification. D'abord privilège occidental, il devient lui-aussi une réalité mondiale. Par exemple, il croît rapidement en Asie. De nouveaux lieux touristiques émergent, dans les Emirats arabes, en Asie du Sud-Est, capables de concurrencer les lieux les plus établies. En cinquante ans, les flux de touristes ont été multipliés par trente et devraient encore doubler dans les vingt années à venir. Le tourisme change les sociétés et les hommes. Non seulement, il transforme les espaces, parce qu'il nécessite des infrastructures et des moyens de transport, mais il bouleverse le regarde individuel sur le monde. Il crée le sentiment d'un patrimoine culturel commun, suscite des modes de perception et de rencontre de plus en plus proches.

Contrainte ou désirée, la mobilité reste un facteur d'unification de l'humanité. Elle favorise la connaissance mutuelle et le dépassement des différences. L'humanité nouvelle est décloisonnée, mais diverse. Petit à petit, elle prends conscience de la valeur de cette diversité. Mais cette mobilité renforce également les frustrations, parce qu'elle traduit les inégalités et nourrit les ressentiments [fr]. Il faut donc accompagner les rencontres [? - pas une langue de bois pour une fois ?].

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Le tourisme doit s'inscrire dans un cadre durable et respecter les sociétés locales. Son extrême concentration spatiale, ses infrastructures massives et sa restriction au dixième le plus riche de la population mondiale sont sources de risques accrus. L'accueil et le suivi des flux migratoires doivent assurer une meilleures intégration dans les sociétés d'arrivée, en tenant compte des dimensions humaines et sociales dans la longue durée.

Nous entrons dans un nouveau monde. Nous n'y somme pas seuls. Mais il n'a encore ni carte, ni charte. Nous nous trouvons à la croisée des chemins, devant des choix décisifs car les rancœurs accumulées créent une situation explosive. Ce sera une révolution, de gré ou de force, pacifique ou destructrice. Pour l'accompagner sans la subir, il faut comprendre ce monde qui nous attend, sans céder au catastrophisme, avant de nous tourner efficacement vers l'action. Ensuite assumer la connaissance avec lucidité.[CRA: comprendre réfléchir agir; Bitard du forum; on peut le conjuguer sous toutes les sauces; ma remarque: en russe – le rôle des préfixes différentes de celles en français, sans parler que le verbe comprendre possède une multitudes des préfixes; liens avec « Que faire » de Lenin et de Gerzen et « Kto Vinovat » de Chernichevskii ].

Les scénarios d'une sortie de crise plus ou moins rapide, dans les années à venir reposent sur l'hypothèse d'une reprise du moteur de la mondialisation et d'une traction de la croissance par la demande intérieure des pays émergents. Même dans ce cas, les zones économiques ne possèdent pas toutes les mêmes atouts.

Mais un autre scénario est à envisager, celui de la reprise impossible, dans lequel les

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États-Unis rechuteraient de crise financière en crise financière, dans l'éclatement successifs des bulles, des encours de cartes de crédit, des assurances, des défaillances d'entreprises. La première des puissance, abandonnée à une dette gigantesque et exponentielle, pourrait perdre

la prééminence du dollar. La compétition mondiale en serait profondément transformée.

L'Europe désunie peut assister à la dislocation de la monnaie unique entraînant un risque de

confrontation entre l'ouest et l'est du continent, dont les intérêts et les situations divergent de plus en plus. [pas évident du tout; à débattre; pour l'euro – d'accord; pour le reste – trop compliqué; et puis continent ici est l'Europe ou l'Eurasie ?].

En Chine aussi, les tensions intérieures peuvent, si elle sont aggravées par les enchaînements mondiaux, atteindre l'intégrité territoriale en favorisant des potentats [fr] locaux, nourrir tel ou tel particularisme ethnique et déstabiliser le régime politique en conduisant au raidissement du parti communiste.

Face à ces menaces, il est nécessaire de multiplier les actions en ne se contentant pas des effets d'annonce. A ce stade, le G20 marque une promesse, pas encore un progrès.

Nationalisations, fonds de défaisance des produits toxiques, tout doit être mis en œuvre pour restaurer les flux mondiaux et conjurer le pire.

mercredi 7 décembre 2011

Chapitre 2. Le temps de la responsabilité

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Changer le monde est dorénavant à notre portée. Tout périt et décline si l'on en croit les éternels prophètes du malheur. En fait, tout se transforme. Le basculement du monde ne saurait se réduire à substitution de puissances à d'autres puissances, de techniques à d'autres techniques. Il s'agit d'accompagner la mutation radicale qui s'opère.[il adore le mot « accompagner »]. Unie par sa diversité, l'humanité entrevoit les moyens d'une action planétaire. Mais sans volonté, le pire redevient possible.

Cette transformation en cours annonce un nouveau partage, engendre un bouleversement des mentalité, des idées et des valeurs. Nous voici à l'aube d'une nouvelle ère.

mardi 6 décembre 2011

L'appropriation du monde

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Notre relation à la planète est en jeu. De quel droit en serions-nous les propriétaires ? Le

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concept de propriété n'est pas immuable. Il n'est pas non plus universel. Son adaptation a même été l'enjeu de tous les grands basculements historiques. Ni l'Antiquité, quelle-soit grecque ou romaine, ni le Moyen Age, n'ont reposé sur une sacralisation de la propriété individuelle. C'est le tournant capitaliste qui l'a imposée. Notre conception a, à peine, deux siècles. La reconnaissance récente de biens publiques mondiaux, tel que l'air, l'eau ou la biodiversité [c'est quoi biodiversité, dans ce contexte ?] montrent aujourd'hui la nécessité de la nouvelle conception dans la matière. Plusieurs axes de réflexions peuvent y contribuer.

L'acceptation de la complexité, d'abord, afin de dépasser l'alternative réductrice entre la propriété privée et la propriété collective. La complexité mêle les être et les biens. L'univers infini est devenu pour nous un monde clos où nos paroles et nos actes sont renvoyés et amplifiés sans cesse. [???] Redéfinir l'intérêt général [voir la quatrième] passe par une nouvelle conception de la propriété, [comme un dégradé de droits et de titres sur des choses.???]

Une éthique de la responsabilité ensuite. Dans l'age de la rareté et de la production industrielle en masse, l'enjeu de la possession se différencie d'un bien à l'autre. Épuiser un bien non renouvelable,- une mine, un écosystème sous certains conditions – engage l'ensemble des [temps?] et des générations à venir. Il y a bel et bien une nouvelle responsabilité globale qui oblige à repenser le système, sauf à compromettre

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l'avenir. La patrimoine, de par sa vocation collective, justifie des obligations particulières. Chacun est comptable devant la société de l'usage qu'il en fait.

Face à un bien unique - un brevet ou une œuvre d'art-, la question de la propriété intellectuelle est devenue centrale dans nos sociétés. Elle engage elle aussi une responsabilité vis-à-vis de l'ensemble de l'humanité, à proportions des efforts faits pour en tirer le plus grand bénéfice collectif. La propriété légale d'une technologie novatrice ne peut justifier de la tenir sous le boisseau [fr] , par cynisme ou par négligence. [on est encore très loin d'open source 2.0 !]

Une logique de réciprocité, enfin. Depuis un siècle, l'évolution des sociétés et la mise en avant des droit-créances des individus à l'égard de la collectivité[?] ont créé, tacitement, une nouvelle catégorie de propriété, une dette de tous à l'égard de chacun[?]. Le droit au travail, le droit au logement, le droit à la santé, inscrits dans de nombreuses constitutions démocratiques aujourd'hui, sont désormais reconnus à l'échelle mondiale par les organisations internationales. C'est bien de donner les droits, encore faut-il les concrétiser. Il faut s'y atteler pour instaurer les mécanismes de réciprocité et de solidarité conjuguant la justice sociale et l'efficacité économique. Les garanties que je reçois de la collectivité justifient en retour la restriction de mes droits de propriété dans la mesure où il s'agit d'assurer la meilleure circulation possibles des biens jugés essentiels, par exemple en faveur de l'éducation, de la santé ou de la sécurité.

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Ce nouveau régime de propriété trouve une application concrète dans la définitions des biens publics mondiaux. L'accès aux bien primordiaux que sont l'air pur ou l'eau potable semble encore moins garantie aujourd'hui que par le passé, malgré de réels efforts des politiques de développement. Le passage de la promesse à la réalité impose de définir de nouvelles normes d'exploitation et de distribution. Il s'agit de réglementer les concessions de service public de manière à obtenir le meilleur équilibre entre les services fournis et les investissements qu'ils nécessitent.

Ces biens publics mondiaux ne sont pas de biens gratuits. L'eau potable, aujourd'hui plus que jamais, est un produit industriel dont il faut assurer l'extraction, le contrôle et l'acheminement. Ils ne sont pas davantage des biens illimités. Les effets des ces croyances [plutôt de leur contraires ?] sont délétères [fr] pour la préservation des ressources et il faut encourager le développement d'une culture de la consommation rationnelle et soutenable, grâce à l'extinction de la mesure des débits individuels, par exemple, ou la priorité accordée à la réduction des gaspillages dus à la vétuste des réseaux d'adduction [fr] [Action d'amener,IVANOV - La grande entreprise de l'adduction à Nîmes des eaux du Rhône, Courrier du Gard, dans le Siècle, 27 août 1871, dans le cas de l'eau potable, Littré], dans le cas de l'eau potable. Dans les années passés, les expériences de terrain ont montré que les partenariats public – privé atteignaient la plus grande efficacité lorsque les deux partenaires partageaient les tâches: normes, régulation et missions d'un côté, solutions industriels et

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mesures de l'autre. Il faut également assurer la souplesse et l'adéquation des innovations. Les bornes-fontaines expérimentées dans certaines villes africaines en sont un exemple.


lundi 5 décembre 2011

Le capitalisme de l'alliance

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Le capitalisme n'est pas mort, mais il est en constante mutation, chaque crise combinant rupture et métamorphose. Le terme, après avoir été polémiqué, est en effet devenu si vague qu'on le confond avec d'autres réalités. Ceux qui, à l'occasion de la crise, demandent des mécanismes de régulation plus stricts, ne remettent pas en cause le capitalisme en tant que tel, mais sa variante néolibérale, d'inspiration anglo-saxonne qui s'est imposée à la fin du XXe siècle. En revanche, ceux qui blâment les méfaits et le goût du lucre [fr] s'en prennent en réalité à l'ensemble de l'économie de marché, aussi vieille que les marchandes et plus ancienne que le capitalisme. Ce dernier est l'aboutissement de forces historiques lointaines dont le changement ne se décrète pas, les échecs des révolutions communistes du siècle passé en témoignent assez. [pas d'accord du tout; il n' y a que deux révolutions majeures russe et chinoises. Chinoise n'est pas terminée dans le sens classique; russe a été explosée par les américains – raisons purement géopolitique et non économiques]. Comme souvent, on navigue en la matière entre radicalisme violent et le conservatisme impossible alors que la crise impose la refonte. [lien avec AGILE]. Un capitalisme de l'alliance – entre justice sociale et liberté individuelle - doit apporter une synthèse viable aux

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contradictions du passé: l'exploitation, la conquête, l'épuisement des ressources. Il s'appuie sur un nouvel équilibre entre travail et capital, sur une interpénétration des cultures économiques et sur une meilleure gestion des ressources dans la durée.

Alliance entre capitale et travail, tout d'abord. Dans les pays industrialisés, les inégalités salariales ont explosé. Depuis trente ans, les salaires réels, dans les pays OCDE, stagnent ou régressent. Dans la gestion des entreprises, des détenteurs des capitaux ont pris une place croissante, au détriment de ce qu'on appelaient la technostructure, c'est-à-dire, l'ensemble des la gestion productive de l'entreprise.

La pression comptable et la fuite en avant vers l'expansion à tout prix ont fait vaciller les entreprises. Les promesses perpétuelles de 15% de rendement des capitaux propres ne sont tenables qu'au prix d'une diminution inexorable de la main-d'œuvre, d'une réduction constante des coûts ou d'une conquête agressive de parts de marché. On a, de fait, organisé une jungle de vaincus et de vainqueurs et, une sorte de capitalisme de combat.

La crise signifie la revanche du travail. En raison d'ampleur des défis d'équipement, à la fois dans les pays émergents qui doivent rattraper leur manque d'infrastructures ferroviaires, routières, aéroportuaires et dans les pays industrialisés qui ont à faire face au défi de croissance verte et sont contraints de consentir

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des investissements massifs dans l'ingénierie écologique dans le redimensionnement des infrastructures.

Le travail reprend également les couleurs à cause du développement de l'économie de la connaissance. Elle sera au cœur de la nouvelle compétition. Le facteur de production clé y sera la main-d'œuvre hautement qualifiée. Facteur comparativement rare et hétérogène, il pèsera sur la balance de la rémunération globale, en dépit des afflux de main-d'œuvre issue des universités des pays émergents. Les questions de la propriété intellectuelle, en particulier dans les biotechnologies, redessinent les frontières entre capitale et travail. Dans bien des cas, le capital social d'une entreprise sera une idée en non plus seulement de l'argent. [déjà cité plusieurs fois par NBN, sur VillepinCom].

La mondialisation conduit donc, à terme, à la revalorisation du travail, autrement dit, du socle de toute économie. Le paradoxe n'est qu'est apparent. A mesure que les entreprises s'installent dans les pays à faible coût de main-d'œuvre, les travailleurs disponibles y deviennent plus rares et les salaires s'élèvent. En Roumanie, ces derniers ont quintuplé en huis ans. Le processus favorise l'harmonisation des droits sociaux et l'uniformisation des grilles salariales. La pression à la baisse sur les salaires n'est possible que s'il existe des gisements de main-d'œuvres inemployée, comme des centaines des millions des migrants illégaux intérieurs chinois, les mingong [italique de l'auteur], l'armée de réserve de pauvreté indienne, les

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forces de travail sous-employées de l'Afrique. Mais ses prolétaires de l'usine-monde réclamerons un jour leur du. Ce serait une chance pour la croissance, la seule issue à la surproduction mondiale, en raison de la saturation des marchés occidentaux. Nous pouvons entrer dans un nouveaux compromis fordien, si la croissance mondiale est tirée par la demande intérieure immense de la Chine ou de l'Inde, alimentée par les hausses de salaire de leur ouvriers. Les Trente Glorieuses [hst] seront devant nous.

Le capitalisme de l'alliance repose aussi sur un croisement des cultures économiques aux sein des entreprises. Les multinationales actuelles sont plus diverses et mieux implantées sur leur différents territoires que par le passé. S'achève ainsi la «colonialisme économique » de l'entreprise occidentale conquérante. Les grandes fusions-acquisitions des années quatre-vingt-dix ont été symptomatiques d'une fausse mondialisation: il s'agissait de poursuivre la concentration du capital à structures inchangées, par l'absorption des groupes vaincus. La démarche n'est pas tenable.

Il n'y a pas de modèle économique global capable de s'imposer partout sur la planète. Il faut multiplier les partenariats avec des acteurs locaux de la branche [?] pour partager le risque culturel d'une telle coalition économique. L'implantation durable nécessite de longues associations, par exemple, dans les domaines de la fourniture d'énergie ou des services de l'eau.

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La diversification de la culture économique est un fait. Les grands champions économiques des pays émergents sont montés sur le devant de la scène mondiale ces dernières années: le groupe Mittal, le chinois Lenovo, le conglomérat indien Tata. Ils viennent de s'ajouter à la première génération de la diversité, celles des zaibatsus japonais, Mitsubishi par exemple, et les chaebols coréens. Dans le domaine des médias ou dans les nouvelles technologies, de grands groupes issus de pays du Sud vont émerger bientôt. Les flux d'investissements et de rachats ne seront plus désormais à sens unique. Les cultures d'entreprises indiennes, chinoises, sud-américains prennent de plus en plus la consciences de leur légitimité. Elles ont leurs propres fins, leurs modes de gouvernance, leurs imbrication dans le tissu social. Pour la première fois, le capitalisme ne sera plus occidental d'esprit et mondial par destination mais réellement mondial.

Le capitalisme de l'alliance est enfin un capitalisme durable qui assure l'équilibre entre la production et la préservation des ressources naturelles. Le changement climatique, la raréfaction de certaines matières premiers, les conflits d'usage de l'eau sont autant de contraintes qui modifient l'ensemble des stratégies de l'entreprise. Il va falloir réintégrer les externalités massives[?] dans les coûts de production. Il sera nécessaire de contrôler l'impact des

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activités. Les entreprises ne sont pas en mesures d'entrer par leur seul force dans le cercle vertueux. Face aux défaillance du marché, la régulation passe par de véritables partenariats avec les acteurs publics sur l'ensemble des questions environnementales et par des accords de branche soumis à la discipline collective.

La participation de tous est un élément clé du développement durable. Les défis sont immences car il s'agit de construire un nouvel appareil productif dont l'usage soit envisageable à l'échelle planétaire. Si toute l'humanité avait une consommation semblable à celle des Américains, il faudrait cinq planètes pour y subvenir. La refondation n'est pas un choix. Elle impose un dialogue sur les principes et un accord sur les fins. L'implication précoce et entière des industries dans les processus de réduction des gaz à effet de serre conditionne le succès de la reconversion des entreprises dans le cadre de la compétition mondiale. Le respect des normes environnementales, sociales ou culturelles pourrait constituer une valeur reconnue d'une entreprise, une forme de label lui permettant d'entrer plus facilement sur certains marchés, de remporter un certain nombre de contrats et de bénéficier de soutiens publics.

En définitive, l'alliance, sous toutes ses déclinaisons, implique celle de tous les acteurs économiques en faveur d'un intérêt général commun. Il s'agit bien de dépasser le clivage, largement factice, entre le politique

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et l'économique. Non par une politisation des décisions économiques, si souvent à courte vue. Mais par la mise en œuvre du capitalisme solidaire, organisé par la volonté et autour de l'intérêt des hommes. Tous ce qui touche à la production, au commerce et aux échanges a un retentissement sur le sens de notre vie commune et les message à transmettre aux générations futures.[???].

L'entreprise occidentale s'est le plus souvent construite à travers des relations heurtées avec l'État. Héritière des factoreries toscanes et flamandes et des luttes des bourgeoisies communales contre les princes, elle avait tout d'abord trouvé son équilibre en se tenant à l'écart des enjeux politiques, avant de partir à la conquête des marchés mondiaux sous couleurs nationales. A la fin du XXe siècle, les multinationales se sont efforcées, pour leur part, de gommer leurs attaches nationales: world company [italique de l'auteur] pour leurs détracteurs altermondialistes et entreprise globale pour les autres.

L'entreprise-monde, à l'image de l'économie-monde, faisait le grand écart sans trop soucier de cohésion et de durée. Le contraste est saisissant entre des managers aux rémunérations exorbitantes et des ouvriers aux salaires toujours plus comprimés par la concurrence des économies émergentes. La crise devrait avoir raison de ce modèle désincarné. Une forme hybride va naître: une entreprise mondialisée certes, mais avec un ancrage national assumé. L'entreprise, dans tous les cas, va devoir se réinventer, bousculée

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et stimulée par de nouvelles exigences légitimes de nos sociétés: l'intégration des minorités, la parité entre hommes et femmes, la protection de l'environnement et le respect des normes éthiques.

dimanche 4 décembre 2011

L'entreprise partagée

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Le modèle de l'entreprise occidental s'est construit sur l'énergie conquérante. Celui-ci a ses récits épiques, ses mythes fondateurs. Oberkampf, Thomas Edison, René Panhard, Alfred Krupp, Steve Job [hst,eco] sont des figures de proie de ces légendes. Mais c'est un capitalisme de personnages plus que d'histoire. En Inde ou en Chine les choses sont différentes. Les entreprises sont traditionnellement enracinées dans un substrat social ou un parentèle. Beaucoup plus qu'en Europe, le capitalisme est familial et éclaté.

L'enjeu est bien la refondation de la légitimité de la l'entreprise. Vu de l'extérieur, il s'agit avant tout de la moralisation du profit. Que rémunère-t-il ? Les avantages acquis, les positions de force, les conforts de rente ? De tels abus conduisent immanquablement au déclin et précipitent explosion. Le profit légitime couronne la prise de risque et la responsabilité dans l'action dés lors qu'il conduit à une amélioration de bien-être pour l'ensemble de la société, un gain pour tous. A ce titre, le calcul du

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profit ne peut donc faire l'impasse sur les conséquences de la production, sur les dégâts collatéraux qu'elle induit, comme la pollution en particulier. La responsabilité – environnementale, sociale – est une autre clé de répartition du profit entre les entreprises. Elle pourrait également être le fondement d'une fiscalité modulée et moderne, afin de favoriser les activités les plus conformes à l'intérêt général.

L'enjeu est aussi intérieur à l'entreprise.[?]. L'équilibre au sein du gouvernement d'entreprise et sa pleine contribution aux transformations des sociétés ne peuvent se faire qu'au prix d'une représentation accrue de la diversité des acteurs. Il est nécessaire une bonne circulation de l'information, une culture de compromis, une meilleure représentativité des syndicats et enfin la participation du plus grand nombre aux profits.

Mais il faut également inclure la notion d'équilibre entre la stratégie. Conduire l'entreprise avec les yeux rivés sur les cotations boursières interdit toute politique de longue terme. Les entreprises sont aujourd'hui fragilisées par cette financiarisation. Faut-il regretter le capitalisme familial ? Celui-ci privilégiait la stabilité plutôt que l'expansion rapide, l'investissement plutôt que l'endettement, au nom d'une priorité donnée à la transmission du patrimoine d'une génération en génération. Cette stabilité apparente cachait souvent des passages de relais difficiles. Mais, surtout, sa pente naturelle au

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conservatisme le prédisposait mal à affronter un monde en constante évolution. Il faut donc inventer une troisième voie, une trajectoire capable d'adaptation dans une certaine continuité d'esprit. Les industries doivent proposer des offres globales dans le cadre de véritables partenariats économiques. Elles ne peuvent plus se contenter de livrer les produits finis sur un marché. Prenons le cas des infrastructures: il faut exposer au pays ou à la collectivité cliente de développement, l'aménagement et le retour social qu'elle peut espérer de son investissement, dans le cadre d'une association complémentaire. [IVANOV -inondations] L'entreprise doit, dans un sens, dépasser son rôle industriel en devenant fournisseur de services d'accompagnement, dans la conception, la gestion et la administration des services induites. Les axes des stratégies doivent être simple: des savoirs, des territoires, du temps.

samedi 3 décembre 2011

Le citoyen-monde

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Au delà des économies, les cultures du monde se sont mis en mouvement. Une conscience mondiale est en train d'émerger. Aucune autre période de l'histoire n'a offert aux individus un accès physique ou intellectuel, aussi facile aux ensemble des autres cultures. Voilà le seul véritable « choc des civilisations » auquel nous assistions – celui d'une fécondation mutuelle.

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Du côté occidental il est nécessaire de départir[fr] d'une certaine supériorité universaliste qui prétend s'ériger en juge et seul maitre d'œuvre de la synthèse. En face, de nombreuses cultures ont connu la tentation du repli sur la tradition et la mythification du passé par la peur de devoir se soumettre à la modernité conquérante de l'Occident. Cette logique a favorisé, par exemple, après un siècle de malentendus et de graves maladresses, le développement de l'islamisme dans le monde arabe. Ce repli est d'autant plus menaçant qu'il intègre la part technologique de la modernité pour la retourner contre ses ennemis.

Le détournement de la culture comme élément de la résistance identitaire mène toujours aux affrontements physiques et aux engrenages de la haine. Surtout il appauvrit et fragilise les véritables cultures qui conduisent au partage et supposent l'ouverture de l'esprit. A l'évidence, les peuples des pays musulmans sont les premiers victimes de l'islamisme. Les modérés, ceux qui veulent associer droits de la personne, démocratie et islam ont été discrédités et, dans certains cas, persécutés. L'enseignement s'est rigidifié, rendant plus difficile l'assimilation des connaissances venues d'ailleurs. Les traductions se sont taries [fr], étiolant[fr] un peu plus une tradition littéraire et poétique foisonnante[fr], à présent tenue sous le boisseau[fr]. Il n'y a donc pas de diplomatie plus urgente que l'universalisation de la culture. Il faut soutenir partout les forums

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de dialogues et les aides qui permettent à la création locale de rester vivante.

Accompagner[encore Accompagner -aimé par DDV] la rencontre des civilisations c'est aussi éviter leur écrasement dans un moule unique au nom d'une culture commune. L'unité n'est pas l'uniformité. L'humanité est riche de toute la diversité de ses pensées et de ses ressentis. Elle la somme des ses langues et de ses images. La diversité culturelle n'épouse donc pas une logique de conservatoire ou de musée, mais bel et bien une obligation de dialogue réel pour qu'il tourne pas à un dialogue à plusieurs voix.

Est-ce pour autant un triomphe d'un relativisme ? Toutes les vérités se valent-elles pour qu'il faut encourager la diversité ? Au contraire. Le dialogue dans la diversité n'est pas un slogan mais une opportunité historique de faire naître un universalisme partagé, fondé sur un apport égal des ensemble des cultures. L'universalisme doit demeurer une valeur cardinale, un repère permettant l'harmonisation des divers. Pour y parvenir, encore faut-il remédier aux erreurs du passé.

L'universalisme ne peut plus prétendre s'imposer à l'humanité à partir d'une seule des ses composantes. L'Occident s'est imaginé porteur de valeurs indiscutables. Sa sincérité fut sa bonne conscience, dégénérant en arrogance. Hier comme aujourd'hui, des missionnaires jésuites en Nouvelle-Espagne aux valeurs civilisatrices de colonisation, du flambeau des

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Lumières transmis par la Révolution française à une Europe parfois récalcitrante aux prédicateurs de la révolution mondiale, les même erreurs se sont constamment reproduites.[cité par NBN comme le prologue d'un forum sur le Camembert fr-ru 2012, il me semble bien apprécié par Magali].

L'Occident doit enfin accepter la réalité et promouvoir le partage. Il ne lui sera pas possible de bricoler son système de valeurs pour le rendre réellement planétaire. Il lui faut reconnaître la polyphonie du monde, contribuer à la nourrir sans prétendre y dominer, prendre au sérieux les cultures et les mémoires, lire et écouter les nouveaux savoirs qui se constituent en dehors de lui. L'Inde abonde aujourd'hui en penseurs novateurs qui tentent de déplacer les frontières des concepts économiques, sociologique ou politique que l'Occident s'est donné par les hasards de l'histoire et a imposés à d'autres sociétés. Dans toutes les disciplines se développent les mêmes efforts de synthèse philosophique et religieuse. Nous somme face à une période d'éclosion. Devant nous se profile une Renaissance mondiale, une nouvelle époque des Lumières appelée à renverser nos façons de penser. Il faut choisir Erasme, Thomas More et Montaigne [hst], et éviter les tentations du sac de Rome, de la Saint-Barthélemy [hst] ou de la condamnation du Galilée.

Le défi de la multipolarité et de la mondialisation est au cœur de la redéfinition du devoir de citoyen. Comment l'individu peut-il tirer au mieux partie des changements sociaux et culturels auxquels il assiste et dont il se se croit le

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plus souvent dépossédé? En raison des grandes transformations que nous subissons tous – que nous le voulions ou non - , les hommes sont amenés à jongler avec leurs différentes identités. Ils se repèrent en fonction de critères géographiques plus complexes, du local au transnational. Ils se situent également selon des appartenance de genre, de religion, de langue, de sexualité. Toutes ces revendications partielles sont commutables et additives. Au identités closes du passé - acquises et inculquées [fr] dans les écoles et les casernes, se sont substituées les identités éphémères et plurielles.[voir ou à créer les débats sur les avatars et les multiples profiles sur le VillepinCom].

A l'écart de ce mouvement, se trouvent les orphelins de cette pluralité qui peinent à s'extraire d'identités traditionnelles et univoques. Ils n'ont pas changé; le monde a changé autours d'eux. Cela renforce leur sentiment d'être victimes de l'histoire. Ils subissent de plein fouet les risques de dissolution d'un tissu social ancien. Voilà pourquoi leur parole demande à être écouté et rejeté par principe vers archaïsme.

En parallèle, émerge aujourd'hui l'opinion public mondiale. Le phénomène est irréversible. Les médias audiovisuels et Internet en sont évidemment les vecteurs privilégiés. Ils nous font entrer dans la société mondiale de l'information de masse. Les enjeux pour les libertés publics et la diversité culturelle mondiale sont immenses dans les contenus et les moteurs de recherche sur Internet par exemple.[?].

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La fausse immédiateté médiatique nous met sous la pression constante de l'image. Elle place l'action sous l'emprise de sa représentation, propice à toute les dérives et détournements. Face aux risques de l'uniformisation, il est indispensable de protéger la diversité et de réfléchir à la création dans nos sociétés, y compris à travers des financements innovants pour compenser les imperfections évidentes du marché dans ce domaine.