mardi 8 novembre 2011

La nature en partage

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 123


Un nouvel équilibre peut être trouvé dans la gestion des relations entre l'homme et son environnement. Les civilisations asiatiques ont eu pour berceau les vallées de grandes fleuves capricieux, fleuve Jaune, Gange, Mékong, Irrawaddy, nés dans le château d'eau de l'Himalaya. Ces « civilisations hydrauliques » ont appris l'action collective dans la double gestion de ressources à partager sans les épuiser – l'irrigation – et de réserves porteuses de dangers immences – les crues meurtrières. La Chine place ainsi le Souverain Yu le Grand, maître des eaux et des ses travaux, à l'origine même de son histoire. Il est donc naturel que ces pays émergents aient plus que leur mot à dire dans l'élaboration des mécanismes internationaux. Cela suppose qu'ils reviennent à la sagesse et se détournent d'un modèle de consommation énergétique et environnementale qui n'est pas soutenable à l'échelle planétaire.

Le peuples de l'Afrique subsaharienne ont développé un lien traditionnel avec l'environnement. Sociétés historiquement « écocentrées » dans lesquelles – avant la colonisation et ses conséquences – l'harmonie des relations des communautés avec leur environnement était primordiale, la nature n'y étant pas conçu comme une ressource mais comme un

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partenaire à ménager. Cette approche respectueuse doit offrir un cadre aux économies en voie de modernisation. L'Afrique s'est engagée dans la mondialisation culturelle. Elle prend conscience de sa créativité, de sa jeunesse, de son originalité. L'Afrique est de retour. Après avoir été la voix manquante du monde, elle pourrait à l'avenir inspirer les nouveaux équilibres entre le profane et le sacré, entre les échanges humains et les transferts des biens.

Urgence oblige. Le réchauffement climatique a longtemps été un bruit de fond auquel les opinions publiques prêtait une attention distraite. Aujourd'hui les constats alarmistes se multiplient. Un consensus émerge. Il y a un réchauffement climatique d'origine anthropique lié à l'émission de gaz à effet de serre. Les travaux du Groupement international d'experts sur le climat (GIEC) ont eu le mérite de dresser un constat et de donner des perspectives réalistes pour les prochaines décennies. Si le modèle d'émission de gaz à effet de serre de 2000 est maintenu, en 2010, le réchauffement de la décennie aura été de 0,6 °C à l'échelle planétaire. C'est l'équivalent du changement de température du dernier siècle.

Ensuite, il faut faire varier les paramètres : mise en place de politiques de réduction d'émission de gaz carbonique, régulation de la consommation énergétique, limitation de la déforestation pour rétrécir la fourchette du réchauffement qui nous attend au XXIe siècle. La

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limite basse semble être de +1,8 °C dans le cas d'une politique active et de progrès technologiques et jusqu'à +5,6 °C si les efforts de réduction devaient rester insuffisants.

Cette variation si abrupte bouleverserait les grands équilibres et mènerait nécessairement

à des ajustements colossaux pour les sociétés humaines. Les dérèglements augmenteraient probablement les accidents climatiques, les cyclones en particulier. La conséquence principale du réchauffement serait l'élévation du niveau des mers par fonte des calottes glaciaires polaires. Il s'est déjà élevé de 2 millimètres en cents ans et progresse aujourd'hui plus rapidement encore que prévu. Or les sociétés se sont fixées surtout dans les zones littorales. Les densités humaines y ont été, à toutes les époques, les plus grandes. C'est à proximité des mers et des océans qu'ont crû les mégapoles. La mondialisation les a encore fait grossir. Le risque n'en devient que plus grand.

Les stratégies cohérentes et massives à mettre en œuvre pour limiter les dégradations devraient coûter environ 2,5 points du PIB. Si rien n'est fait, le rapport Sterns sur les conséquences du réchauffement climatique table sur un coût de 5 500 milliards dollars en dix ans, soit un dixième du PIB mondial.

Une révolution des mentalités et des institutions est déjà amorcée. Le protocole de Kyoto, entamé en 1992 et ratifié en 1997, a marqué une étape importante de cette prise de conscience

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d e la nécessité d'une gestion multilatérale des enjeux environnementaux. Il innove en la matière parce qu'il est à la fois concret, réaliste et progressif. Concret, il porte sur des accords de réduction des gaz à effet de serre et fixe à l'horizon de 2012 un objectif de réduction pour le gaz carbonique. Les mécanismes mis en oeuvres sont réalistes parce qu'ils évitent les limitations autoritairs et réglementaires au profit de logiques contractuelles et négociées. Des permis d'émission négociés (PEN) permettent à chaque pays de gérer ses besoins propres en émission dans le cadre d'une discipline collective. Enfin, il est progressif dans la mesure où il permet l'implication ultérieure de nouveaux pays afin de bâtir un consensus graduel. Les pays signataires deviennent toujours plus nombreux. L'Australie l'a ratifié en 2008, la Turquie en 2009. Un effet de boule de neige peut donc être espéré si la logique à courte vue des égoïsmes nationaux cède à l'impératif des responsabilités partagées au profit de tous.

Mais rien ne peut être résolu sans un accord entre pays du Nord et pays du Sud sur le partage équitable du financement. Ces derniers considèrent des restrictions mécaniques comme injustes parce qu'elles ne tiennent compte ni de l'écart des responsabilités accumulées ni de la nécessité du rattrapage économique. C'est le principal risque d'échec, qui plus est dans un monde happé par la crise économique et la tentation du chacun pour soi : il ne faut pas que les

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pays du Sud puissent dire que le contrôle mondial des émissions de gaz à effet de serre constitue le dernier avatar de la domination occidentale qui impose au monde des restrictions pour des dégâts dont elle seule responsable. Les clause d'aide aux pays en voix de développement dans le protocole de Kyoto, avec les mécanismes de développement propre permettant de compenser des émissions de carbone au Nord par des investissements verts au Sud, répondent à une vraie exigence de justice.


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