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Ces crises présentent des similitudes. Elles offrent aussi des amorces de solutions communes. D'abord, éviter tout abcès de fixation lié à la présences étrangères, en dehors d'une stratégie et d'un calendrier soigneusement fixés. Ensuite, mettre en œuvre un processus intérieur de dialogue et de rassemblement de toutes les forces de stabilité pour créer une dynamique régionale dans l'intérêt de tous; enfin, définir un effort économique et social de grande ampleur pour favoriser le développement. La prise en compte des crises dans l'urgence du cas par cas, par cloisonnements étanches et successifs, ne mène nulle part. Il faut restaurer une vision d'ensemble au service d'un nouvel ordre international. La conviction des néoconservateurs américains depuis les années quatre-vingt-dix affirmant l'idée selon laquelle la diffusion mondiale de la démocratie répondait à la fois à l'intérêt – économique et
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sécuritaire – et à la mission spirituelle des États-Unis faisait fusionner la tradition idéaliste wilsonienne avec le réalisme à la Kissinger. Cette pensée postulait l'existence d'un cercle vertueux de l'action internationale, par lequel les États-Unis favorisait la pente naturelle des peuples vers la démocratie libérale. La chute d'une dictature prenait valeur d'exemple et ricochait sur les pays voisins.
Voilà le néoconservatisme sur le papier. Il a été tout l'inverse dans les faits. Il a conduit non seulement d'États, mais de populations et de cultures. Il a installé deux poids deux mesures pour les pays, en rejetant certains dans l'axe du mal absolu, en conservant d'autres, non moins autocratiques, parmi les alliés privilégiés. Ce qui se voulait une thérapie de choc par la crise contrôlé est devenu un cercle vicieux du discrédit des valeurs promises. Échec du dogmatisme, confondant la démocratie et institutions démocratiques, ouverture économique et partage culturel. Les avocats de la démocratie dans les pays arabes autoritaires ont connu au début de ce siècle des années difficiles.
Il faut en tirer les enseignements en veillant à ne pas sombrer dans l'excès inverse de la frilosité et de l'immobilisme. Plutôt que de générer des crises ouvertes là où il n'y a que des conflits larvés, il faut remonter à la source, partir du cratère du volcan et non de ses coulées de lave.
Ainsi, le conflit israélo-palestinien reste la clé de voûte de la paix au Moyen-Orient. Il est un
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exemple tout à la fois des blocages et des opportunités actuelles. Les grandes lignes directrices pour sortir de cette crises sont connues. Non pas une politique de petits pas, car celle-si a échoué, mais une politique de pas résolus, c'est-à-dire volontariste dans l'immédiat, visionnaire à long terme. Elle passe par la coexistence de deux États viables, obligeant à des concessions douloureuses de part et d'autre.
Le conflit dans la bande de Gaza, qui a commencé en décembre 2008, a été l'illustration de la spirale des violences qui tire la situation vers le bas depuis les débuts de la deuxième Intifada. Il illustre le fait qu'il n'y pas de paix sans partenaires et pas de négociations sans intermédiaires. Certes, en raison des luttes fratricides entre Fatah et Hamas, il manque un interlocuteur solide chez les Palestiniens. Mais peut-on reprocher aux Palestiniens de ne pas disposer d'un gouvernement capable d'assumer des pourparlers de paix ? Il n'en ont plus les moyens, vivant au jour le jour, dans un désespoir grandissant, dans des espaces confinés et cloisonnés à l'extrême. Il manque aussi, chez les Israéliens, une direction politique capable d'assumer la paix, en raison d'un système politique bloqué par le vote à la proportionnelle, la surenchère communautaire et la radicalisation nationaliste ou religieuse. Il n'a y eu d'avancées sur le chemin de la paix qu'avec des personnalités fortes – faucons devenus colombes par réalisme comme Yitzhak Rabin puis Ariel Sharon.
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Aussi compréhensible soit-elle, la logique israélienne de sécurité comme préalable aux concessions territoriales ne paraît pas d'offrir d'issue. Seule la médiation peut permettre l'enclenchement d'une spirale ascendante, menant par degrés à un accord. Cette médiation nécessite bien sûr la participation des États-Unis, mais les Européens ont un rôle à jouer s'ils parlent d'une seule voix. Les médiateurs doivent d'abord accompagner le dialogue et apporter leur garantie et leur soutien matériel en cas d'accords. Ils doivent ensuite s'impliquer économiquement pour permettre une reconstruction réelle de l'État palestinien, ce qui suppose plus que la seule manne européenne qui semble parfois destinée à compenser l'aveu d'impuissance. Enfin, le règlement du conflit implique un dialogue régional, incluant à la fois les États modérés comme l'Égypte et des pays comme la Syrie et l'Iran.
Le profit à en tirer à l'échelle mondiale serait immédiat. L'attente, dans une grande partie du tiers-monde, à l'égard d'un règlement israélo-palestinien, est immense tant le conflit en est venu à symboliser le double langage occidental, la loi du plus fort supplantant le droit international. L'apaisement au Moyen-Orient en serait facilité. Le cercle vertueux s'élargirait progressivement, dans le temps et dans l'espace. Cela s'appliquerait dans un Irak conflictuel tel qu'il ressortira très certainement du retrait américain, car les antagonismes chiites, sunnites et kurdes
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ont été avivés. Il n'a pas d'autre moyen de parvenir à un équilibre régional, également conditionné par la menace de prolifération nucléaire. L'abcès de fixation israélo-palestinien et son extension libanaise ont trop longtemps distordu les lignes de force au profit de la surenchère.
Il reste que pour l'heure, tout paraît bloqué au Proche-Orient où la droite dur israélienne et les radicaux du Hamas semblent se rejoindre pour abandonner la solution de deux États, israélien et palestinien, vivant en paix, côte à côte. Chacun, donnant libre cours à ses arrière-pensées et son idéologie, ne veut retenir que la possibilité d'un seul État. Inacceptable pour la communauté internationale, cette perspective n'est pas sans danger pour Israël qui devra à terme faire face , d'une manière ou d'une autre, aux déséquilibres démographiques entre Israéliens et Palestiniens. A défaut donc d'un déblocage de ce qu'il est convenu d'appeler la « mère des crises », il faut s'atteler sans attendre à conforter toutes les avances possibles sur deux autres fronts tout aussi centraux.
Celui de l'Iran. Il faut revenir à une situation réaliste, c'est-à-dire intégrant Téhéran comme composante à part entière de la région mais en tenant compte des grandes lignes de fracture historique entre monde arabe et monde perse, entre sunnites et chiites. Un accord sur le nucléaire iranien, repoussant la perspective d'une intervention armée, ne manquerait pas
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d'avoir des retombées bénéfiques collatérales en Syrie, en Irak, en Afghanistan, et même dans l'ensemble du Proche-Orient. Un échec, en revanche, enclencherait le cercle vicieux de la prolifération, pouvant encourager alors des vocations en Égypte, en Turquie, en Arabie Saoudite ou dans les États du Golfe. Celui du Pakistan également. En effet, la situation de ce pays est celle d'un État quasi failli, proche de celle de l'Afghanistan, présentant un double risque : terroriste en liaison avec l'islamisme radical, mais aussi militaire, qui ne permet pas d'exclure un affrontement nucléaire avec l'Inde. La rivalité entre ces deux États est ancienne mais l'exacerbation croissante des tensions entre les deux peuples a atteint un point culminant avec les récents attentats de Mumbaï.
Islamabad, Téhéran et Jérusalem, telles sont bien, aujourd'hui, les trois portes d'entrée de la guerre ou de la paix pour le monde.
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