lundi 31 octobre 2011

L'architecture de la paix

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La sécurité constitue le deuxième grand domaine d'intervention qui relève de l'organisation internationale parce que les Etats seuls n'atteignent pas les niveaux de puissance et de vision qui leur permettent de résoudre les problèmes dans l'intérêt de tous. La lutte contre la prolifération et le désarmement ne peuvent être que le résultat des négociations multilatérales, englobant les intérêts vitaux de tous les acteurs et pas seulement des principales puissances. Ainsi, pour renégocier le traité de nonprolifération, il est nécessaire d'adopter une démarche réaliste qui tienne compte de l'existence effective de l'arme nucléaire dans une certain nombre de pays comme l'Inde, le Pakistan et Israël. Il est tout aussi utile de passer d'une adhésion facultative à une participation découlant naturellement de l'admission dans la communauté internationale, sans quoi les problèmes de « passagers clandestins », entrant et sortant du traité, selon leur besoin du moment, ne pourront pas être résolus.

La non-prolifération est liée à la reprise des efforts de désarmement, qui ont marqué le pas depuis la fin de la guerre froide et l'accord historique de réduction des armements

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stratégiques START de 1991, entre Georges Bush et Mikhail Gorbatchev. Aujourd'hui, un nouveau consensus se fait jour autour de la logique du « zéro global » c'est-à-dire de la destruction de l'ensemble des arsenaux nucléaires. C'est une perspective salutaire à laquelle il faut naturellement contribuer, mais seulement à condition que la négociation ne soit pas un instrument aux principaux détenteurs d'armes nucléaires – Etats Unis et Russie - pour préempter[fr] le désarmement en leur faveur. Se priver de l'arme nucléaire, à l'heure où la course à la bombe de pays qui demeurent en dehors de la légalité internationale s'accélère, serait irresponsable. Les deux dossiers ne peuvent être traités séparément.

Il faut repenser la sécurité collective. Aujourd'hui, elle est déséquilibrée par le bouleversement des hiérarchies militaires et l'effritement de la suprématie américaine. Elle aussi désorganisée par la faiblesse des moyens d'intervention collectifs des Nations unies et la force immense accumulée par l'OTAN. Aujourd'hui la nécessité fait loi; au nom de l'efficacité, l'OTAN se voit déléguer des activités qui ne devraient pas être de son ressort. La logique est pernicieuse car elle vide à terme l'action internationale de sa substance et empêche la montée en puissance des organisations régionales et globales.

Au Darfour par exemple, l'Union africaine s'est impliquée dans le maintien de la paix, mais

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mais ne dispose pas encore des capacités techniques pour assumer cette tâche. Elle a demandé le soutien logistique de l'OTAN, pourtant loin de son périmètre. Il faut assurer le transfert réel des compétences de l'OTAN vers l'ONU. A ces fins, l'Alliance de se libérer de ses cadres idéologiques et se concentrer sur ses réelles compétences opérationnelles. On ne serait se satisfaire aujourd'hui de l'existant. Serons-nous assez clairvoyants pour réformer la sécurité collective avant que ses failles ne mènent à une explosion catastrophique ? Cela suppose beaucoup de volonté, de lucidité et de travail.

A l'échelle internationale, un Pacte de sécurité collective devrait garantir de façon contraignante l'inviolabilité des frontières. Poursuivons dans l'esprit du pacte Briand-Kellog de 1928[hst] et de la charte des Nations unies afin de « mettre la guerre hors la loi ». Dans le cadre de ce pacte, doivent être abordées des questions du désarmement et de la prolifération nucléaire, ainsi que le contrôle international des ventes d'armes.

La préservation de la paix suppose la mise en place d'un directoire spécifique, responsable devant l'Assemblée générale mais capable de prendre des mesures d'urgence pour contenir des violences dans un délai court. Il pourrait s'agir d'un Conseil du maintien de la paix réunissant mensuellement les membres du Conseil de sécurité au niveau des ministres des Affaires étrangères. Il devrait être doté de tous les moyens nécessaires à l'accomplissement de sa mission.

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Une force d'intervention permanente pour faire face aux crises est indispensable si l'on veut éviter les coûteux montages actuels qui nécessitent, au coup par coup, négociations et accords des patries. Pourquoi ne pas régionaliser cette force en associant les Etats proches et concernés ? Il importe aussi de revoir le chapitre VI de la charte de San Francisco qui limite la capacité d'engagement des Casques bleus. Les fauteurs de crises connaissent les failles du système et les exploitent effrontément.

Déjà l'ONU a reconnu sa « responsabilité de protéger » des populations en cas d'atteintes graves à la dignité humaine. Mais qui décide et selon quels critères ? Jusqu'où peut aller cette responsabilité? L'affaire de l'indépendance de Kosovo, a montré l'ampleur des clivages, entre réactions hostiles des Russes et des Chinois et réticences marquées de nombreux Européens, Espagnols en particulier, face à une légitimation des séparatismes. Aujourd'hui, l'indépendance kosovare fait figure de précédent. La Russie s'en est prévalue lorsqu'elle a reconnu l'indépendance de l'Ossétie et de l'Abkhazie.

Le problème n'est pas seulement juridique, il est aussi matériel et psychologique. Une fois ouverte la boîte de pandore de l'ingérence, où s'arrêter? Les réclamations surgissent de partout. La communauté internationale n'a pas les moyens d'intervenir sur un grand nombre de champs d'opération. Des réponses graduées

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sont nécessaires, impliquant des contrôles, des interpositions, et établissant des procédures régionales de règlement des conflits sous l'arbitrage des Nations unies. La légitimité est le fruit de l'efficacité. Mais, en retour, une action globale est impossible sans l'émergence d'une conscience collective de l'unité de notre condition humaine, sans acceptation d'un devenir commun conjuguant l'impératif d'équité avec le respect des identités : le global, le pluriel et le singulier.

La réalisation d'objectifs de sécurité suppose de déléguer une part de responsabilités à des organisations régionales de sécurité. Certaines prérogatives pourraient être reconnues à ces organisations, assurant ainsi le transfert des compétences par les Etats. Les missions de maintien de la paix pourraient leur être réservées. Une institution de coordination mondiale de ces organisations régionales serait plus à même d'envisager les défis de défense actuels qu'une conférence des Etats où la disparité des Etats empêche tous véritable débat. Les Etats préférant de rester à l'écart des processus régionaux choisiraient ainsi une relative marginalisation. Les processus de défense régionale sont souvent semés d'obstacles. Ils doivent être progressifs et profiter de toutes les plate-formes de dialogue qui ont émergé ces dernières années, comme le « Dialogue de Shangri La », réunissant des ministres de la Défense asiatiques dans des conférences stratégiques régulières.

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En conséquence, les autres organisations devront renoncer à empiéter sur les compétences globales et se restreindre à leurs missions de défense passive. C'est le cas tout particulièrement pour l'OTAN.


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