mercredi 30 novembre 2011

Les trois cycles du XX siècles

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Chaque période de l'histoire recèle[fr] ses propres crises. Tout le XXe siècle en apporte la preuve. Le contexte stratégique d'ensemble a toujours déterminé les typologies des conflits.

La période en quelque sorte « apolaire » qui se dégagea après le suicide européen de la Première guerre poussa l'instabilité à son comble, en raison d'un vide de puissances et un ordre international fondé sur un compromis impossible entre la voloSnté de revanche des vainqueurs [vaincus ??? NBN ] et le nouvel ordre moral wilsonien [hst]. La défaillance des puissances provenaient d'un concours de circonstances désastreux:

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essoufflement des nations européennes exsangues [fr], isolationnisme américain, repli autarcique de la Russie soviétique [encore une foi- c'est trop simpliste pour moi, le mode] . Bref, des hommes malades d'un côté, des médecins malgré eux de l'autre.[déjà discuté sur le site lors de la critique de Schadok].

En résultèrent, d'abord, les crises internes des sphères d'influence: ce fut le cas des révoltes dans la vice-royauté des Indes, avec les massacres d'Amritstar en 1919 [hst], ou de la l'affrontement entre la Turquie et la Grèce sur les dépouilles ottomanes [hst]. Le statu quo [italique de l'auteur, NBN] génère, dans même temps, l'accumulation des rancœurs. Faute d'un règlement durable, des déchaînements ultérieurs se préparent. En Europe, l'occupation de la Ruhr, la question des réparations et le corridor Polonais de Dantzig attisent le nationalisme allemand [hst]. La prise de la ville de Fiume, dans le royaume de Yougoslavie, par les irrédentistes [fr] italiens ouvre la voie au fascisme. [hst]. Encore favorisée par la crise de 1929, l'ascension des [ qui est le deuxième ? Stalinien; reste à démontrer- c'est-à-dire le lien de Stalinisme avec 1929] totalitarismes décuple l'esprit de conquête aux dépens des puissances secondaires. En résume, l'affaissement des vainqueurs – minés par leurs dissensions internes – nourrit l'esprit de revanche des vaincus, entraînant à nouveaux le vieux continent vers le gouffre.

Pendant la guerre froide, le monde bipolaire se caractérise par le risque de contagion mondiale de toutes les crises, sous la menace de superpuissances aux capacités destructives sans précédent. Paradoxalement, le nucléaire fut un facteur de stabilisation, alors que la dimension idéologique du conflit a aggravé le désordre,

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prenant le monde pour le terrain de conquête, État, après État. Deux types de crises en découlent. Celle du centre, touchant aux intérêts vitaux de deux grandes puissances, risquent de mener à une escalade globale. Tel est le cas à Berlin, depuis le blocus de 1948-1949 par les forces soviétiques jusqu'à la construction du mur en 1963 ou dans la crise des missiles soviétiques à Cuba. Celles de la périphérie, que la communauté internationale s'efforce de maintenir sous cloche, non sans un un certain cynisme, dans le but d'éviter la contagion au prix d'éviter le pourrissement souvent tragique, comme dans les conflits nés de la décolonisation, par exemple le séparatisme katangais, dans l'ancien Congo belge.

Enfin, le moment unipolaire, né de la chute du Mur en 1989, s'achève actuellement. L' universalisme messianique de la démocratie américaine dominait faute d'ennemis et en raison de l'hétérogénéité des capacités défensives des États. Première puissance militaire, industrielle et économique, victorieuse du rival politique communiste, la superpuissance céda à sa pente universaliste et crut pouvoir façonner le monde à son image. Ce climat favorisait le passage en force au détriment de la négociation et l'imposition de solutions uniformes sans adaptations aux spécificités locales. On se trouvait par conséquent confronté, d'un côté, à des crises faisant intervenir l'Amérique face aux États faibles, au nom de l'urgence humanitaire ou de la diffusion de la liberté, en Somalie, en 1992, ou au Kosovo, en 1999; et, de l'autre, à des crises sans intervention américaine, par manque de relais, comme au Rwanda en 1994-1995, ou par refus de confrontation avec une puissance, comme par exemple en Tchétchénie à partir du 1994. Ces hiatus[fr] entre les promesses et les réalités a favorisé l'impression délétère[fr] d'un double langage, plus qu'à aucune autre période.


mardi 29 novembre 2011

La matrice des crises

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Quels sont les facteurs essentiels de l'époque multipolaire qui s'ouvre devant nous ? La carte des crises et des puissances forme désormais un réseaux polycentrique, constitué des nœuds et de vides séparateurs. [ARNOLD- SEVRUC- frontières des pays européens – associassions ou une vraie loi ???, NBN] Il faut se figurer la modification du paysage stratégique à l'image de la limaille [fr] de fer qui se répartit sur une surface sous laquelle on déplace des aimants. Désormais le monde est composé de plusieurs pôles qui s'entourent de glacis [fr]. L'attitude de la Russie à l'égard de son « étranger proche » n'obéit pas à d'autres considérations. La multipolarité n'est ni un projet, ni un idéal. Elle est tout simplement la réalité dans laquelle s'inscrit désormais l'action de l'ensemble des États.

La période qui 'ouvre est une transition turbulente où se façonnent de nouveaux équilibres. La multipolarité se construit pas à pas et dans

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la douleur. Il faut donc se préparer à faire face à une multiplication, une diversification et une accélération des crises dans les années à venir. Le passé nous l'enseigne. A chaque grande période de changement, le raidissement des énergies déclinantes et la montée en puissance de nouvelles forces conduisent aux conflagrations. Ce fut le cas, par exemple, dans l'Italie des carbonari [italique de l'auteur, NBN] du XIXe siècle? [hst],ou, plus près de nous, en Grèce, en Corée ou en Iran au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que se cristallisait l'ordre bipolaire, ou dans une Yougoslavie à feu et à sang du 1989 à 1995, après la chute brutale de l'Union Soviétique. Pourtant c'est toujours, dans ces moments brûlants que forgent les nouvelle lignes de partage. Il est urgent d'agir.

Seconde lame de fonde, en sens contraire, la mondialisation. Hier, la colonisation l'impérialisme européen, les militarismes agissaient sur un territoire sans limite. Cette scission entre les acteurs et leurs décor n'a plus de réalité aujourd'hui. C'est la fin des grandes découvertes, en quelque sorte, la clôture de toute les frontières pionnières. Le monde entier interagit et se découvre une responsabilité globale. Privé de tout exutoire[fr], il doit se donner de nouvelles règles du jeu et trouver d'autres équilibres, pour répondre à des crises dont la nature même a changé.

Elles sont floues parce que l'échiquier mondial s'est décentré. Il devient souvient difficile de

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cerner la place exacte d'une crise dans l'ordre international. D'où cette impression désespérante des incendies soudains qui s'éclatent partout partout à la fois. Le modèle centre – périphérie a volé en éclats. Les forces parcourent désormais le monde entier. Elles dépassent les frontières des États, agissent pour le meilleur et pour le pire: multinationales ou organisations humanitaires, terroristes globaux ou crime organisé.

Résultat concret de ce foisonnement de périphéries et de ces éclosions de centres nouveaux, la guerre a changé. Les affrontements classiques westphaliens [hst] classiques entre les forces armées régulières de deux États se sont raréfiées. Elles sont en décrue constante depuis des années soixante-di,x, en dépit de la guerre entre Iran et Irak ou encore celle de Géorgie [complètement démesuré -NBN]. Quant-ils surgissent, ils sont plus brefs, comme en témoignent les guerres de Six- Jours et du Kippour, des Marsouines, d'Irak même, et toujours de Géorgie.

Une nouvelle forme de conflit asymétrique émerge, qui oppose un État organisé à des groupes violents non étatiques, de la guérilla au terrorisme, avec une opposition de moyens, de tactiques et d'objectifs. Les guerres civiles – longues et meurtrières – ont continûment explosé, depuis de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, notamment en raison des difficultés de stabilisation des États au lendemain de la décolonisation. Le nombre moyen de victimes annuelles du terrorisme a triplé entre les années

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quatre-vingt et les années quatre-vingt-dix. Ces mutations imposent une adaptation des forces armées en termes d'organisation, d'équipement et de tactique. Les moyens du renseignement et les capacités d'intervention rapide, ponctuelles et limités deviennent les clés des nouvelles stratégies.

La « guerre contre le terrorisme » est l'exemple même des zones d'ombres entre guerre conventionnelle et opération de police. Elle incarne le vide stratégie et militaire

des réponse face à des phénomènes inédits. Certes, la coopération militaire et policière des États contre les groupe terroristes est indispensable, mais n'implique pas une confusion de toutes les luttes en ennemie à l'unité fantasmatique. Le risque est de donner la légitimité et la crédibilité à un adversaire avec lequel aucun paix, aucun accord n'est possible puisqu'il ne reconnaît aucune règle autre que la destruction. L'autre risque concerne, plus profondément, la légitimité de notre identité démocratique, la préservation de nos valeurs et l'équilibre de nos libertés fondamentales.

La mondialisation rend les crises plus complexes parce qu'elles impliquent toute une hiérarchie mouvante des acteurs stratégiques, modulant l'intensité de leur intervention en fonction de leur proximité du foyer de crise, des intérêts et des équilibres nationaux. C'est sensible dans les crises africaines récentes: des puissances régionales ont fait leur apparition,

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particulièrement en Afrique du Sud. Leur présence est unanimement saluée. Cependant les liens forts avec les anciennes métropoles restent vivaces et certains États peuvent être tenter de jouer les puissances lointaines contre les plus proches, à la tutelle parfois encombrante. D'autant que de nouveaux acteurs mondiaux s'imposent en Afrique à commencer par les États-Unis, jusqu'à là faiblement implantés sur le continent, mais aussi la Chine, soucieuse de développer ses relations commerciales et stratégies. L'Afrique sera, par ses promesses, par ses ressources et par sa position, un espace clé des tensions mondiales.

Enfin, environnement des crises est de plus en plus instable. Fondée sur la terreur, la bipolarité de la guerre froide n'en était pas moins un équilibre. Celui-ci à presque complètement disparu. La prolifération nucléaire a été facilitée par les dynamiques de mondialisation. Pour des raisons techniques, financières et diplomatiques, est désormais devenue un enjeu d'hégémonie régionale engendrant des équilibres nouveaux. Les efforts nord-coréens et iraniens en vue d'obtenir la bombe s'expliquent à la fois par la recherche d'une position favorable dans leur environnement immédiat – vis-à-vis de la Corée du Sud pour les uns, face à l'Arabie Saoudite et l'Égypte pour les autres – et par le besoin d'une monnaie d'échange dans des négociations mondiales. Le traité de non- prolifération de

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1970 est devenu obsolète. La résolution de la question iranienne nécessitera, entre autres, un réaménagement du traité pour réduire les passerelles entres nucléaire civile et militaire tout en permettant l'accès effectif de tous ceux qui le souhaitent à l'énergie nucléaire civile. Il permettrait d'éviter que des « passagers clandestins » ne quittent le cadre du traité dés que les mécanismes de coopération cessent de servir leur intérêts et que les instruments de contrôle contrarient leurs ambitions.

L'instabilité est la fois le moyen et le but du terrorisme international. Il se nourrit des rivalités entre puissances. Le terrorisme jihadiste de deux dernières décennies n'est pas la première forme de terrorisme internationalisé. Les groupes des années soixante-dix et quatre-vingt, IRA, ETA, groupes pro-palestiniens ou libanais, mouvements d'extrême gauche, savaient mettre en commun leurs appareils logistiques et cumuler leur expériences. Les passerelles existaient. Mais pour la première fois, le monde connaît un ensemble cohérent de mouvements partageant les mêmes objectifs, les mêmes moyens, les mêmes méthodes. Le 11 Septembre nous a fait basculer dans la nouvelle ère. Dans les pays musulmans comme dans les autres, la stratégie est la même : diviser, décrédibiliser, frapper les esprits et pousser à la faute pour élargir les bases de recrutement et d'endoctrinement. Le terrorisme islamique a sa propre mondialisation dans laquelle des espaces différenciés

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s'offrent à son action : bases arrière[s] préservées par la faiblesse des États, en Afghanistan ou au Pakistan; terrains de combat où la lutte pour le contrôle est engagée, dans de nombreux pays musulmans; et enfin espaces de défit, en Occident, où les terroristes tentent de s'ériger en garants d'une cause commune.


dimanche 27 novembre 2011

La nouvelle grammaire des crises

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Plusieurs formes de crise caractérisent notre période qui entremêle la multipolarité et la mondialisation. Premier cas de figure, les crises de proximité. Le foyer est considéré par l'un de pôle de puissances comme relevant de sa sphère d'influence. Il y préserve des intérêts vitaux, souvent en contradiction avec les principes que prône la communauté internationale. L'intervention est cependant délicate et souvent freinée dans les faits, parce qu'elle remet en cause l'équilibre régionale et mobilise les autres puissances. En 2008, la Russie mettait en avant en Géorgie sa préoccupation pour les minorités russes et son rôle stabilisateur vis-à-vis de son «mené étranger proche ». Les intérêts économiques et énergétiques croisés, les interdépendances culturelles et humaines, les périmètres stratégiques construisent une logique d'aire de puissance fédérée autour de la Russie et c'est pourquoi l'implication indirecte des États-Unis dans les révolutions colorées en Ukraine ou en

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Géorgie et celle, directe, dans la promotion de l'adhésion à l'OTAN de ces pays, ont été perçus comme une ingérence inacceptable.

Quelle est la ligne de conduite à suivre face à ces situations ? La communauté internationale d'un monde multipolaire ne peux partager la planète entre ses principaux membres. Reconnaître la priorité d'intervention de la puissance la plus proche ridiculiserait l'ONU et conduirait à une fragmentation dictée par la loi du plus fort. Un Yalta en mosaïque ne ferait qu'aviver et rigidifier d'autres lignes de fracture. Pour autant, il serait irréaliste d'agir frontalement contre les conceptions et les intérêts de la puissance concernée. La seule solution repose sur une implication directe et conjointe de toutes les parties prenantes dans un règlement de crise mené sous l'égide de la communauté internationale, une articulation du régional et du global.


Le vide de puissance constitue le deuxième cas type. Il rend l'intervention collective plus nécessaire encore. Ces conflits naissent et prospèrent dans les failles de l'ordre multipolaire, dans les régions à égale distance de deux ou trois pôles de puissance. Ce sont souvent les lieux de prédilection d'une anarchie persistante, de trafics mondiaux et d'implantation de mouvements violents et criminels. Toute l'histoire de l'Afghanistan, depuis son entrée involontaire dans le « Grand Jeu » des Russes et des Britanniques au XIXe siècle [hst], a été déterminée par

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le manque d'une puissance organisatrice. Frictions entre impérialismes, violence endémique et commerce du pavot s'y sont installés. Son éclatement politique en a fait le havre du terrorisme islamiste lorsque les combattants arabes, parmi lesquels Oussama Ben Laden [TODO: vérifier], vinrent épouser la cause de la libération de l'Afghanistan après l'invasion russe [1) soviétique; le rôle des USA ? - NBN] 1979.

Le désastre afghan, tant intérieur l'extérieur, montre que le traitement de la crise est inadapté. L'intervention de puissances lointaines accroît les malentendus et les rejets. Il n'y a pas de solution militaire en Afghanistan. L'importation difficile de la démocratie ne peut faire l'impasse sur l'instabilité régnante. Ces conflits interstitiels [fr] doivent être traités à la manière de plaies infectées, en associant traitement local et remèdes généraux. Il faut une prise en charge conjointe par l'ensemble de la communauté internationale, mais en s'appuyant, là encore, en priorité sur les États voisins. Toute solution passe d'abord par la stabilisation du Pakistan, dont le destin est étroitement lié à l'Afghanistan. Ensuite il faut responsabiliser les autres États de la région : la Russie, l'Iran,sans oublier les États du Golf qui financent souvent pour s'en protéger les mouvements islamistes. Enfin, il faut mobiliser des ressources financières substantielles pour bâtir des infrastructures et moderniser l'économie. En bref, proposer une méthode graduée qui remonte du particulier au général.

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Aujourd'hui, la logique inverse prévaut, donnant aux populations l'impression de subir une occupation.

Troisième forme de crise, l'affrontement de blocs. Ce sont les conflits les plus graves, parce qu'ils font courir le risque d'un choque direct de deux de principales puissances. Il faut éviter au monde ce qui fut l'histoire de l'Europe, de la ligue d'Augsbourg [hst] qui coalisa les monarchies contre la France de Louis XIV, jusqu'au face-à-face de la Triple Entente et de la Triplice [hst] , qui permit le déchaînement de la Première Guerre mondiale. Dans un climat d'insécurité, les puissances sont tentées par des rapprochements agressifs qui attisent les conflits plus qu'ils ne les gèlent. La politique d'élargissement de l'OTAN aux anciens pays membres de l'Union Soviétique au nom de la diffusion de la démocratie se heurte à la volonté de Moscou de sécuriser ses approvisionnements pétroliers et gaziers et a ranimé une rivalité américano-russe. La rhétorique de guerre froide s'appuyait sur l'irritation des nationalismes et du sentiment « grand-russe ». A l'échelle du monde, les dynamiques de blocs amorcent un renouveau inquiétant. L'organisation de coopération de Shanghai permet ainsi à la Russie, à la Chine et aux pays d'Asie centrale de s'ériger en môle de résistance face aux pressions occidentales.

La désescalade et le multilatéralisme doivent être les seuls principes d'actions face à de tels risques d'embrasement mondial. Il faut favoriser toutes les médiations et progresser par des accords sectoriels arrimant les puissances entre elles dans un dialogue permanent.

samedi 26 novembre 2011

Eviter le choc des civilisations

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Les effets conjoints de la mondialisation et de multipolarité sont aussi porteur de dynamiques. Ils créent par exemple une opportunité unique pour assurer la coexistence des cultures à travers des cadres créés et portés en commun. Il faut néanmoins se garder des erreurs d'interprétation.

D'abord, tomber dans la facilité schématique et simplificatrice. C'est une tentation tentation inhérente à la mondialisation qui aplanit et uniformise les territoires et les cultures. Elle guide en somme la perspective d'une « fin de l'histoire » à la Fukuyama [hst]: les dialectiques du mouvement historique auraient à présent atteint leurs fins. Avec le grand marché, la démocratie libérale et la paix entre les nations s'imposeraient un peu partout. Aujourd'hui, la théorie n'est plus guère en vogue, à cause de recul de la démocratie, des crises récentes et de la montée en puissance de pays émergents qui rentrent mal dans le cadre.

Ensuite, apparaît un risque symétrique de figer les aires de puissances, de les asseoir [fr] sur des réalités culturelles ou religieuses supposées immuables. Le choc des civilisations n'est pas

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inscrit dans la nature du monde comme pouvait le laisser penser Samuel Huntington dans une lecture trop statique et naturaliste. Une telle vision ne laisse guère de place à la volonté et la liberté des hommes. Le risque existe cependant des deux côtés de la barrière entre Nord et Sud. Au Sud, le raidissement identitaire résultant de l'arrachement et de l'acculturation qui accompagnent la mondialisation à visage occidentale. Les sentiments de déracinement et les frustrations dues à des inégalités croissantes conduisent à l'exacerbation des haines et à la tentation du repli. La vision de Samuel Huntington présente l'homme, peut-être délivré de l'histoire, mais livré pieds et poins liés à la géographie, otage de son lieu de naissance. La carte colorée qu'il nous dessine n'est en fait que l'annonce de l'affaissement de chacune de ces prétendues civilisations sur elles-mêmes.

Ainsi – une nouvelle fois-, le risque de déséquilibre est le fait d'un Occident tenté de percevoir son propre déclin comme un choc de civilisations. Le coureur qui s'essouffle et s'arrête sur le bas-côté peut croire que ceux qui couraient derrière lui, à la même allure, se jettent à présent sur lui. Mais ils le dépassent avec indifférence.[cité par NBN sur le site – forum Marathon ?]

Il faut marcher sur les deux jambes de l'histoire et de la géographie, dépasser les schémas qui enferment pour envisager un destin commun de cultures diverses. Les pôles de puissances ne coïncident pas avec un ensemble

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de civilisations. L'ordre politique et le pavage culturel recouvrent des réalités distinctes. Par ailleurs, dans un monde d'identités multiples, les cultures se définissent et se redessinent en fonction des enjeux sociaux et politiques qui les préoccupent; il faut donc privilégier les causes internes pour comprendre leurs replis éventuels.

Il ne faut pas saborder l'idée de l'histoire commune de l'humanité, au nom de l'échec de la vision strictement occidentale. Il est important de favoriser les passerelles entre les différentes cultures afin de diversifier la mondialisation sans se situer d'emblée en dehors d'elle. On peut citer l'exemple des renaissances culturelles dans les pays arabes de Golfe où le volontarisme a eu le souci de tirer profit des dynamiques mondialisatrices pour renouveler l'approche de la culture. Les musées construits à Abu Dhabi ou à Doha en sont emblématiques, car ils cherchent à la fois à augmenter leur attractivité mondiale fondée sur une logique des marques muséales - le Guggenheim, le Louvre – et, en même temps, à associer les cultures locales à l'essor modernisateur, comme dans le musée des Arts islamiques de Doha construit par Ieoh Ming Pei.


jeudi 24 novembre 2011

Engrenage de la force

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La volonté de domination des nations occidentales a crispé et exacerbé des conflits dans

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les régions instables. La puissance de l'Occident reste avant tout militaire. Le déséquilibre des forces en sa faveur n'a jamais été aussi grand que dans le dernier demi-siècle. L'éventail balistique s'élargit sans cesse, dans le but d'adapter la puissance aux situations les plus diverses, pénétration souterraine, dissuasion nucléaire massive, bombes à fragmentation. L'horizon de l'horreur promise s'étend sans cesse, menaçant un monde où nul n'est plus à l'abri.

L'armée américaine demeure la seule équipée d'un arsenal complet et complexe permettant d'intervenir à tous les échelons., forte d'un avantage décisif, avec les technologies de renseignement satellitaire et le contrôle des communications. Elle représente à elle seule près de la moitié des dépenses militaires mondiales. Deux autres nations occidentales – la France et l'Angleterre – peuvent être considérées, à un moindre titre cependant, comme des puissances mondiales. Les armées des pays de l'OTAN représentent plus de deux tiers des moyens militaires mondiaux. Jamais l'avantage militaire d'un groupe cohérent de pays n'a donc été aussi écrasant.

Dans quel but ? Cet impérium ne s'est accompagné d'aucune amélioration de la paix mondiale. Où nous a mené un écart de puissance aussi énorme? A l'impuissance. L'Occident se montre incapable de l'emporter dans ces guerres asymétriques qui se soldent par l'enracinement des haines à long terme. La guerre en Irak, en

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2003, demeure une erreur fondamentale parce qu'elle a conduit a reniement ponctuel des valeurs d'une grande démocratie, qu'elle a entrainé l'Irak dans une déstabilisation durable entre ses différentes composantes, sunnite, chiite et kurde, et enfin parce qu'elle a terni l'image de l'Occident dans la région et dans le monde. Guantanamo et Abou Ghraib[hst] pèsent durablement sur la légitimité américaine.

Ces guerres, on le voit aussi en Afghanistan, sont le théâtre de la vanité de la puissance sans la victoire. Bien avant la Corée et le Vietnam, c'est Hegel qui décrivit ainsi la situation inextricable de Napoléon en Espagne après l'insurrection de mai de 1808 [hst] . Des maquisards protestants de la guerre des Camisards, qui affrontèrent l'armée de Louis XIV, le « géant du Grand Siècle » sur son propre territoire [hst] , aux guerres de Vendée [hst] , les XVIIe et XVIIIe siècles nous ont montré quelles pouvaient être les cruautés de la « petite guerre », avant qu'elle ne soit désignée comme guérilla. Peut-on sortir de ces guerres qui ne disent pas leur nom? Que deviendra l'Irak, une fois les troupes américaines et britanniques parties? La pacification de la Tchétchénie a été obtenue au prix d'une dictature redoutable, pas d'une démocratie effective.

L'ivresse de la puissance ne concerne pas seulement les Occidentaux mais contamine l'ensemble des acteurs, à commencer par les nouveaux venus. L'attitude de la Chine face à la question taïwanaise, si elle se traduit par des

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jeux d'échec subtils, repose cependant sur une logique de bras de fer avec ses voisins asiatiques et avec les États-Unis. Une Chine saisie par la « démondialisation » pourrait vouloir recourir aux réflexes d'époques antérieures, au nationalisme de la démesure. Sa recherche de la force se poursuit en sous-main, dans l'évolution des crédits militaires chinois ces dernières années, à un rythme plus rapide encore que la croissance du produit intérieur brut. Ils presque triplé depuis le tournant du siècle. Il s'agit en même temps d'une entreprise de modernisation des forces armées, insistant sur les équipements de matériel et réduisant la part accordée à une armée de terre forte en hommes mais faible en équipement. L'armée chinoise attend d'entrer dans le club des grandes puissances, capables d'assurer des projections militaires ponctuelles, maitrisées et massives.

La Russie se laisse gagner à son tour par la tentation de la force et du fait accompli, en particulier lorsqu'elle intervient dans ce qu'elle juge être son aire d'influence. Là aussi, les dépenses militaires sont reparties à la hausse, doublant depuis l'an 2000. Pour la première fois depuis vingt ans, l'armée russe opère hors de ses frontières. La nostalgie de la puissance perdue, surtout si elle se nourrit d'humiliations récentes, mène depuis toujours à une montée décomplexée vers les extrêmes.

mercredi 23 novembre 2011

Le réflexe de la glaciation

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Un risque plus pernicieux s'est insinué dans les habitudes diplomatiques. Hantées par le souvenir de deux guerres mondiales et la peur de l'apocalypse nucléaire, elles conduisent à maintenir certains conflits à l'état de feu couvant. Dés que les premières flammes apparaissent, le concert des puissances s'éveille pour l'étouffer, à la satisfaction apparente de tous. On l'a vu plusieurs fois à l'œuvre durant la guerre froide, tant la crainte d'une escalade rapide était le seul point commun entre Américains et Soviétiques. Berlin en a été le laboratoire pendant près d'un demi-siècle. Tous les murs, les rideaux de fer, les frontières intérieures du 17e parallèle au Vietnam ou du 38e parallèle en Corée ont répondu à la même démarche. Réflexe aussi d'une ONU à la fois présente et impuissante. Caisse de résonance de la moralité internationale, elle décuple le désir mondial de mettre fin au scandale de la violence. Pourtant, comme la SDN[hst], elle n'a guère les moyens de ses immenses ambitions, en raison du flou du chapitre VI de sa Charte et des divisions qui s'expriment au sein du Conseil de Sécurité. Fruit de bien des compromis, la logique d'interposition maintient souvent d'avantage le statu quo qu'elle ne permet la paix véritable, équitable et inscrite dans la durée.

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Avec l'effondrement [plus exacte de dire – disparition, NBN] de l'Union soviétique, le temps des crises gelées pouvait sembler révolu. L'Amérique deviendrait le gendarme du monde. L'ONU aurait les mains déliées, en absence de veto systématique des deux grands. A l'exception de la première guerre de Golfe, qui se voulait l'exemple d'une telle démarche de sécurité collective, il n'en fut rien, et cela pour deux raisons principales : la timidité occidentale et le goût des succès rapides et médiatiquement exploitable à l'ère du réseau universel.

La concentration de la puissance économique et militaire au Nord et la localisation des foyers de crises au Sud aggrave le fossé entre le confort des uns et la souffrance des autres. Nos opinions publiques, si elles sont promptes à plaindre les victimes, sont souvent rétives[fr] à accepter le prix à payer pour une implication réelle dans le conflit. Sous une forme ou sous une autre le refus de « mourir pour Dantzig »[hst] marque toujours les esprits. Certes, l'enjeu et coût ne sont pas toujours aussi élevés. Il s'agit parfois de marchés perdus, de campagnes hostiles ou de tensions avivées. On pense par exemple au déficit de réponses aux interminables guerres civiles d'Angola, jusqu'à la mort du principal rival du président Dos Santos, Jonas Savimbi en 2002.

Le goût des succès rapides et spectaculaires et plus récent. L'apparence a acquis une importance démesurée dans un monde diplomatique concurrentiel où plusieurs partenaires peuvent

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vouloir se prévaloir d'un règlement pour des raisons intérieures ou internationales. Cette compétition médiatique favorise les solutions a minima et les interventions trop rapides pour être réellement efficaces. C'est la logique qui risque de prévaloir en ce qui concerne le conflit entre la Géorgie et la Russie. A l'été 2008, le silence américain ouvrit la voie à d'autres médiations, et surtout à celle de l'Europe. Mais l'accord de cessez-le-feu suffit-il pour jeter les bases d'un règlement du conflit ? Un processus de discussions s'est ouvert mais peut-il vraiment aboutir ? Les hostilités entre Russes et Géorgiens ne font que s'envenimer, conduisant à une multiplication d'incidents et à des risques de dérives nationalistes. En outre, le danger de contagion pour d'autres pays confrontés aux problèmes de régions sécessionnistes à forte minorité [majorité ?, NBN] russe, la Crimée en Ukraine, la Transnistrie en Moldavie, les pays baltes, s'en trouve augmenté.

Il faut mettre sur la table l'ensemble des questions dans une approche régionale ne laissant de côté aucun des dossiers connexes qu'il s'agisse de l'OTAN ou des garanties de l'approvisionnement gazier. La Russie est-elle un élément de l'Occident? Quelle est sa spécificité? L'Europe a un rôle réel à jouer dans la question essentielle qui demeure celle de l'identité de la Russie.


Le gel des crises ne peut se substituer à leur règlement. Or il en fait trop souvent office, parce

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qu'il rend les tensions moins visibles, qu'il apaise les consciences et donne l'illusion du temps disponible. Des risques s'attachent à cette apparente stabilité : elle peut à terme enraciner les injustices commises et conduire à des explosions d'autant plus violentes qu'elles auront été longtemps contenues. Elle peut devenir injuste, car elle entérine le fait accompli et le droit du plus fort. Hâter l'apaisement d'un conflit se limite souvent à retenir le bras de celui qui a l'avantage à un moment donné. C'est accepter le mal au nom de l'empêchement du pire.

La propension internationale au gel des crises durant le dernier demi-siècle a d'ailleurs conduit certains agresseurs à privilégier les actions rapides et surprenantes pour tirer le plus grand bénéfice de leur intervention. En somme, les tenants de coups de forces se sont adaptés aux solutions qui leur étaient opposées.

Cette logique peut également se révéler pernicieuse, car elle empoisonne les relations internationales à tous les niveaux. La situation palestinienne dissémine son poison dans le monde arabo-musulman, et tant que l'exigence d'une paix juste ne sera pas assouvie, les extrémistes se nourriront des rancœurs qu'elle suscite. Même à l'autre bout du monde, les exemples répétés de crises gelées suscitent la défiance envers les principales puissances mondiales. En prouvant leur incapacité à agir dans la durée, elle poussent indirectement à la tentation du recours à la force.

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Enfin, cette attitude est humainement coûteuse car elle oblige à des opérations d'interposition complexes et à la pérennisation de camps de réfugiés qui suscitent un instant de compassion avant de tomber dans l'oubli. Les camps palestiniens au Liban ou en Jordanie ont été des facteurs de déstabilisation et de raidissement des régimes politiques, provoquant des répercussions du conflit israélo-arabe. Le drame humain qui représente l'exil s'accroit avec le temps,

parce que ses souffrances se transforment nécessairement en rancœur et rendent donc l'objectif d'un droit au retour dans la paix de plus en plus problématique.


Aujourd'hui, le risque est encore aggravé par l'interconnexion des crises qui les avive mutuellement et simultanément. Plus une crise a été gelée longtemps, plus sa solution nécessite l'intervention sur une pluralité de foyers secondaires, peu à peu contaminés par la crise initiale. L'islamisme sunnite né notamment des blocages de la société égyptienne et l'islamisme chiite surgi du discrédit du régime du Shah en Iran, tenu à bout de bras par les Etats-Unis, ont peu à peu gagné un terrain après l'autre, en Afghanistan et au Pakistan, dans les Territoires palestiniens, en Algérie, au Soudan. Chaque fois dans un contexte spécifique. Or, quand bien même certains foyers s'apaiseraient, c'est désormais le phénomène mondial avec ses effets de vases communicants qu'il faut traiter. La

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difficulté ne fait que croître, car essaime et s'ancre dans les consciences. En définitive, le gel des conflits est bien contraire à l'objectif d'un règlement efficace. Sous couvert de donner du temps au temps, l'abcès se creuse et prépare l'explosion future.


dimanche 20 novembre 2011

La visibilité de l'urgence

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Les temps et les règles de la diplomatie ont profondément changé. Elles sont désormais dominées par la monté en puissance de la démocratie et de la société d'information. Diplomates et politiques sont désormais toujours plus comptables devant leurs opinions publiques. C'est ce chemin de transparence que traçait en 1918 le président Wilson dans ses Quatorze points [hst]. Ceux-ci reposaient sur les trois piliers du libre-échange, de la diplomatie ouverte et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Wilson avait pour ambition, dans une tradition de moralisme idéaliste, de mettre fin à toutes les guerres et les négociations secrètes.

Cette révolution bouleversait les chancelleries européennes habituées à la lenteur des procédures et à la confidentialité. Certains de leurs accords secrets ont instillé de telles doses de poison que celui-ci agit encore aujourd'hui. Tel est les cas du sentiment de trahison nourri à l'égard de la Grande-Bretagne après la divulgation des accords Sykes-Picot qui répartissaient

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l'influence française et anglaise au Proche-Orient au moment même où les Britanniques promettaient un royaume arabe indépendant en échange de la lutte contre l'Empire ottoman.

Faut-il poser des limites à la transparence ? L'efficacité de l'appareil diplomatique dépend pour beaucoup de sa capacité à explorer des pistes et à jouer de préparatifs discrets pour obtenir des accords impossibles autrement. Il a y parfois des interlocuteurs peu avouables mais néanmoins indispensables au règlement d'une crise. Nous avons vu où mène la diabolisation de l'ennemi pratiquée pendant huit ans par l'administration Bush, qui usa d'une sorte de wilsonisme dévoyé. Les contacts rompus brutalement radicalisent les positions et rendent les conflits insolubles. Face à un Hamas intransigeant, il faut maintenir ouverts des canaux informels de communication afin de saisir, le cas échéant, les opportunités de règlement. Cela ne signifie pas pour autant d'ouvrir des négociations, publiques et transparentes. Il faut conserver toute la gamme des instruments diplomatiques, dont une partie ne peut prospérer que dans l'ombre, à condition naturellement d'être contrôlée par les institutions démocratiques.


La seconde transformation, concomitante, s'est imposée à l'action diplomatique de l'extérieur. Tout au long du dernier siècle, la puissance accrue des médias a radicalement changé

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les relations internationales. L'impact sur les guerres a été le plus évident. Le rôle de la télévision dans le retournement de l'opinion publique américaine face à la guerre du Vietnam marque une date en la matière. Il s'est reproduit et accentué à chaque conflit, avec les mêmes effets d'impopularité à long terme, poussant là encore à l'accélération dans les règlements comme lors de la première guerre, dite de « cent heures » d'Irak. Les pressions sont tout aussi fortes lorsqu'il s'agit de négociations. Les effets en sont seulement plus ambigus. Ils permettent de sensibiliser les opinions publiques en donnant un visage aux victimes. C'est le cas au Darfour. Parfois ces engouements massifs, rapides et éphémères laissent une large place aux déformations et aux simplifications. La confusion entre l'urgence humanitaire et l'action diplomatique peut même se relever contre-productive comme en Somalie en 1992.


Il faut donc repenser le sens de l'action diplomatique dans le nouvel age médiatique. Quels objectifs légitimes doit poursuivre un État ? L'opposition entre l'action affichée pour le bien de l'humanité et la préservation secrète des intérêts d'un pays est souvent moins frontale qu'il n'y paraît.

Or cet antagonisme est la cause principale de la défiance des opinions publiques à l'égard des diplomaties. Et l'effet indirect de ce discrédit aboutit, paradoxalement, à l'acceptation de la force comme solution moralement

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plus claire car débarrassée de toute compromission.

Dans ce domaine complexe, il faut veiller à articuler les priorités des États avec le bien commun. Si un État intervient en un point donné, il doit anticiper les conséquences de ses actions sur la région, mais aussi sur la sécurité à l'échelle du monde. Il s'agit pour lui d'adopter une approche stratégique de réalisation de ses objectifs de démocratisation et de pacification. Le cynisme international est une doctrine à très courte vue.

Quels sont-ils, en définitive, ces « intérêts nationaux » si souvent « conspués » ? Ce sont pour chaque État, la prospérité, l'influence et la sécurité qui ont, pour condition première, la stabilité partout où ses intérêts sont en jeu. On a pu s'accommoder ainsi de régimes autoritaires et sanguinaires, de l'Éthiopie de Mengistou au Zaïre de Mobutu, et jusqu'à l'Irak de Saddam Hussein. Mais la préservation de ces intérêts est soumise à la pression médiatique. L'engagement aux côtés d'une dictature est toujours une flétrissure[fr]. Aujourd'hui encore, la réputation des États-Unis est ternie en Amérique du Sud, en raison des appuis marqués aux régimes militaires des années soixante-dix et quatre-vingt. La radicalité de Hugo Chavez, d'Evo Morales ou de Rafael Correa vis-à-vis de Washington se nourrit des expériences collectives du passé. Cela explique en partie le développement rapide des liens commerciaux avec la Chine permettant de desserrer la relation privilégiée des États-Unis avec leur arrière-cour. Le « gros baton » d'un Théodor Roosevelt [hst] fait parfois des enfants battus des adultes rebelles.

Face aux conséquences de la crise, les diplomaties mondiales sont aujourd'hui dans

une situation de fragilité et de transition inédite. L'ordre international ne peut plus se satisfaire d'un gel des crises dans un environnement de plus en plus instable. La possibilité des réactions en chaîne n'est pas à écarter. Nous avons en même temps l'opportunité de soigner réellement un certain nombre d'abcès et de pacifier durablement des relations internationales.

*

* *

Aujourd'hui, nous bénéficions d'une conjoncture favorable. Il existe, avec l'élection de Barack Obama, un désir de renouveau et de dialogue. La tempête financière et économique impose de son côté la recherche de solutions communes et de responsabilités mieux partagées. La multilatéralisme devient la norme. Bien sûr, cela signifie la hiérarchisation des choix et la capacité de tenir le cap.

Il faut établir un calendrier pour sortir de l'ornière. Un plan d'action efficace doit se concentrer sur les crises dont la résolution serait bénéfique à la stabilité mondiale. En tête de liste, la crise israélo-palestinienne qui tourmente le Moyen-Orient et discrédite depuis longtemps l'action internationale dans le monde; de même, le conflit du Sahara occidental qui s'enracine depuis plusieurs décennies et forme une base arrière aux violences extrémistes, empêchant la pacification du Maghreb; la crise afghano-pakistanaise qui gangrène l'ensemble de la région.


vendredi 18 novembre 2011

Le cercle vertueux

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Ces crises présentent des similitudes. Elles offrent aussi des amorces de solutions communes. D'abord, éviter tout abcès de fixation lié à la présences étrangères, en dehors d'une stratégie et d'un calendrier soigneusement fixés. Ensuite, mettre en œuvre un processus intérieur de dialogue et de rassemblement de toutes les forces de stabilité pour créer une dynamique régionale dans l'intérêt de tous; enfin, définir un effort économique et social de grande ampleur pour favoriser le développement. La prise en compte des crises dans l'urgence du cas par cas, par cloisonnements étanches et successifs, ne mène nulle part. Il faut restaurer une vision d'ensemble au service d'un nouvel ordre international. La conviction des néoconservateurs américains depuis les années quatre-vingt-dix affirmant l'idée selon laquelle la diffusion mondiale de la démocratie répondait à la fois à l'intérêt – économique et

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sécuritaire – et à la mission spirituelle des États-Unis faisait fusionner la tradition idéaliste wilsonienne avec le réalisme à la Kissinger. Cette pensée postulait l'existence d'un cercle vertueux de l'action internationale, par lequel les États-Unis favorisait la pente naturelle des peuples vers la démocratie libérale. La chute d'une dictature prenait valeur d'exemple et ricochait sur les pays voisins.

Voilà le néoconservatisme sur le papier. Il a été tout l'inverse dans les faits. Il a conduit non seulement d'États, mais de populations et de cultures. Il a installé deux poids deux mesures pour les pays, en rejetant certains dans l'axe du mal absolu, en conservant d'autres, non moins autocratiques, parmi les alliés privilégiés. Ce qui se voulait une thérapie de choc par la crise contrôlé est devenu un cercle vicieux du discrédit des valeurs promises. Échec du dogmatisme, confondant la démocratie et institutions démocratiques, ouverture économique et partage culturel. Les avocats de la démocratie dans les pays arabes autoritaires ont connu au début de ce siècle des années difficiles.

Il faut en tirer les enseignements en veillant à ne pas sombrer dans l'excès inverse de la frilosité et de l'immobilisme. Plutôt que de générer des crises ouvertes là où il n'y a que des conflits larvés, il faut remonter à la source, partir du cratère du volcan et non de ses coulées de lave.

Ainsi, le conflit israélo-palestinien reste la clé de voûte de la paix au Moyen-Orient. Il est un

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exemple tout à la fois des blocages et des opportunités actuelles. Les grandes lignes directrices pour sortir de cette crises sont connues. Non pas une politique de petits pas, car celle-si a échoué, mais une politique de pas résolus, c'est-à-dire volontariste dans l'immédiat, visionnaire à long terme. Elle passe par la coexistence de deux États viables, obligeant à des concessions douloureuses de part et d'autre.

Le conflit dans la bande de Gaza, qui a commencé en décembre 2008, a été l'illustration de la spirale des violences qui tire la situation vers le bas depuis les débuts de la deuxième Intifada. Il illustre le fait qu'il n'y pas de paix sans partenaires et pas de négociations sans intermédiaires. Certes, en raison des luttes fratricides entre Fatah et Hamas, il manque un interlocuteur solide chez les Palestiniens. Mais peut-on reprocher aux Palestiniens de ne pas disposer d'un gouvernement capable d'assumer des pourparlers de paix ? Il n'en ont plus les moyens, vivant au jour le jour, dans un désespoir grandissant, dans des espaces confinés et cloisonnés à l'extrême. Il manque aussi, chez les Israéliens, une direction politique capable d'assumer la paix, en raison d'un système politique bloqué par le vote à la proportionnelle, la surenchère communautaire et la radicalisation nationaliste ou religieuse. Il n'a y eu d'avancées sur le chemin de la paix qu'avec des personnalités fortes – faucons devenus colombes par réalisme comme Yitzhak Rabin puis Ariel Sharon.

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Aussi compréhensible soit-elle, la logique israélienne de sécurité comme préalable aux concessions territoriales ne paraît pas d'offrir d'issue. Seule la médiation peut permettre l'enclenchement d'une spirale ascendante, menant par degrés à un accord. Cette médiation nécessite bien sûr la participation des États-Unis, mais les Européens ont un rôle à jouer s'ils parlent d'une seule voix. Les médiateurs doivent d'abord accompagner le dialogue et apporter leur garantie et leur soutien matériel en cas d'accords. Ils doivent ensuite s'impliquer économiquement pour permettre une reconstruction réelle de l'État palestinien, ce qui suppose plus que la seule manne européenne qui semble parfois destinée à compenser l'aveu d'impuissance. Enfin, le règlement du conflit implique un dialogue régional, incluant à la fois les États modérés comme l'Égypte et des pays comme la Syrie et l'Iran.

Le profit à en tirer à l'échelle mondiale serait immédiat. L'attente, dans une grande partie du tiers-monde, à l'égard d'un règlement israélo-palestinien, est immense tant le conflit en est venu à symboliser le double langage occidental, la loi du plus fort supplantant le droit international. L'apaisement au Moyen-Orient en serait facilité. Le cercle vertueux s'élargirait progressivement, dans le temps et dans l'espace. Cela s'appliquerait dans un Irak conflictuel tel qu'il ressortira très certainement du retrait américain, car les antagonismes chiites, sunnites et kurdes

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ont été avivés. Il n'a pas d'autre moyen de parvenir à un équilibre régional, également conditionné par la menace de prolifération nucléaire. L'abcès de fixation israélo-palestinien et son extension libanaise ont trop longtemps distordu les lignes de force au profit de la surenchère.

Il reste que pour l'heure, tout paraît bloqué au Proche-Orient où la droite dur israélienne et les radicaux du Hamas semblent se rejoindre pour abandonner la solution de deux États, israélien et palestinien, vivant en paix, côte à côte. Chacun, donnant libre cours à ses arrière-pensées et son idéologie, ne veut retenir que la possibilité d'un seul État. Inacceptable pour la communauté internationale, cette perspective n'est pas sans danger pour Israël qui devra à terme faire face , d'une manière ou d'une autre, aux déséquilibres démographiques entre Israéliens et Palestiniens. A défaut donc d'un déblocage de ce qu'il est convenu d'appeler la « mère des crises », il faut s'atteler sans attendre à conforter toutes les avances possibles sur deux autres fronts tout aussi centraux.

Celui de l'Iran. Il faut revenir à une situation réaliste, c'est-à-dire intégrant Téhéran comme composante à part entière de la région mais en tenant compte des grandes lignes de fracture historique entre monde arabe et monde perse, entre sunnites et chiites. Un accord sur le nucléaire iranien, repoussant la perspective d'une intervention armée, ne manquerait pas

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d'avoir des retombées bénéfiques collatérales en Syrie, en Irak, en Afghanistan, et même dans l'ensemble du Proche-Orient. Un échec, en revanche, enclencherait le cercle vicieux de la prolifération, pouvant encourager alors des vocations en Égypte, en Turquie, en Arabie Saoudite ou dans les États du Golfe. Celui du Pakistan également. En effet, la situation de ce pays est celle d'un État quasi failli, proche de celle de l'Afghanistan, présentant un double risque : terroriste en liaison avec l'islamisme radical, mais aussi militaire, qui ne permet pas d'exclure un affrontement nucléaire avec l'Inde. La rivalité entre ces deux États est ancienne mais l'exacerbation croissante des tensions entre les deux peuples a atteint un point culminant avec les récents attentats de Mumbaï.

Islamabad, Téhéran et Jérusalem, telles sont bien, aujourd'hui, les trois portes d'entrée de la guerre ou de la paix pour le monde.


mercredi 16 novembre 2011

La carte régionale

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Comment tant de bonnes volontés ont-elles pu échouer ? Cette question, ce remords, taraude[fr] quiconque regarde le monde du dernier demi-siècle et le compare aux promesses de la Charte de Sun Francisco [hst], fondatrice de l'ONU. La volonté et les moyens étaient là. L'instauration d'un directoire des puissances – le Conseil de sécurité – et la création des casques bleus

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étaient censées corriger l'illusion pacifiste de la SDN. Pourtant, le bilan de l'ONU est plus que mitigé. Peu de solutions. Beaucoup de gels de crises. Quelques échecs dramatiques. Les fonctionnaires internationaux ne sont pas en cause, ils ont globalement fait de leur mieux. L'explication de l'échec est une affaire d'échelle. Une poignée de nation dirigeait le destin du monde. Ce pouvoir exorbitant était justifié par la supériorité morale des Alliés victorieux et par les conceptions d'un monde marqué par la colonisation : l'administration directe ou indirecte de certains peuples par d'autres allait de soi.

Depuis plus de vingt ans, le monde a montré sa capacité à s'organiser à un autre niveau, à mi-chemin des États et des Nations unies. Les dynamiques d'intégration régionale ont été sources de prospérité et de paix sur de nombreux continents. La construction européenne a montré la voie d'une organisation institutionnelle originale qui dépassait le cadre d'une conférence permanente de pays pour mettre en œuvre une dynamique d'intégration respectueuse de la diversité des identités nationales qui la composaient.

Ce ne sont pas toujours des succès. Beaucoup d'organisations restent fragilisées par de profonds déséquilibres géographiques, parfois par des pressions politiques extérieures. C'est le cas de l'Amérique du Sud où les prétendants au rôle de première puissance régionale sont nombreux et tendent à multiplier d'autant les projets

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concurrents, Mercosur ou Communauté andine des nations. Pourtant, dans les dernières années, se sont peu à peu constitués une véritable coopération et même un espace démocratique commun. Reste la pomme de discorde des relations avec Washington et du regard que les Etats-Unis portent sur une telle intégration. Un interlocuteur unique en Amérique du Sud ne manquera pas pour eux ni d'avantages ni de risques d'émancipation.


Tournons-nous vers l'Afrique. Elle a été précocement confrontée aux difficultés des projets d'intégration rapide d'États trop neufs pour s'exprimer au sein d'un cadre commun. Le panafricanisme s'est construit en marge des États, porté par des grands noms comme Leopold Sedar Senghor et Kwame Nkrumah. Fondé sur des souvenirs ou des symboles, il ne correspondait pas à un mouvement culturel enraciné. Il concernait des États engagés dans des alliances ou des modèles politiques totalement différents, reflet d'un continent immense aux contraintes naturelles et aux intérêts divers.

L'Organisation de l'unité africaine de la conférence d'Accra s'est enlisée à mesure que se stabilisaient péniblement les États africains. Dans les années quatre-vingt, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, tout juste une organisatrice de conférences communes. Cependant, pas à pas elle a su renaître de ses cendres parce qu'elle a changé de sens et bénéficié de

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déblocages historiques. Ainsi, la chute du régime d'apartheid en Afrique du Sud libérait le mouvement panafricain d'une de ses principales hypothèques. La fin de la guerre froide laissait certes l'Afrique à son marasme, mais tendait à unifier son destin face aux grandes tragédies, en particulier la pandémie du sida.

Mais son changement, interne, de signification était plus important encore. L'Union africaine, née en 2002, a revu son rôle et se veut l'animatrice d'ensemble d'États existants. Elle s'est appuyée sur des relais régionaux et des puissances émergentes capables de trouver en elle un projet mobilisateur. En somme, l'utopie longtemps bloquée entrait enfin dans l'age du réalisme. Des lors, l'Union africaine coexiste avec des sous-ensembles régionaux plus aptes à promouvoir l'intégration parce qu'ils partagent des intérêts stratégiques, monétaires ou économiques, comme la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest ou l'Union de l'Afrique australe.

Le cas africain est exemplaire de sa capacité des organisations régionales à devenir des relais de paix dans leur environnement géopolitique. Elle connaissent le terrain, disposent de réseaux de contactes et leur action est souvent plus facilement acceptée. C'est ainsi que la médiation de l'Union africaine en Côte-d'Ivoire, après les événements difficiles de novembre 2004, a permis de faciliter le processus de pacification. Le cas du Darfour, si son succès reste moins

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probant, représente cependant un apport similaire. Bien sûr les limites de ces efforts sont patentes, comme l'illustre la situation du Zimbabwe. Mais ces organisations ont l'avantage de la réactivité face à des crises politiques ouvertes, comme ce fut le cas au Kenya au début de 2008 lorsque la contestation de la réélection de Mwai Kibaki mena à des affrontements sociaux majeurs.

Le raisonnement s'applique à toutes les zones conflictuelles. Il est impossible de sublimer[fr] les conflits du local au global sans les faire passer par l'intermédiation régionale. La situation irakienne ne peut s'améliorer qu'au moyen d'une conférence impliquant l'ensemble des États voisins, à commencer par l'Iran. De même, la situation afghane ne peut être résolue sans une approche du même type. Leurs multiplications justifierait une présence des organisations régionales dans le cadre des Nations unies, en dehors de leurs États membres, afin d'asseoir leur légitimité et d'inciter les États à s'associer au sein des ces relais médians de proximité.


lundi 14 novembre 2011

Le respect du temps long

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Une troisième règle s'impose dans le règlement des crises mondiales. Il faut d'avantage conjuguer les temps courts de l'urgence et longs du règlement. S'il faut répondre à l'horreur, il faut aussi que cette première intervention

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d'ordre humanitaire, immédiate et limitée dans le temps, soit clairement définie et séparée des autres objectifs stratégiques. Les années passées ont montrée que le brouillage entre action humanitaire et opération militaire classique pouvait avoir des conséquences catastrophiques sur le terrain. L'aide d'urgence n'est pas la mission des forces armées dont l'action doit toujours être tendue vers la sécurisation des territoires. C'est à l'ONU que revient de définir le cadre de l'action multilatérale.

Au-delà de l'urgence, il faut construire l'avenir, et cela ne peut jamais passer par le seul recours à la force, aussi moral puisse-t-il paraître. Les conflits violents expriment toujours – quelque soient leur instrumentalisation, leur récupération et leur déformation – des conflits d'intérêts entre des populations pour le contrôle de territoires, de ressources ou la captation de symboles. Il faut donc engager le travail de plus long haleine, fondé sur des moyens diplomatiques et une implication des populations concernées, pouvant mener à terme au consentement de tous à la paix. Ces processus sont toujours douloureux. Ils supposent en général de neutraliser les radicalismes et de proposer un avenir viable. En Algérie, le général de Gaulle, de 1958 à 1962, se détourna assez vite de la solution de force pour orienter le cours des négociations vers une indépendance négociée préservant des liens entre les deux nations.

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Plus récemment, dans le conflit ivoirien, une première urgence imposait d'éviter la généralisation du conflit politique et militaire entre les milices du nord du pays et l'armée contrôlée par le pouvoir de Laurent Gbagbo à Abidjan. C'est ce que la France était en position de faire avec la force Licorne. Mais elle s'est également impliquée dans des efforts diplomatiques pour trouver un règlement pacifique de long terme. Les accords de Marcoussis furent ainsi un jalon de cette solution, avant les accords de Ouagadougou. Le dialogue ne devait pas être rompu car l'aggravation des tensions et la montée des haines envenimait la situation de mois en mois. L'engagement de notre pays cristallisa bien des hostilités à l'égard de ses ressortissants, mais sa participation au règlement du conflit intéressait, au-delà de lui-même et de la Côte-d'Ivoire, l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest.

La prise en compte de ces mouvements de fond semble naturelle et pourtant elle ne va pas de soi. En Irak,n la seule vision à long terme disponible est celle du désengagement militaire des Américains avec pour corollaire un scénario, probable, d'affrontement voire de partition. En Corée du Nord, des négociations multipartites ont permis de dégager des horizons de moyen terme, au moins sur la question nucléaire. Indiscutablement, l'élection de Barack Obama, laisse espérer, région par région, un recalibrage des attentes et des projets américains permettant de dégager de réelles résolutions de conflits. Mais

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là encore, il faut garder à l'esprit les leçons des expériences récentes, d'autres exemples de l'idéalisme démocratique américain des administrations Carter et Clinton. Toutes deux se sont efforcées à des diplomaties novatrices et bienveillantes autant qu'ouvertes sur le monde. Mais l'une a échoué – faute de temps, et du fait d'un moralisme un peu raide. En outre , après le Watergate, la guerre du Vietnam et le choc pétrolier, l'Amérique doutait d'elle-même – les ressemblances avec l'enlisement en Irak, Guantanamo et la crise économique de 2008 sont frappantes. L'autre, quant à elle, a eu un bilan plus qu'ambigu, avec, d'un côté, les accords d'Oslo et de Dayton, réels succès dus à des partenariats multiples et à un travail dans la durée, et, de l'autre, des impasses, qu'il s'agisse de la Somalie ou de la reconfiguration de l'OTAN comme bras armé d'une ligue des démocraties.

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* *

Il y a devant nous un itinéraire à emprunter pour soigner en profondeur les blessures de notre monde. Mais il suppose une volonté forte et partagée et non plus des protectorats brouillons et autoproclamés. Ce chemin repose sur l'émergence d'une conscience mondiale des crises et d'une volonté générale de saisir de leur solution. En un mot, notre cité-monde attend sa charte fondatrice d'un nouvel ordre

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démocratique et équitable. Il s'agit de bâtir une forme d'intérêt général planétaire à l'heure où la mondialisation et la multipolarité le rendent enfin possible.

Il faut tracer les plans d'une cité proportionnée. Combien d'utopies et de rêves, magnifiques sur le papier, se révèlent, dans les faits, monstrueux et difformes, incapables de soumettre leurs corps aux lois de la nature, avec leurs têtes énormes et leurs bases fragiles ? Elle se doit de répondre aux données si souvent contrariantes, foisonnantes et déroutantes de l'histoire et de la géographie. On ne construit pas sur la négation du réel, fût-ce au nom des idées.

La cité-monde doit être à l'échelle humaine. Car il ne s'agit pas d'une machine. Le coeur de chaque cité est une construction spirituelle. Sa légitimité dans l'action découle de l'application de ses principes. Voilà sa part indispensable d'idéalisme. De l'accord sur les sources de sa légitimité dépend toute l'efficacité de cette construction. Quelques principes se dégagent, autour desquels peut se cristalliser le consensus de toutes les parties prenantes. Ils circonscrivent et légitiment l'action autour d'une exigence de justice, de solidarité et d'indépendance.

Une nouvelle pyramide reste à édifier avec, à la base, les Etats; à l'étage, les organisations régionales; et au sommet l'ordre international. Pour les États, l'indépendance est la plus

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nécessaire afin de faire vivre la diversité naturelle du monde qui est la richesse de l'humanité. Un État comme la France a une vocation de passerelle et une tradition d'ouverture qui le rendent particulièrement propre à la médiation. L'indépendance de chacun permet de susciter le pluralisme des questionnements et des réponses face aux défis multiples du monde. A l'étage régional, la solidarité parvient le mieux à faire émerger d'une association de plusieurs éléments une solution dont la valeur et la force dépassent ceux de la somme des ses éléments. En témoigne l'exemple de l'Europe, en dépit de sa crise actuelle. Quand à la justice, elle ne peut être mieux poursuivie qu'au sommet, dans un ordre international assumé et accepté par l'ensemble des parties prenantes. Dans ce cas, elle ne s'impose pas mais s'exerce. Dés qu'il manque un élément dans la définition de la répartition, l'ensemble du modèle devient caduc.

Respecter, partager, unifier, telles doivent être les exigences parallèles de l'action commune pour la faire naviguer dans les eaux tumultueuses entre la tyrannie et l'anarchie. Le temps dominateur de l'Occident est passé. Saisissons cette occasion historique au lieu de nous abimer dans la quête impossible d'un passé perdu. Il y a bien du chemin à parcourir, tant ces principes cardinaux sont aujourd'hui battus en brèche par l'aveuglement jusqu'au-boutiste, de chacun pour soi, la soumission et l'abdication de la diversité du monde.


samedi 12 novembre 2011

Chapitre 4. L'Urgence de la justice

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L'urgence et la nécessité de la justice s'imposent plus que jamais dans un monde globalisé qui doit accorder les points de vue et repartir des ressources raréfiées. Mais le règne universel de la justice n'est-il pas encore un vœux pieux, le rêve d'un Candide[fr] appelé à vite déchanter? La justice, mais au service de qui? Et puis pourquoi réussirait-on maintenant ce qui a toujours été impossible? Pour répondre à ces questions, il faut se libérer d'un langage faussement consensuel pour retrouver derrière le mot justice un principe d'action radical dans son essence et porteur de pragmatisme dans son application. Un principe à l'échelle des hommes, car la justice donne une légitimité à l'action dans un monde sans transcendance [phil] commune et se propose d'avancer dans la quête de l'intérêt général. Dans un univers soumis à la caisse de résonance des médias, la justice exige une distance et une impartialité salvatrices.


jeudi 10 novembre 2011

L'opportunité historique

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Chaque époque sécrète son idéologie. L'histoire des idées n'est jamais ni au-dessus, ni en dehors de l'histoire des hommes. Les idées ne sont rien d'autre que leurs constructions patientes, la somme des leurs regards sur un monde mouvant, la cristallisation de leur volonté de changer les choses.

L'âge industriel, dont nous sortons, s'est forgé autour du ressort du progrès. Dans la connaissance comme dans l'action, les hommes se sont plongés dans une course effrénée à l'accumulation et au changement. Après des millénaires de stabilité dans un temps clos où demain n'était que l'éternel retour d'hier au rythme lent des saisons[lit], la modernité inverse tout à coup les valeurs, s'engouffrant dans les brèches ouvertes par le Moyen Age occidental. Le neuf triomphe de l'ancien, du seul fait de sa nouveauté. S'il est célébré, c'est au nom de sa propre mesure, l'efficacité. Le progrès, dans l'imaginaire techniciste et matériel créé par la révolution scientifique européenne du XVIIe siècle, n'est pas seulement un principe ou un mécanisme instrumental dont l'homme aurait appris à se servir, mais une carte mentale, une boussole qui guide les individus, presque une foi, concurrence de la religion. Nos attentes et nos perceptions du temps sont soumises au

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diktat du renouveau permanent. Les produits se succèdent les uns au autres, avec des performances toujours augmentées. Longtemps, l'idée du progrès nous a structuré(s ?NBN) et rassuré(s?NBN). Elle nourrissait l'espoir d'une santé perpétuelle promise par les découvertes de la médecine, ou d'une humanité délivrée de la faim grâce aux inventions de l'agronomie.

Le bonheur était l'horizon commun, salut promis par les Lumières et justification des luttes politiques et sociales. Mobile des individus et garantie de la cohésion des sociétés, il permettait de marier les intérêts particuliers et l'intérêt général.

Mais depuis un demi-siècle, l'union entre le progrès et le bonheur s'est délitée[fr]. Le progrès est miné par la menace d'armements meurtriers, par la violence d'idéologies totalitaires qui le portaient au nues[fr] et par les dangers de la pollution. Quant au bonheur, il ressemble de plus en plus à un puits sans fond où chaque avancée créé autant de frustration que de rancœur. De nouvelles valeurs doivent prendre le relais.


Face au basculement du monde, la justice est seule apte à rétablir l'équilibre. Pourquoi lui conférer cette mission? Parce que les grands principes qui fondent notre pacte commun, repris dans la Déclaration des droits de l'homme, tel que la liberté et l'égalité, ne sont sans elle que des notions vaines et des mots désincarnés[fr].

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La justice appelle une nouvelle ère de la démocratie, plus concrète, mais aussi plus complexe.

L'enjeu premier est la reconnaissance de chacun pour lui permettre de trouver une juste place au sein de la société, grâce au dépassement des contradictions des deux périodes précédentes: l'homme médiéval, enfermé dans les contraintes du lignage[fr] et de la communauté, devait s'accommoder à une existence figée. Différents droits s'attachaient à différents statuts certes, mais l'individu n'existait pas. C'était un monde encastré. A l'age industriel, l'homme triomphe et se défait peu à peu de l'ensemble des attaches juridiques, économiques et sociales qui l'enserraient pour se faire individu. Il y perd même les solidarités protectrices, mais, peu importe, puisque, en lui repose, dorénavant, toute la légitimité. Cet individu souverain s'est abimé dans l'isolement des masses et des foules. Il a donnée naissance à la démocratie libérale, mais il a aussi laissé prospérer, dans son désarroi, les totalitarismes. Il faut donc éviter l'étouffement autant que la désagrégation, le corset des traditionalismes autant que la compétition de tous avec vous, l'holisme[fr] autant que l'individualisme. Le respect de la liberté et de la dignité de chaque homme constitue la clé de tout équilibre. L'affirmation des identités est aujourd'hui une réalité mondiale. Elle repose sur la soif de reconnaissance.

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La réconciliation des hommes entre eux signe l'autre défi de la démocratie moderne. Après un siècle marqué par les guerres civiles permanentes, par les violences politiques les plus cruelles, telles que l'humanité n'en avait encore jamais connu, de nombreuses sociétés ont senti que l'unité était un bien fondamental. Dans les vingt dernières années, bien des pays ont connu une transition démocratique, après une longue période de dictature : en Europe méridionale et orientale, en Amérique du Sud, en Asie du Sud-Est et en Afrique.

Le coût de la réconciliation a souvent été l'amnistie et l'oublie légal des crimes des dictatures. Le choix était douloureux : il semblait s'opposer à la règle d'une justice punitive, sanctionnant les actes scélérats. Il correspondait en fait à une autre idée de la justice, plus profonde peut-être, qui fonde la réconciliation sur le pardon et place l'unité à achever au-dessus de la punition du mal accompli. Il n'y pas de plus haute justice que le pardon, mais celui-ci ne se décrète pas, il s'élabore par un effort commun pour enraciner la démocratie et l'avenir de la nation. Il reflète un désir de paix. C'est le travail qu'ont accompli des commissions de Vérité et de Réconciliation, en Afrique du Sud entre 1996 et 1998, quelques années après la fin de l'apartheid, et au Chili, au sortir de la dictature du général Pinochet.

Dans les sociétés développées, la demande de l'ordre juste est devenue pressante. Les

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stabilités du passé, fondées sur un corps civique indiscriminé [fr] et la soumission à l'ordre légal, ont laissé la placé la place à une flambée des revendications d'existence et de légitimité de groupes de populations ressentant une appartenance commune.

Les démocratie sont déjà passées à un nouveau stade, lentement et par glissements successifs à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'émancipation de l'individu de toutes les tutelles sociales est, paradoxalement, devenue un instrument de vivification des appartenance des groupes, signe entre mille d'une recherche de nouvelles solidarités. Le féminisme a, par exemple, mis en lumière les failles de l'abstraction démocratique qui ne créait pas d'égalité réelle entre les sexes. Les revendications des homosexuels s'appuyaient sur les promesses inaccomplis des libertés individuelles. Les minorités culturelles ont cessé de voir dans l'assimilation la garantie de l'égalité. Elles demandent la prise en compte légitime de leurs différences et réclament, à bon droit, l'égalité des chances contre des discriminations que la simple théorie démocratique ne parvenait pas à combattre. Nous sommes de fait entrés dans le temps des démocraties de diversité. Légitimes

dans la quête de reconnaissance des identités, elles sont cependant lourdes d'une dérive communautariste qu'il faut conjurer.

Le risque est aujourd'hui réel. Risque de repli communautaire sur les identités partielles ou déni des différences dans un modèle abstrait.

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La justice est le seul chemin. Les États-Unis de Barack Obama, s'ils ne peuvent résoudre en quelques mois des décennies de renfermement, ont montré leur volonté d'assumer le dépassement dans une démocratie « postraciale », dont le discours de Philadelphie est demeuré emblématique.

Changeons d'échelle. Fragilisé aujourd'hui par la mondialisation, l'identité reste bien le principal facteur d'organisation de la paix de la sécurité, nous le voyons dans la succession des conflits qui secouent la planète. Elle recouvre plusieurs facettes : le sentiment de soi, la connaissance de l'autre, l'acceptation de son devenir. L'appréhension de l'identité passe nécessairement par la reconnaissance des similitudes. Mais celles-ci ne supposent aucune essentialisation, biologique ou culturelle, de l'identité. Chaque individu partage avec un certain nombre d'autres une série d'expériences, de croyances, de paysages vus, d'institutions fréquentés.

Les dogmes du XXe siècle ont longtemps fait de l'extirpation[fr] des « signes d'arriération » une condition de l'accès à la modernité, au bonheur – société sans classes ou ère de la consommation de masse [??]. Dans ce maelström[fr], l'histoire immobile des siècles passés était ridiculisée et reniée. La modernisation des esprits par déracinement du sentiment religieux et de la culture traditionnelle dans l'Éthiopie de Mengistu ou dans le Kampuchéa démocratique de Pol Pot a mené,

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par retour de bâton, à une valorisation excessive des traditionalismes, chez les talibans afghans ou les milices somaliennes, et à une résurgence des nationalismes en ex-Yougoslavie.

L'acceptation de soi et de la solidarité avec les siens passe par des idées autant que par des actes : voir l'histoire de son peuple et de son pays enseignée d'une façon équilibrée, qui ne soit ni héroïsante, ni dépréciative; vivre au quotidien les solidarités collectives nées de la redistribution des richesses ou des échanges économiques. Identité culturelle, autant que sociale, politique et économique.


Le désir de justice est universel, tant son aspiration réside au cœur de l'homme.

Pas une seule civilisation qui ne place au centre de son ordre social, explicitement ou implicitement, la distribution des bienfaits de la vie aux uns et aux autres, en fonctions de leurs capacités, de leurs statuts ou de leurs besoins. Sous des formes chaque fois changeantes, elle est à la base de la morale confucéenne, aujourd'hui renouvelée et repensée, ou de la cosmologie hindouiste brahmanique. Elle est l'hôte des « sociétés chaudes » comme des « sociétés froides », c'est-à-dire de celles qui s'inscrivent dans une logique de changement et de transformation interne et de celles qui n'ont pour but que leur propre reproduction sociale. Elle n'est ni du Nord, ni du Sud. Comment une valeur commune peut-elle donc conduire à une action commune?


mardi 8 novembre 2011

La nature en partage

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Un nouvel équilibre peut être trouvé dans la gestion des relations entre l'homme et son environnement. Les civilisations asiatiques ont eu pour berceau les vallées de grandes fleuves capricieux, fleuve Jaune, Gange, Mékong, Irrawaddy, nés dans le château d'eau de l'Himalaya. Ces « civilisations hydrauliques » ont appris l'action collective dans la double gestion de ressources à partager sans les épuiser – l'irrigation – et de réserves porteuses de dangers immences – les crues meurtrières. La Chine place ainsi le Souverain Yu le Grand, maître des eaux et des ses travaux, à l'origine même de son histoire. Il est donc naturel que ces pays émergents aient plus que leur mot à dire dans l'élaboration des mécanismes internationaux. Cela suppose qu'ils reviennent à la sagesse et se détournent d'un modèle de consommation énergétique et environnementale qui n'est pas soutenable à l'échelle planétaire.

Le peuples de l'Afrique subsaharienne ont développé un lien traditionnel avec l'environnement. Sociétés historiquement « écocentrées » dans lesquelles – avant la colonisation et ses conséquences – l'harmonie des relations des communautés avec leur environnement était primordiale, la nature n'y étant pas conçu comme une ressource mais comme un

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partenaire à ménager. Cette approche respectueuse doit offrir un cadre aux économies en voie de modernisation. L'Afrique s'est engagée dans la mondialisation culturelle. Elle prend conscience de sa créativité, de sa jeunesse, de son originalité. L'Afrique est de retour. Après avoir été la voix manquante du monde, elle pourrait à l'avenir inspirer les nouveaux équilibres entre le profane et le sacré, entre les échanges humains et les transferts des biens.

Urgence oblige. Le réchauffement climatique a longtemps été un bruit de fond auquel les opinions publiques prêtait une attention distraite. Aujourd'hui les constats alarmistes se multiplient. Un consensus émerge. Il y a un réchauffement climatique d'origine anthropique lié à l'émission de gaz à effet de serre. Les travaux du Groupement international d'experts sur le climat (GIEC) ont eu le mérite de dresser un constat et de donner des perspectives réalistes pour les prochaines décennies. Si le modèle d'émission de gaz à effet de serre de 2000 est maintenu, en 2010, le réchauffement de la décennie aura été de 0,6 °C à l'échelle planétaire. C'est l'équivalent du changement de température du dernier siècle.

Ensuite, il faut faire varier les paramètres : mise en place de politiques de réduction d'émission de gaz carbonique, régulation de la consommation énergétique, limitation de la déforestation pour rétrécir la fourchette du réchauffement qui nous attend au XXIe siècle. La

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limite basse semble être de +1,8 °C dans le cas d'une politique active et de progrès technologiques et jusqu'à +5,6 °C si les efforts de réduction devaient rester insuffisants.

Cette variation si abrupte bouleverserait les grands équilibres et mènerait nécessairement

à des ajustements colossaux pour les sociétés humaines. Les dérèglements augmenteraient probablement les accidents climatiques, les cyclones en particulier. La conséquence principale du réchauffement serait l'élévation du niveau des mers par fonte des calottes glaciaires polaires. Il s'est déjà élevé de 2 millimètres en cents ans et progresse aujourd'hui plus rapidement encore que prévu. Or les sociétés se sont fixées surtout dans les zones littorales. Les densités humaines y ont été, à toutes les époques, les plus grandes. C'est à proximité des mers et des océans qu'ont crû les mégapoles. La mondialisation les a encore fait grossir. Le risque n'en devient que plus grand.

Les stratégies cohérentes et massives à mettre en œuvre pour limiter les dégradations devraient coûter environ 2,5 points du PIB. Si rien n'est fait, le rapport Sterns sur les conséquences du réchauffement climatique table sur un coût de 5 500 milliards dollars en dix ans, soit un dixième du PIB mondial.

Une révolution des mentalités et des institutions est déjà amorcée. Le protocole de Kyoto, entamé en 1992 et ratifié en 1997, a marqué une étape importante de cette prise de conscience

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d e la nécessité d'une gestion multilatérale des enjeux environnementaux. Il innove en la matière parce qu'il est à la fois concret, réaliste et progressif. Concret, il porte sur des accords de réduction des gaz à effet de serre et fixe à l'horizon de 2012 un objectif de réduction pour le gaz carbonique. Les mécanismes mis en oeuvres sont réalistes parce qu'ils évitent les limitations autoritairs et réglementaires au profit de logiques contractuelles et négociées. Des permis d'émission négociés (PEN) permettent à chaque pays de gérer ses besoins propres en émission dans le cadre d'une discipline collective. Enfin, il est progressif dans la mesure où il permet l'implication ultérieure de nouveaux pays afin de bâtir un consensus graduel. Les pays signataires deviennent toujours plus nombreux. L'Australie l'a ratifié en 2008, la Turquie en 2009. Un effet de boule de neige peut donc être espéré si la logique à courte vue des égoïsmes nationaux cède à l'impératif des responsabilités partagées au profit de tous.

Mais rien ne peut être résolu sans un accord entre pays du Nord et pays du Sud sur le partage équitable du financement. Ces derniers considèrent des restrictions mécaniques comme injustes parce qu'elles ne tiennent compte ni de l'écart des responsabilités accumulées ni de la nécessité du rattrapage économique. C'est le principal risque d'échec, qui plus est dans un monde happé par la crise économique et la tentation du chacun pour soi : il ne faut pas que les

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pays du Sud puissent dire que le contrôle mondial des émissions de gaz à effet de serre constitue le dernier avatar de la domination occidentale qui impose au monde des restrictions pour des dégâts dont elle seule responsable. Les clause d'aide aux pays en voix de développement dans le protocole de Kyoto, avec les mécanismes de développement propre permettant de compenser des émissions de carbone au Nord par des investissements verts au Sud, répondent à une vraie exigence de justice.


dimanche 6 novembre 2011

Les défis primordiaux

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D'autres défis nous attendent, dont l'urgence n'est pas moindre. Il faut tenter d'enrayer la triple tragédie humaine de la pauvreté, de la maladie et de la faim, aux causes croisées et communes.

Pour la première fois, un consensus s'opère : les causes de la pauvreté ne sauraient se réduire à l'avarice de la nature ou à la malédiction divine, mais résultent d'un ensemble complexe de responsabilités humaines. Même si, dix ans plus tard, les résultats ne s'élèvent pas à la hauteur de nos espoirs, les objectifs du millénaire pour le développement adoptés par l'ONU en l'an 2000, amorcent une démarche nouvelle et crédible pour vaincre la pauvreté, en améliorant le niveau d'éducation, en favorisant l'accès à l'eau potable et en luttant contre les grandes pandémies.

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La justice authentique, la justice réparatrice exige que chacun contribue selon ses forces à l'intérêt général, en réhabilitant la règle et la distribution de l'effort. La création d'un lieu d'arbitrage serein est toujours préférable à l'imposition d'une autorité coercitive dont la rigidité fait fuir les contractants. Il s'agit non pas de briser mais de réorienter et de canaliser les énergies. Le nouveau partenariat pour le développement africain (NEPAD), conclut sous l'égide de l'Union Africaine, est exemplaire des mécanismes originaux qui avancent par projets et pas compétences, ciblant l'échelon le plus adapté au règlement des difficultés.

Au même instant, réapparaît le spectre de la pandémie. Dans toutes les civilisations, bacilles et virus ont accablé les peuples. Pestes, choléra, typhus, par le passé, infléchi le cours de l'histoire de l'Europe. Aujourd'hui les coûts humains sont insupportables pour les sociétés africaines les plus touchées. Dans quelques années, le sida privera l'Afrique de neuf années d'espérance de vie et d'une part importante de sa main-d'œuvre la plus productive. Ces grandes maladies, avec les peurs qu'elles font surgir, sont des sources d'instabilité familiale, sociale et politique à l'intérieur même des États, en particulier ceux ont les taux de prévalence[fr] les plus élevés, en Afrique australe.


Le scandale de la faim est une tache pour le monde « civilisé » emporté par ses gaspillages.

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Près d'un milliard des humains connaissent la famine et la malnutrition aujourd'hui. Aucune solution ne peut être trouvée sans une vue d'ensemble des enjeux d'agriculture. Le préalable serait de reconnaître un droit fondamental pour tous les hommes de manger à leur faim. Mais on ne nourrit pas par décret. Les expériences désastreuses des famines d'Ukraine dans la Russie stalinienne[controverse NBN] et des millions de morts chinois au cours du Grand Bond en avant maoïste en sont la preuve.

Nourrir est le fondement premier du pacte social, l'enjeu de la division internationale du travail qui n'a été vue par les économistes que comme un phénomène commercial, mesurable et contrôlable. Or toute division du travail fonde un ordre social à 'l'échelle des ces échanges. L'agriculture s'est mondialisée. Les circuits de production et d'approvisionnement se sont étendus. Les agricultures intensives d'Europe et d'Amérique ont entrainé une baisse des prix céréaliers qui a permis de faire vivre, tant bien que mal, une partie de l'humanité et de la détourner de l'autosuffisance de ses champs pour l'orienter vers l'exode rural et la production manufacturière. La désorganisation des sociétés locales qui en a découlé a aggravé les effets de la famine.

L'agriculture commerciale des pays du Sud subissait de plein fouet la concurrence et se montrait incapable de rivaliser. Les agricultures du Sud ont été mises à la merci de celles, plus

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efficaces et par ailleurs subventionnées, du Nord. La véritable justice ne consiste donc pas à comprimer les prix agricoles autant que possible en espérant nourrir à bas prix toute l'humanité.

Permettre une contribution de tous les systèmes productifs et harmoniser toutes les consommations, voilà la clé. Briser l'hégémonie du marché dans le domaine agricole est nécessaire. En ce domaine, comme en d'autres, les illusions du passé sont riches d'enseignements. Les physiocrates du XVIIIe siècle attendaient la prospérité des nations du libre-échange des grains. Ils avaient raison en théorie. A terme, le commerce permettait le développement d'un marché national qui lissait les hausses de prix locales liées aux accidents climatiques. Mais ils n'avaient pas anticipé les effets pervers de la transition. Lorsque Turgot décrète le libre commerce du grain en 1774, la France doit faire face à une crise grave qui donne naissance à la guerre des farines de 1775[hst]. La levée des barrières intérieures a favorisé la spéculation et, en partie, désorganisé les systèmes de production locaux.

Deux leçons peuvent en être tirées : la liberté commerciale permet, à terme, une homogénéisation qui garantit la satisfaction des populations. Pour autant, le libre commerce est une source des déséquilibres qui touche les fondements de l'ordre social et génère des révoltes. Il y a donc un intérêt supérieur à accompagner les

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changements par une réglementation adéquate et progressive.

Aujourd'hui la réforme de la Politique agricole commune (PAC) constitue un défi. Pour la France, car il s'agit d'inscrire dans la durée la refonte des liens entre la société et son agriculture; pour l'Europe, car c'est enjeu d'équité entre les pays membre de l'Union; pour le monde, car les équilibres entre les agricultures du Nord et du Sud dépendent des signaux donnés par la PAC.

Partout, l'agriculture demeure un élément stratégique des la cohésion des sociétés. Cela ne signifie pas la promotion de l'autosuffisance de tous les territoires qui n'est pas réalisable, mais la préservation d'un équilibre entre production intérieure et approvisionnement extérieur. La faim ne sera pas combattue par la fourniture des nourriture à bas coût, qui ne crée que des dépendances, des circuits mal ajustés, et des rancœurs. Elle ne sera pas vaincue seulement par les révolutions vertes de l'avenir qui produiraient, tout à coup, de façon presque gratuite : les contraintes sont trop fortes avec l'épuisement des meilleurs sols, la stagnation de la surface agricole utile mondiale et la modification des consommations. Sa réduction drastique passe par une harmonisation mondiale dans la production et la consommation agricoles. Des accords multilatéraux sous l'égide de l'ONU et grâce à l'expertise de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)

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peuvent seuls permettre de trouver des équilibres dynamiques favorisant le développement rural.