mercredi 2 novembre 2011

L'urgence et la durée

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 139


Le nouveau monde ne sera pas jugé sur la lettre de ses principes, mais sur ses actes et ses ses résultats. Une gouvernance juste mais impuissante signerait une ruine immédiate de la cité-monde. Il faut donc placer les mayens d'action au cœur d'une réforme des structures internationales, en la bâtissant sur les quatre priorités de l'intérêt général mondial : la stabilité économique, la sécurité collective, la préservation de la planète et la réduction de la pauvreté.

L'illusion d'hier est aujourd'hui devenue nécessité. Trente ans de doctrine néolibérale avaient laissé croire qu'il existait un marché mondial autorégulé. En fait, il n'était que la juxtaposition de marchés nationaux rendus possibles par l'existence de forces publiques garantes de la sécurité. L'économie ne prospère pas sur l'anarchie. Une régulation mondiale des circuits financiers fait désormais l'unanimité et il ne faut pas gâcher cette occasion de coopération que nous offre l'effondrement du système bancaire.

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La concertation internationale, avec les premiers pas de G20, doit répondre à l'urgence et non se contenter de simples promesses. Le sauvetage des banques par la gestion adéquate des gestion toxiques n'a de sens que si les pays, les gouvernements et les banques centrales coordonnent leurs efforts aussi étroitement que les institutions financières se sont échangé ces titres douteux par le passé. De même pour la relance des économies qui nécessite de trouver un relais aux seuls consommateurs américains, malades de l'excès de crédit.

Au-delà de l'immédiat, il faut penser à jeter les bases d'une gouvernance économique mondiale. Pour cela, une architecture, des principes et des moyens sont nécessaires. Le nouvel ordre doit avant tout reposer sur une régulation plus forte du système financier international. Des décisions essentielles en découlent, concernant les paradis fiscaux, le contrôle des agences de notation ou les normes de comptabilité.

Cette nouvelle gouvernance doit aussi remédier à l'instabilité monétaire fondamentale dans laquelle nous vivons. Depuis 1971, avec la fin de la convertibilité-or du dollar, le monde est soumis à deux règles qui, combinées l'une à l'autre, ont accru démesurément les risques. La première, c'est le système des changes flottants. Tous les jours, les cambistes arbitrent une monnaie contre une autre, une politique économique contre une autre, un taux d'intérêt contre un autre. Cette première règle du jeu pourrait

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être séduisante, parce qu'elle porte en elle des éléments forts de corrections des déséquilibres mondiaux, si elle n'était pas contredite par une autre règle tout aussi forte, la domination du dollar. La domination du dollar est le résultat de facteurs objectifs, et notamment de la taille du marché américain et de l'exceptionnel dynamisme de son économie, et de facteurs purement politiques, conduisant in fine à remplir les banques centrales de dollars.

Formulé de manière schématique, le choix qui s'ouvre à nous est donc simple : veut-on préserver un système de changes flottants, mais sans monnaie dominante, ou décide-t-on de définir une nouvelle monnaie de référence, plus proche de l'économie réelle ? Une monnaie de compte mondiale, à partir des droits de tirage spéciaux du FMI, pourrait servir directement aux transactions privées internationales et irriguer les circuits du crédit. Sa valeur serait fondée sur un panier des principales devises en ajustant sans cesse leurs fluctuations réciproques et leurs poids relatifs. C'est la seule unité de compte équitable aujourd'hui, capable de contrebalancer les grands déséquilibres et d'inciter tous les acteurs à la vertu.


Davantage de règles, c'est aussi un ensemble d'institutions mieux armées pour les mettre en œuvre. Une réforme du FMI et de la Banque mondiale, pour en élargir le rôle, apparaît indispensable aujourd'hui pour les adapter aux

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nouvelle réalités et aux nouvelles défis. L'organisation des droits de vote au FMI, en fonction des quotes-parts des dépôts respectifs, à la manière d'un syndicat de copropriété mondial, reflète le monde dépassé de l'après-guerre. Il faut donner plus de place aux économies émergentes et instituer des mécanismes de souplesse permettant une adaptation en temps réel des institutions aux grands changements. Ce FMI renouvelé serait plus légitime et efficace encore, s'il coordonnait son action avec un Conseil de sécurité économique au sein des Nations unies dont la légitimité peut seule étayer les efforts actuels.

A Londres, le G20 a été efficace parce qu'il représente 90% de l'économie mondiale avec un nombre limité d'acteur autour d'une même table. Mais il n'a pas les moyens d'accompagner l'action dans la durée, dépourvu de Secrétariat permanent et laissant de côté un tiers de la population du monde. L'action ne sera pas pérenne tant qu'elle ne sera pas encadrée par une instance légitime et permanente comme un Conseil de sécurité économique, doté de moyens d'action en urgence et d'une capacité de saisine pour des crises économiques locales ou régionales. Le Conseil de stabilité financière créé à la conférence de Londres en avril 2009 devra être doté de véritables compétences et d'un pouvoir de contrainte dans les domaines de l'alerte précoce des crises et de la supervision des autorités nationales de régulation financière.

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Si nous somme capables de mener les réformes économiques nécessaires, un cycle vertueux pourra être enclenché, concrétisant enfin l'aspiration à une plus grande justice mondiale.

Le libre jeu des intérêts suffit à faire surgir l'intérêt commun, entend-on encore. Mais de quel intérêt parle-t-on ? Laissé à ses propres forces, l'ordre économique qui émergerait ne serait pas à l'avantage de tous. Nous ne pouvons accepter de nous acheminer vers un duopole mondiale, une « Chimérique » qui viserait à préserver les seuls intérêts des deux rives du Pacifique. Le risque existe, cependant, parce qu'il offre la stabilité aux deux partenaires inattendus de ce Yalta économique. Aux États-Unis, la préservation de leur rôle de consommateur en dernier ressort, ou en tout cas un atterrissage en douceur, au prix de l'hyperendettement, la garantie de stabilité et de la prééminence du dollar dans les échanges internationaux et la conservation de leur emprise sur une moitié occidentale du globe. Aux Chinois, l'accord promettrait le maintien de leur croissance extravertie, fondée sur une sous-évaluation yuan, une stabilité sociale et politique achetée par la croissance et le retardement de l'ouverture complexe de leur marché intérieur, verrouillé par une hyperépargne de précaution. Ce serait l'exemple même d'un intérêt dominant, à rebours de l'intérêt général mondial. Celui-ci doit être dégagé par l'ensemble des acteurs et s'appuyer sur un principe d'équité entre pays en voie de développement, pays émergents et pays développés.


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