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Une troisième règle s'impose dans le règlement des crises mondiales. Il faut d'avantage conjuguer les temps courts de l'urgence et longs du règlement. S'il faut répondre à l'horreur, il faut aussi que cette première intervention
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d'ordre humanitaire, immédiate et limitée dans le temps, soit clairement définie et séparée des autres objectifs stratégiques. Les années passées ont montrée que le brouillage entre action humanitaire et opération militaire classique pouvait avoir des conséquences catastrophiques sur le terrain. L'aide d'urgence n'est pas la mission des forces armées dont l'action doit toujours être tendue vers la sécurisation des territoires. C'est à l'ONU que revient de définir le cadre de l'action multilatérale.
Au-delà de l'urgence, il faut construire l'avenir, et cela ne peut jamais passer par le seul recours à la force, aussi moral puisse-t-il paraître. Les conflits violents expriment toujours – quelque soient leur instrumentalisation, leur récupération et leur déformation – des conflits d'intérêts entre des populations pour le contrôle de territoires, de ressources ou la captation de symboles. Il faut donc engager le travail de plus long haleine, fondé sur des moyens diplomatiques et une implication des populations concernées, pouvant mener à terme au consentement de tous à la paix. Ces processus sont toujours douloureux. Ils supposent en général de neutraliser les radicalismes et de proposer un avenir viable. En Algérie, le général de Gaulle, de 1958 à 1962, se détourna assez vite de la solution de force pour orienter le cours des négociations vers une indépendance négociée préservant des liens entre les deux nations.
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Plus récemment, dans le conflit ivoirien, une première urgence imposait d'éviter la généralisation du conflit politique et militaire entre les milices du nord du pays et l'armée contrôlée par le pouvoir de Laurent Gbagbo à Abidjan. C'est ce que la France était en position de faire avec la force Licorne. Mais elle s'est également impliquée dans des efforts diplomatiques pour trouver un règlement pacifique de long terme. Les accords de Marcoussis furent ainsi un jalon de cette solution, avant les accords de Ouagadougou. Le dialogue ne devait pas être rompu car l'aggravation des tensions et la montée des haines envenimait la situation de mois en mois. L'engagement de notre pays cristallisa bien des hostilités à l'égard de ses ressortissants, mais sa participation au règlement du conflit intéressait, au-delà de lui-même et de la Côte-d'Ivoire, l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest.
La prise en compte de ces mouvements de fond semble naturelle et pourtant elle ne va pas de soi. En Irak,n la seule vision à long terme disponible est celle du désengagement militaire des Américains avec pour corollaire un scénario, probable, d'affrontement voire de partition. En Corée du Nord, des négociations multipartites ont permis de dégager des horizons de moyen terme, au moins sur la question nucléaire. Indiscutablement, l'élection de Barack Obama, laisse espérer, région par région, un recalibrage des attentes et des projets américains permettant de dégager de réelles résolutions de conflits. Mais
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là encore, il faut garder à l'esprit les leçons des expériences récentes, d'autres exemples de l'idéalisme démocratique américain des administrations Carter et Clinton. Toutes deux se sont efforcées à des diplomaties novatrices et bienveillantes autant qu'ouvertes sur le monde. Mais l'une a échoué – faute de temps, et du fait d'un moralisme un peu raide. En outre , après le Watergate, la guerre du Vietnam et le choc pétrolier, l'Amérique doutait d'elle-même – les ressemblances avec l'enlisement en Irak, Guantanamo et la crise économique de 2008 sont frappantes. L'autre, quant à elle, a eu un bilan plus qu'ambigu, avec, d'un côté, les accords d'Oslo et de Dayton, réels succès dus à des partenariats multiples et à un travail dans la durée, et, de l'autre, des impasses, qu'il s'agisse de la Somalie ou de la reconfiguration de l'OTAN comme bras armé d'une ligue des démocraties.
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Il y a devant nous un itinéraire à emprunter pour soigner en profondeur les blessures de notre monde. Mais il suppose une volonté forte et partagée et non plus des protectorats brouillons et autoproclamés. Ce chemin repose sur l'émergence d'une conscience mondiale des crises et d'une volonté générale de saisir de leur solution. En un mot, notre cité-monde attend sa charte fondatrice d'un nouvel ordre
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démocratique et équitable. Il s'agit de bâtir une forme d'intérêt général planétaire à l'heure où la mondialisation et la multipolarité le rendent enfin possible.
Il faut tracer les plans d'une cité proportionnée. Combien d'utopies et de rêves, magnifiques sur le papier, se révèlent, dans les faits, monstrueux et difformes, incapables de soumettre leurs corps aux lois de la nature, avec leurs têtes énormes et leurs bases fragiles ? Elle se doit de répondre aux données si souvent contrariantes, foisonnantes et déroutantes de l'histoire et de la géographie. On ne construit pas sur la négation du réel, fût-ce au nom des idées.
La cité-monde doit être à l'échelle humaine. Car il ne s'agit pas d'une machine. Le coeur de chaque cité est une construction spirituelle. Sa légitimité dans l'action découle de l'application de ses principes. Voilà sa part indispensable d'idéalisme. De l'accord sur les sources de sa légitimité dépend toute l'efficacité de cette construction. Quelques principes se dégagent, autour desquels peut se cristalliser le consensus de toutes les parties prenantes. Ils circonscrivent et légitiment l'action autour d'une exigence de justice, de solidarité et d'indépendance.
Une nouvelle pyramide reste à édifier avec, à la base, les Etats; à l'étage, les organisations régionales; et au sommet l'ordre international. Pour les États, l'indépendance est la plus
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nécessaire afin de faire vivre la diversité naturelle du monde qui est la richesse de l'humanité. Un État comme la France a une vocation de passerelle et une tradition d'ouverture qui le rendent particulièrement propre à la médiation. L'indépendance de chacun permet de susciter le pluralisme des questionnements et des réponses face aux défis multiples du monde. A l'étage régional, la solidarité parvient le mieux à faire émerger d'une association de plusieurs éléments une solution dont la valeur et la force dépassent ceux de la somme des ses éléments. En témoigne l'exemple de l'Europe, en dépit de sa crise actuelle. Quand à la justice, elle ne peut être mieux poursuivie qu'au sommet, dans un ordre international assumé et accepté par l'ensemble des parties prenantes. Dans ce cas, elle ne s'impose pas mais s'exerce. Dés qu'il manque un élément dans la définition de la répartition, l'ensemble du modèle devient caduc.
Respecter, partager, unifier, telles doivent être les exigences parallèles de l'action commune pour la faire naviguer dans les eaux tumultueuses entre la tyrannie et l'anarchie. Le temps dominateur de l'Occident est passé. Saisissons cette occasion historique au lieu de nous abimer dans la quête impossible d'un passé perdu. Il y a bien du chemin à parcourir, tant ces principes cardinaux sont aujourd'hui battus en brèche par l'aveuglement jusqu'au-boutiste, de chacun pour soi, la soumission et l'abdication de la diversité du monde.
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