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D'autres défis nous attendent, dont l'urgence n'est pas moindre. Il faut tenter d'enrayer la triple tragédie humaine de la pauvreté, de la maladie et de la faim, aux causes croisées et communes.
Pour la première fois, un consensus s'opère : les causes de la pauvreté ne sauraient se réduire à l'avarice de la nature ou à la malédiction divine, mais résultent d'un ensemble complexe de responsabilités humaines. Même si, dix ans plus tard, les résultats ne s'élèvent pas à la hauteur de nos espoirs, les objectifs du millénaire pour le développement adoptés par l'ONU en l'an 2000, amorcent une démarche nouvelle et crédible pour vaincre la pauvreté, en améliorant le niveau d'éducation, en favorisant l'accès à l'eau potable et en luttant contre les grandes pandémies.
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La justice authentique, la justice réparatrice exige que chacun contribue selon ses forces à l'intérêt général, en réhabilitant la règle et la distribution de l'effort. La création d'un lieu d'arbitrage serein est toujours préférable à l'imposition d'une autorité coercitive dont la rigidité fait fuir les contractants. Il s'agit non pas de briser mais de réorienter et de canaliser les énergies. Le nouveau partenariat pour le développement africain (NEPAD), conclut sous l'égide de l'Union Africaine, est exemplaire des mécanismes originaux qui avancent par projets et pas compétences, ciblant l'échelon le plus adapté au règlement des difficultés.
Au même instant, réapparaît le spectre de la pandémie. Dans toutes les civilisations, bacilles et virus ont accablé les peuples. Pestes, choléra, typhus, par le passé, infléchi le cours de l'histoire de l'Europe. Aujourd'hui les coûts humains sont insupportables pour les sociétés africaines les plus touchées. Dans quelques années, le sida privera l'Afrique de neuf années d'espérance de vie et d'une part importante de sa main-d'œuvre la plus productive. Ces grandes maladies, avec les peurs qu'elles font surgir, sont des sources d'instabilité familiale, sociale et politique à l'intérieur même des États, en particulier ceux ont les taux de prévalence[fr] les plus élevés, en Afrique australe.
Le scandale de la faim est une tache pour le monde « civilisé » emporté par ses gaspillages.
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Près d'un milliard des humains connaissent la famine et la malnutrition aujourd'hui. Aucune solution ne peut être trouvée sans une vue d'ensemble des enjeux d'agriculture. Le préalable serait de reconnaître un droit fondamental pour tous les hommes de manger à leur faim. Mais on ne nourrit pas par décret. Les expériences désastreuses des famines d'Ukraine dans la Russie stalinienne[controverse NBN] et des millions de morts chinois au cours du Grand Bond en avant maoïste en sont la preuve.
Nourrir est le fondement premier du pacte social, l'enjeu de la division internationale du travail qui n'a été vue par les économistes que comme un phénomène commercial, mesurable et contrôlable. Or toute division du travail fonde un ordre social à 'l'échelle des ces échanges. L'agriculture s'est mondialisée. Les circuits de production et d'approvisionnement se sont étendus. Les agricultures intensives d'Europe et d'Amérique ont entrainé une baisse des prix céréaliers qui a permis de faire vivre, tant bien que mal, une partie de l'humanité et de la détourner de l'autosuffisance de ses champs pour l'orienter vers l'exode rural et la production manufacturière. La désorganisation des sociétés locales qui en a découlé a aggravé les effets de la famine.
L'agriculture commerciale des pays du Sud subissait de plein fouet la concurrence et se montrait incapable de rivaliser. Les agricultures du Sud ont été mises à la merci de celles, plus
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efficaces et par ailleurs subventionnées, du Nord. La véritable justice ne consiste donc pas à comprimer les prix agricoles autant que possible en espérant nourrir à bas prix toute l'humanité.
Permettre une contribution de tous les systèmes productifs et harmoniser toutes les consommations, voilà la clé. Briser l'hégémonie du marché dans le domaine agricole est nécessaire. En ce domaine, comme en d'autres, les illusions du passé sont riches d'enseignements. Les physiocrates du XVIIIe siècle attendaient la prospérité des nations du libre-échange des grains. Ils avaient raison en théorie. A terme, le commerce permettait le développement d'un marché national qui lissait les hausses de prix locales liées aux accidents climatiques. Mais ils n'avaient pas anticipé les effets pervers de la transition. Lorsque Turgot décrète le libre commerce du grain en 1774, la France doit faire face à une crise grave qui donne naissance à la guerre des farines de 1775[hst]. La levée des barrières intérieures a favorisé la spéculation et, en partie, désorganisé les systèmes de production locaux.
Deux leçons peuvent en être tirées : la liberté commerciale permet, à terme, une homogénéisation qui garantit la satisfaction des populations. Pour autant, le libre commerce est une source des déséquilibres qui touche les fondements de l'ordre social et génère des révoltes. Il y a donc un intérêt supérieur à accompagner les
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changements par une réglementation adéquate et progressive.
Aujourd'hui la réforme de la Politique agricole commune (PAC) constitue un défi. Pour la France, car il s'agit d'inscrire dans la durée la refonte des liens entre la société et son agriculture; pour l'Europe, car c'est enjeu d'équité entre les pays membre de l'Union; pour le monde, car les équilibres entre les agricultures du Nord et du Sud dépendent des signaux donnés par la PAC.
Partout, l'agriculture demeure un élément stratégique des la cohésion des sociétés. Cela ne signifie pas la promotion de l'autosuffisance de tous les territoires qui n'est pas réalisable, mais la préservation d'un équilibre entre production intérieure et approvisionnement extérieur. La faim ne sera pas combattue par la fourniture des nourriture à bas coût, qui ne crée que des dépendances, des circuits mal ajustés, et des rancœurs. Elle ne sera pas vaincue seulement par les révolutions vertes de l'avenir qui produiraient, tout à coup, de façon presque gratuite : les contraintes sont trop fortes avec l'épuisement des meilleurs sols, la stagnation de la surface agricole utile mondiale et la modification des consommations. Sa réduction drastique passe par une harmonisation mondiale dans la production et la consommation agricoles. Des accords multilatéraux sous l'égide de l'ONU et grâce à l'expertise de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)
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peuvent seuls permettre de trouver des équilibres dynamiques favorisant le développement rural.
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