mercredi 16 novembre 2011

La carte régionale

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 104


Comment tant de bonnes volontés ont-elles pu échouer ? Cette question, ce remords, taraude[fr] quiconque regarde le monde du dernier demi-siècle et le compare aux promesses de la Charte de Sun Francisco [hst], fondatrice de l'ONU. La volonté et les moyens étaient là. L'instauration d'un directoire des puissances – le Conseil de sécurité – et la création des casques bleus

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étaient censées corriger l'illusion pacifiste de la SDN. Pourtant, le bilan de l'ONU est plus que mitigé. Peu de solutions. Beaucoup de gels de crises. Quelques échecs dramatiques. Les fonctionnaires internationaux ne sont pas en cause, ils ont globalement fait de leur mieux. L'explication de l'échec est une affaire d'échelle. Une poignée de nation dirigeait le destin du monde. Ce pouvoir exorbitant était justifié par la supériorité morale des Alliés victorieux et par les conceptions d'un monde marqué par la colonisation : l'administration directe ou indirecte de certains peuples par d'autres allait de soi.

Depuis plus de vingt ans, le monde a montré sa capacité à s'organiser à un autre niveau, à mi-chemin des États et des Nations unies. Les dynamiques d'intégration régionale ont été sources de prospérité et de paix sur de nombreux continents. La construction européenne a montré la voie d'une organisation institutionnelle originale qui dépassait le cadre d'une conférence permanente de pays pour mettre en œuvre une dynamique d'intégration respectueuse de la diversité des identités nationales qui la composaient.

Ce ne sont pas toujours des succès. Beaucoup d'organisations restent fragilisées par de profonds déséquilibres géographiques, parfois par des pressions politiques extérieures. C'est le cas de l'Amérique du Sud où les prétendants au rôle de première puissance régionale sont nombreux et tendent à multiplier d'autant les projets

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concurrents, Mercosur ou Communauté andine des nations. Pourtant, dans les dernières années, se sont peu à peu constitués une véritable coopération et même un espace démocratique commun. Reste la pomme de discorde des relations avec Washington et du regard que les Etats-Unis portent sur une telle intégration. Un interlocuteur unique en Amérique du Sud ne manquera pas pour eux ni d'avantages ni de risques d'émancipation.


Tournons-nous vers l'Afrique. Elle a été précocement confrontée aux difficultés des projets d'intégration rapide d'États trop neufs pour s'exprimer au sein d'un cadre commun. Le panafricanisme s'est construit en marge des États, porté par des grands noms comme Leopold Sedar Senghor et Kwame Nkrumah. Fondé sur des souvenirs ou des symboles, il ne correspondait pas à un mouvement culturel enraciné. Il concernait des États engagés dans des alliances ou des modèles politiques totalement différents, reflet d'un continent immense aux contraintes naturelles et aux intérêts divers.

L'Organisation de l'unité africaine de la conférence d'Accra s'est enlisée à mesure que se stabilisaient péniblement les États africains. Dans les années quatre-vingt, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, tout juste une organisatrice de conférences communes. Cependant, pas à pas elle a su renaître de ses cendres parce qu'elle a changé de sens et bénéficié de

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déblocages historiques. Ainsi, la chute du régime d'apartheid en Afrique du Sud libérait le mouvement panafricain d'une de ses principales hypothèques. La fin de la guerre froide laissait certes l'Afrique à son marasme, mais tendait à unifier son destin face aux grandes tragédies, en particulier la pandémie du sida.

Mais son changement, interne, de signification était plus important encore. L'Union africaine, née en 2002, a revu son rôle et se veut l'animatrice d'ensemble d'États existants. Elle s'est appuyée sur des relais régionaux et des puissances émergentes capables de trouver en elle un projet mobilisateur. En somme, l'utopie longtemps bloquée entrait enfin dans l'age du réalisme. Des lors, l'Union africaine coexiste avec des sous-ensembles régionaux plus aptes à promouvoir l'intégration parce qu'ils partagent des intérêts stratégiques, monétaires ou économiques, comme la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest ou l'Union de l'Afrique australe.

Le cas africain est exemplaire de sa capacité des organisations régionales à devenir des relais de paix dans leur environnement géopolitique. Elle connaissent le terrain, disposent de réseaux de contactes et leur action est souvent plus facilement acceptée. C'est ainsi que la médiation de l'Union africaine en Côte-d'Ivoire, après les événements difficiles de novembre 2004, a permis de faciliter le processus de pacification. Le cas du Darfour, si son succès reste moins

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probant, représente cependant un apport similaire. Bien sûr les limites de ces efforts sont patentes, comme l'illustre la situation du Zimbabwe. Mais ces organisations ont l'avantage de la réactivité face à des crises politiques ouvertes, comme ce fut le cas au Kenya au début de 2008 lorsque la contestation de la réélection de Mwai Kibaki mena à des affrontements sociaux majeurs.

Le raisonnement s'applique à toutes les zones conflictuelles. Il est impossible de sublimer[fr] les conflits du local au global sans les faire passer par l'intermédiation régionale. La situation irakienne ne peut s'améliorer qu'au moyen d'une conférence impliquant l'ensemble des États voisins, à commencer par l'Iran. De même, la situation afghane ne peut être résolue sans une approche du même type. Leurs multiplications justifierait une présence des organisations régionales dans le cadre des Nations unies, en dehors de leurs États membres, afin d'asseoir leur légitimité et d'inciter les États à s'associer au sein des ces relais médians de proximité.


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