samedi 17 décembre 2011

La revanche de l'histoire

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 7


L'histoire est de retour. Nous sommes à l'aube d'une de ces grandes crises qui façonnent depuis toujours la condition des hommes. On l'avait dite assoupie et épuisée il y a moins de vingt ans, appelée à prospérer dans la bonace, alors que les tempêtes guettaient, à peu de distance. Il y eut d'abord 2001 et le bouleversement des attentas du 11 Septembre. Puis 2003, et l'enlisement de l'Amérique dans une logique de force. Enfin l'été 2008 et ses déflagrations multiples, de la guerre en Géorgie à la faillite de Lehman Brothers.

Les menaces s'accumulent. Le précédent de 1929 hante tous les esprits: une spéculation boursière aggravée par un recours excessif à un levier financier, puis une catastrophe économique financière, dans laquelle, de proche en proche, un effondrement bancaire entraîne une crise de crédit, celle-ci engendrant à son tour une récession industrielle. Demande et production s'engage dans une spirale dépressive. Les états

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succombent aux pièges du protectionnisme, des dévaluations compétitives et des politiques aux effets déflationnistes. En 1932, le revenue américain national a diminué de moitié par rapport à ce qu'il était à la veuille du krach. Les ressemblances sont réelles: la même brutalité d'une crise , au fond inéluctable, le même appel à la restauration de la morale, la même tentation du repli, le même risque d'abandon de certains pays fragiles.

Aujourd'hui, comme hier, il est illusoire de croire à un possible découplage de l'économique et du politique. La crise de 1929, faut-il le rappeler, a favorisé la prolifération des nationalismes et l'avènement du nazisme. La crise économique souffle, dans un cas comme dans un autre, sur les braises d'un système international déséquilibré et incertain, ici unipolarité américaine après la guerre froide, là les frustrations du traité de Versailles à l'issue de la Première Guerre Mondiale.

D'ailleurs, 1929 n'est pas le seul exemple : toutes les crises économiques majeures charrient leur lot de conflits internationaux et d'instabilités politiques nationales. A la fin du XIX siècle, la France a connu une longue dépression, deux décennies de marasme et d'essoufflement dues à des prix agricoles déclinants et à des débouchés industriels raréfiés. La reprise ne s'amorce réellement qu'après 1906, à la faveur d'une nouvelle révolution industrielle. Le marasme conduit, de proche en proche, au grèves de Decazeville en

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1886, à la tentation boulangiste et à la crise de Fachoda, opposant les impérialismes coloniaux britannique et français.

Les grandes crises exacerbent les tension existantes et les portent à leur point d'incandescence. En 1928, un observateur éclairé aurait sans doute pu parié sur un apaisement de la question allemande. Le problème des réparations de guerre avait été partiellement résolu par le plan Dawes. La sécurité collective progressait, grâce aux efforts de Briand et Stresemann. L'économie prospérait à nouveau profitant des investissements américains. Le parti nationaliste végétait à 2,6% des voix. Pourtant en 1930, il bondira à plus de 18 %, en 1932, à 37%.

Au tournant du XXI siècle, d'autres menaces existent: un Moyen-Orient plus dangereux que jamais, une rupture possible de la construction européenne ou encore raidissement nationaliste de la Chine.[?]

Enfin, les crises parachèvent des mouvements de fond déjà amorcés de longue date. La dépression de la fin du XIX siècle a accéléré la montée en puissance de nouveaux pays industrialisées: Êtas-Unis, Allemagne, Japon. 1929 a entériné le déclin européen et préparé la bipolarisation entre Russes et Américains. Aujourd'hui, l'ascension des pays émergents, Chine et Inde surtout, mais aussi, avec quelques bémols, Russie, Brésil et Mexique, semble inéluctable. Peut-être seront-ils plus secoués que d'autres

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car ils demeurent fragiles. Néanmoins ils devraient ressortir renforcés de l'épreuve. Une nouvelle hiérarchie économiques et de nouvelles règles de compétition se mettent en place.

Il faut exercer notre regard à saisir toutes les promesses de ces transformations. Chaque crise a ses vertus, à commencer par l'obligation de nous remettre en question. Elle nous donne l'occasion de nous débarrasser des habitudes acquises, des facilités de l'indignation, et de l'assèchement du sens critique. Rares sont les drames dont les hommes ne soient sorti plus déterminés à assurer leur prospérité et à garantir la paix. La sortie de l'enfer de la Seconde Guerre Mondiale, engendrée par la dépression des années trente, à conduit au renouveau. La victoire a permis la refondation du pacte démocratique avec de nouvelles constitutions plus audacieuses et plus équilibrées.[FENIX-CENDRE]. Elle a légitimé la construction collective de l'État providence inspiré par Beveridge comme par le Conseil National de la Résistance pour la France Libre, à l'origine de l'ordonnance de la Sécurité Sociale de 1944. Elle a instauré le compromis fordien des Trente Glorieuses, lorsque les gains de productivité et les hausses de salaire créaient les conditions de la demande accrue d'une société de consommation. Enfin, elle a jeté les bases d'une tentative inouïe de sécurité collective dans le cadre des Nations Unies, dans le droit fil de l'idéalisme de la charte de l'Atlantique signée le 14 aout 1941.

POURSUIVRE LA RELECTURE

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En remontant davantage dans le temps, d'autres crises ont produit des bienfaits tout aussi importants. Les révolutions démocratiques et nationales de 1848, «printemps des peuples» où le génie de la liberté parcourt toute l'Europe , sont les fruits de grave crise des économies européennes à partir de 1846, source d'immigrations massives d'Irlande et d'Allemagne, les dernières disettes[fr+/-] européennes et de fortes tensions sociales dont témoigne la publication du Manifeste du Partie Communiste. Si le rêve s'achève mal, - avec un retour à l'ordre dont témoigne le cout d'État du 2 décembre -, il n'en demeure pas moins que le suffrage universels est instauré en France, que la cause de l'unité italienne a pu faire entendre sa voix et que plusieurs constitutions ont été adoptées en Europe, sapant[fr+/-] ainsi les bases liberticides[+/-] du congres de Vienne [hst].

Il faut se garder de deux écueils. La célébration béate des vertus de la crise, car le renouveau naît de douleurs humaines que nul ne peut oublier. La démesure prophétique, car la tentation est toujours grande de voir se dessiner la fin du monde dans les brumes des grandes faillites. Les écrits économiques et politiques des années trente fourmillent de « crépuscules » ou de « fins » du capitalisme qui, avec près d'un siècle de recul paraissent excessifs. La reconstitution nécessaire repose sur la capacité au réalisme dans les constats autant que dans les objectifs.

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Elle exige, pour être menée à bien, une vision et des bras. Elle est l'affaire des citoyens et de leurs volonté, pour édifier une cité-monde qui soit enfin un cité des hommes.

Face à l'histoire en train de se faire, retrouvons la capacité d'agir pour la changer plutôt que de la subir. Connaître. Comprendre. Anticiper. S'engager. Raisonner sur les événements en cours à l'aide des exemples du passé et des courants de fond qui travaillent nos sociétés est, à soi seul , un exercice d'émancipation. Je me suis efforcé, au cours de ces deux dernières années, à travers voyages et rencontres, en France et dans le monde, de Buenos Aires de Chengdu, Kyoto ou Lagos, de Bruxelles à Moscou, New York, New Dehli, Doha, Téhéran, jusqu'à Casablanca ou Lima. Partout, j'ai constaté l'urgence de se saisir d'un destin commun. Les hommes sont les acteurs de leur propre histoire non malgré eux, par une ruse de leur raison, mais par vertu de leur liberté. Il s'agit de construire la communauté d'hommes libres, sur les ruines d'un passé révolu. Pour la première fois, à l'issu d'un siècle d'intégration mondiale tantôt douloureuse, tantôt heureuse, nous sommes en situation d'affirmer pleinement, notre destin collectif à l'échelle du globe. De saccades en secousses, la vision d'un monde global à fait son chemin. En 1989, la fin de la division ouvrait un horizon d'espérance. Vingt ans après, le pessimisme a repris le dessus. Nous vivons dans

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la certitude de dangers universels qui s'amoncellent[fr+/-] sur nos têtes, du réchauffement climatique au pandémies. Dans le même temps, certains clivages raciaux, sociaux, nationaux s'estompent pour faire face à de nouveau antagonismes économiques ou religieux par exemple. Les grands mouvements précipitent une prise de conscience collective et la nécessité de solutions communes. N'y a-t-il pas là les contours d'une République - au sens où les Anciens utilisaient ce terme, celui d'une entité commune, d'intérêts partagés qui imposent des décisions prises de concert, qui obligent à un accord sur les principes régulateurs – à l'échelle de la planète ?

[USW united states de world !?]

Tout est à reconstruire, mais rien ne peut l'être sans des principes fondateurs. L'action ne transforme le réel que si elle découle des convictions partagées, fermes,vivantes, auxquelles on doit restituer toute leur force révolutionnaire.

Le chantier est immense car il consiste à rechercher, avec un œil neuf, ce qui peut constituer aujourd'hui l'intérêt général pour le monde [!?!??!]. Celui-ci ne cesse de s'affirmer de crise en crise et il ne serait de se réduire à la somme particulière des États . De mur abattus en nouveaux murs élevés, nous en ressentons chaque jour d'avantage l'urgence, alors que défilent sous notre regard les images d'une souffrance humaine qui nous semble aussi perpétuelle que la guerre.

Pour défendre cet intérêt général encore embryonnaire, réhabilitons dans un esprit de

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responsabilité les piliers de la paix, de la justice, de la solidarité et de l'indépendance, afin qu'une véritable dynamique puissent s'enclencher au niveau des États, des ensembles régionaux, et, en définitive, de la planète toute entière.

vendredi 16 décembre 2011

Chapitre 1. Tremblement du monde

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Il faut trier les décombres, remettre les crises en perspectives dans le temps longue de l'histoire de l'économie. Les cycles se suivent, de vaches maigres en vaches grasses, cycles courtes de Juglar [eco] ou cycles longs de Kondratieff [eco]. [et caravane passe].

C'est le cas depuis l'aube de l'humanité, mémé si les méfaits de la finance ont remplacé ceux des accidents climatiques. Récemment, les économies occidentales ont connues de fortes et fréquentes secousses, en 1982, 1987, 1993 et 2001. Sans compter l'arythmie des crises de changes nées de l'instabilité fondamentale du système monétaire international qui a change avec la fin de la convertibilité-or du dollar en 1971. L'un après l'autre, les pays émergents en ont fait une amère expérience, le Mexique en 1994, l'Asie du Sud-Est en 1997, la Russie en 1998, la Turque en 2001. Alors qu'est-ce qui distingue fondamentalement cette crise des autres ?

Elle est avant tout plus complexe, parc qu'elle se présente comme la conjonction de trois cycles historiques

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d'ampleur différente qui se télescopent pour constituer, au niveau de l'échelle du monde, une véritable «catastrophe». Tout se passe comme si un malade arrivait à l'hôpital pour soigner une infection courante, dont l'aggravation soudaine révèlerait l'affaiblissement généralisé de l'organisme, danger à son tour redoublé par la résurgence[fr] des symptômes de malformation génitale. Ces maux ont des causes distinctes, mais ils s'influencent mutuellement pour dresser un tableau clinique unique.[!?!!-courage]. Nous assistons simultanément à une correction d'une phase de la mondialisation, à la rupture du modèle industriel et au basculement des centres des puissances de l'Occident vers l'Orient, du nord vers le sud.


jeudi 15 décembre 2011

Le cycle de la démesure

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Les premiers symptômes cliniques se sont manifestés dés le début de l'année 2007, au moment où la bulle immobilière américaine a commencé à se dégonfler. L'économie mondiale traverse depuis des crises aigües obligeant les États à des interventions urgentes. Les Bourses qui ont perdu entre 60% et 70 % de leur valeur, sont le thermomètre quotidien de cette tempête financière et économique.

Pour établir un diagnostique sérieux de la maladie, il faut remonter près de trente ans en arrière.

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L'idée des néolibéraux est alors d'en finir avec le double héritage de Roosevelt, fondé sur un encadrement de la sphère financière et de Kennedy, reposant sur la meilleure redistribution dans la sphère économique. Épaulés par la Grande-Bretagne de Margaret-Thatcher, les Etat-Unin vont lancer une contre-reforme, à partir de dogmes simples : l'individu prime sur le collectif, l'intérêt général se définit abord par la somme des intérêts individuels, enfin le marché définit le nouveau équilibre social. En résultent la dérégulation financière et la disparation de grands monopoles publics. Le principe, c'est la concurrence; l'objectif, la croissance; les instruments, le renforcement des marchés et les jeux à cour terme de l'économie spéculative.

Pour prix de cette démesure, la violence de la chute répond à la brutalité de l'ascension. En huit ans, en vertu de la politique d'abondance de dollars menée par la Réserve Fédérale, du laxisme sur les marchés de crédit et de la disponibilité massive de l'épargne asiatique, les bulles ont gonflées d'autant plus vite et plus fort. Trente milles milliards de dollars se sont volatilisés mais ils s'étaient accumulés en quatre ans à peine [de mort].

Cette hyper-croissance financière résulte d'abandons successifs : la dérégulation des transactions financières a limité tous les contrôles étatiques sur les activités financières. Le décloisonnement des différents marchés – crédit,

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change, obligation – a augmenté les interdépendances et affaibli la lisibilité des procédés.[NBN-AUDIT donne raison à cela. 2) ressemblance aux problématique des logiciels]. La désintermédiation bancaire a multiplié les acteurs sur ces marchés et rendu les entreprises plus sensibles à leurs fluctuations. Au cœur de la crise on retrouve la disparition de la notion de risque [link – méthodes agiles] qui veux qu'un risque plus élevé soit mieux rémunéré. L'abondance des liquidité a aveuglé les investisseurs qui ne distinguaient plus les différentes situations et exigeaient autant [maintenant on peut même sans plagiat et de façon culottée dire «exigeaient autant d'OTAN que...] d'un grand acteur industriel que d'une start-up chinoise, ou finançaient des ménages américains qui étaient incapables de rembourser leurs crédits.

Ce modèle « monétariste » et néolibéral a permis une sophistication des mécanismes spéculatifs et une croissance délirante des volumes. En vingt-cinq ans, les transactions ont été multipliées par plus de trente sur le seul marché des changes.

Suffit-il d'accuser la démesure de quelques banquiers de Wall Street ? La dérégulation est allé de pair avec la mondialisation. Et en ce sens, c'est la mondialisation même qui est en crise. Elle est prospéré sur un déséquilibre majeur, résultat de l'écart croissant entre une Amérique qui s'endette à outrance pour financer sa consommation et une Chine qui épargne l'essentiel des surplus commerciaux liés à sa situation d'atelier du monde. De part et d'autre de Pacifique, le retournement de conjoncture appelle, par conséquent, à revenir vers plus de modération.

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Cette crise est plus forte que celles qui l'ont précédé car c'est la première crise globale. Certes, en 1929, les retombées s'abattait d'un bout à l'autre de la terre, mais d'immenses zones grises restaient en marge de l'économie capitaliste, des régions traditionnelles et plus ou moins autarciques sur tous les continents. Ainsi, l'économie socialiste, en Union Soviétique, subissait des ruptures – dékoulakisation, famine, planification -, mais à son propre rythme dicté par la main de fer du Parti. Aujourd'hui, aucun recoin[fr+/-] de la planète n'échappe au capitalisme mondialisé et, tour à tour, chaque région ressent les effets du séisme financier, comme par la chute de dominos. Notre économie-monde avance de bulle en bulle dans un temps médiatique, immédiat et visible, qui accroît la pression et les risques de panique. Bulle immobilière japonaise de 1997. Bulle de d'Internet en 2001. Bulle des subrimes en 2007. Ainsi, l'effondrement hypothécaire américain est-il venu crever la bulle immobilière espagnole. D'autres bulles sont annoncées. On croirait revoir Charlie Chaplin, jouant au dictateur fou avec un globe léger comme l'aire.

Cette crise est aussi totale, n'épargnant aucune activité. Elle ne s'est pas, loin s'en faut [fr], cantonné au secteur financier, mais a ricoché sur l'ensemble des industries et des services. La restriction du crédit et la contraction de la demande agissent de concert pour atteindre tous les acteurs. L'industrie décroche. [comme A330].

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Même les secteurs les plus innovants sont affectés. Les plans sociaux sont multiplient. Le tourisme faiblit. C'est le fruit des interdépendances, des spécialisations à outrances et des externalisations qui donne rapidité et profondeur à la contagion. [voir début NBN/page 18].

Une économie globalisée, financiarisée et mondialisée, voilà les ingrédients d'une crise à nulle autre pareille[fr+/-]. En définitive, 2008 marque bien un tournant dans la mondialisation. Commencée vers la fin des années soixante-dix, accélérée par la chute du mur de Berlin, elle a porté le char triomphal du modèle néolibéral véhiculant le culte de l'entrepreneur, passeur moderne de la prospérité. Elle a débouché sur un comportement prédateur justifié exclusivement par le rendement du capital, une politique dérégulée fondée sur autonomisation de la sphère financière et une pression économique source de déséquilibres pour les hommes et les territoires. Une nouvelle phase commence dont il est permis d'espérer qu'elle corrigera les excès des trente dernières années.

mercredi 14 décembre 2011

La fin d'un age industriel

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 20

Il y a une raison plus profonde au drame actuel. Tout un modèle de production industrielle se disloque, pris dans un mouvement complexe de transition, de saturation et de restructuration. Cette crise dans la crise passe par le relais d'une révolution industrielle à l'autre.

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 21

Le désarroi de la filière automobile est un signe qui ne trompe pas, car c'est le moteur même de la croissance manufacturière depuis plus de cinquante ans qui s'essouffle avec elle. La crise de 2008 jette à bas l'empire de Général Motors sortie triomphant de celle de 1929. Ces cycles longues assurent la « destruction créatrice » de l'économie capitaliste à travers un empilement des strates. A l'industrialisation par le textile ont succédé la domination du chemin de fer et de la sidérurgie, puis celle de la chimie et de l'électricité, enfin celle de la pétrochimie et de l'automobile. Toutes les périodes de l'industrialisation ont eu leur secteurs porteurs, empires économiques dont l'ascension et la chute peuvent être comparées à celles des puissances. L'emblème de l'hégémonie américaine, l'automobile, ne sera plus le cœur du tissus économique. Elle doit faire sa mu[fr] pour s'adapter à un monde de pétrole rare et des villes denses et polluées.

Une nouvelle révolution industrielle prend donc le relais. Celle des nouvelles technologies de l'information et de la communication, initiée il y a plusieurs décennies par le surgissement de l'électronique et le développement rapide de l'informatique. Elle présente cependant des caractéristiques qui la différencient des modèles précédents. Elle réduit la part des processus d'assemblage dans la valeur ajoutée, augmentant celle de la conception et du développement. De plus, ses effets ne sont plus cantonnés à un secteur spécifique.

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L'informatisation redéfinit les schémas de travail dans l'ensemble des activités, jusqu'au services. Elle crée des effets boules de neige dans l'émergence d'autres branches, biotechnologies, nanotechnologies. C'est une révolution porteuse de révolutions, une métamorphose permanente de tout le paysage industriel. Elle modifie la relation entre fournisseur et client par de nouvelles techniques publicitaire et un marketing refondé. Elle accélère et diffuse les révolutions éducatives. C'est toute une « nouvelle économie » qui se substitue à l'ancienne.

Ces nouvelles technologies révolutionnent aussi la division internationale du travail. Tout ce qui ne nécessite pas l'interaction physique entre les hommes est désormais susceptible d'être délocalisé. La mondialisation numérique n'aplatit pas l'espace, elle ne le réduit pas, elle l'abolit. Au cours du dernier demi-siècle, les délocalisations déplaçaient les industries de main-d'œuvre peu qualifiée vers les pays émergeant parce que la différence de coût du travail compensait le prix du transport. Dans les pays de départ, la délocalisation était douloureuse et laissait orpheline des régions entières,victimes de leurs fleurons de jadis, nord de la France, Ruhr allemande ou « Ceinture de la Rouille » des Grands Lacs américains. Mais les hiérarchies économiques des nations étaient conservées. Les pays riches pariaient sur la qualification. A Dortmund, dans la Ruhr, les industries de hautes technologie remplaçaient peu à peu les hauts fourneaux.

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Désormais, cette logique est rompue. Les activités à maintenir sur place sont tout aussi bien lds professions très qualifiées, magistrats ou médecins, que des emplois peu qualifiés, entretien, vente au détail ou service à la personne. De même, les métiers qui peuvent être délocalisés en Inde, en Chine ou en Afrique parce que ils se contentent d'un contact virtuel – sont aussi bien peu qualifiés – les centre d'appel par exemple - que fortement qualifié, conseil, audit ou marketing, peut-être un jour téléenseignement. Une telle évolution accentue la compétition mondiale et entraine le renversement des veilles hiérarchies.

Une autre révolution est en germe, celle de l'économie verte. Située au croisement d'une exigence économique – la rareté des ressources – et d'une exigence éthique - le respect des générations futures -, cette nouvelle économie va sans aucun doute bouleverser nos modes de vie et nos modes de production en irriguant tous les secteurs. Le secteur de l'énergie bien sur mais aussi de l'automobile et de transport aérien, de la construction, de la consommation de produits alimentaires, tous vont être transformés en profondeur par cette nouvelle dimension.

Car, au de-là, il s'agit bien d'une crise de saturation du modèle industriel hérité de deux derniers siècles. Elle est arithmétique. Le déséquilibre entre les ressources naturelles disponibles et les besoins de production devient de plus en plus criant.

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Le monde ne suffit pas à nourrir notre appétit. La crise des matières premières du 2007, lorsque les prix du pétrole, du cuivre, de l'acier ont doublé voir triplé, nous a fait toucher les limites de l'« hyper-croissance » économique. La spéculation effrénée liée à l'explosion de la demande s'est rajoutée à la rareté des ressources. L'arrivée des géants chinois et indien sur le marché révèle l'égoïsme fondamental d'un système qui ne pouvait faire vivre à son rythme qu'une fraction de l'humanité.

Nous prenons conscience, depuis Bhopal ou Tchernobyl, des couts environnementaux et sociaux des l'industrialisation forcée. Le risque n'est plus seulement d'une stagnation mais bien de régression de l'humanité entre pollutions indélébiles [fr] et réchauffement climatique.

La réponse doit être plurielle: une conversion du modèle industriel à une production plus économe en matières premières, une transformation des sociétés développées dans évaluation de leurs besoins, enfin un partage plus équitable des ressources avec les pays émergents et en voie de développement.

L'équipement des ménages est largement achevé dans les pays industrialisés. L'enjeu réside désormais dans son renouvellement perpétuel. Voilà, en définitive, la mère de toutes les bulles, bulle non virtuelle mais réelle, de la société de consommation qui naît d'inadéquation viscérale entre les besoins et les désirs. Les sociétés industrialisées ont opéré une mue[fr]

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profonde au cours des Trente Glorieuses[hst], passant d'une logique de satisfaction des besoins matériels, liée en particulier à la reconstruction dans les pays européens, à une logique d'entretien et d'accroissement des envies, nourrie par des techniques sophistiquées: prospective, publicité, marketing. Faute de débouchés naturels, il a fallu susciter le désir et le faire fructifier en déséquilibrant l'économie en son profit. A la croissance sage et à moyen terme, s'est progressivement substituée une croissance forcée à cour terme reposant sur une illusion publicitaire perpétuellement renouvelée. Le compromis fordien s'est mué peu à peu en son reflet grimaçant, une sorte de compromis freudien. Dans le premier, l'équipement des ménages tire la production, élève les salaires et accroit la demande de biens. Dans le second, un cercle vicieux et aliénant : la satisfaction des faux besoins, du fétichisme des objets et du narcissisme des consommateurs impose toujours plus d'efforts et productivité aux salariés, nourrissant frustrations et rancœurs.

A tous égards, nous achevons le cycle né dans les fumés de Manchester il y a deux cent ans et posons les jalons d'un nouvel âge économique, dont les services, innovations et l'information seront le cœur, avec la révolution verte qui touche de nombreux secteurs, qu'il s'agisse de l'énergie, de l'automobile, ou de l'habitat.


lundi 12 décembre 2011

L'épuisement de l'Occident

par NBN/page 26

Le malaise est profond. Il fait vaciller les soubassements même de nos civilisations. Nous assistons à un tremblement de terre et au renversement de l'ordre planétaire. Dans vingt-cinq ans, la Chine pourrait se situer au premier rang des économies. Déjà, les contestation de l'ordre établi se multiplient. Le monde gronde et le rythme s'accélère. Le basculement dont l'année 2008 marque le pivot remet en case la modernité occidentale.

Étrange accident que cette hégémonie de l'Occident. Au XIV siècle le monde a été confronté à une période de crises importantes: pestes, mauvaises récoltes, menaces turco-mongoles de l'Asie centrale. C'était le temps de Tamerlan, du Prince Noir et des empereurs Yuan.[hst] De ces crises, les diverses aires culturelles se relevèrent inégalement. Depuis la péninsule Ibérique, des explorateurs et des conquérants partirent à l'assaut de nouveaux espaces. A la même époque, l'empire du Milieu[hst] lançait, sur toutes les mers ou presque, les sept grandes expéditions de la flotte des trésors de l'amiral Zheng He. C'était la première grande mondialisation, dont deux des principales aires culturelles du globe étaient les points de départ. Pourtant, en l'espace de quelques années, la Chine se replie. L'érection de nouveaux pans de

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la Grande muraille et la guerre contre les nomades des steppes absorbent toutes les énergies de l'empire du Milieu. La flotte des trésors disparaît dans la légende. La mondialisation est désormais hémiplégique, pour le demi-millénaire suivant. [léger comme explication de disparition de la Chine; voir la version d'Anvar liée aux banques – Venise etc.]

Alors que ce déséquilibre se corrige aujourd'hui devant nos yeux, comment expliquer cette supériorité que rien ne paraissait justifier économiquement ou politiquement ? Les uns avancent que les déterminations de la géographie européenne, ouverte sur la mer et prompte aux cloisonnements, avaient façonné une civilisation de compétition et de conquête. D'autres estiment que les transformations des mentalités ont permit à leurs sociétés de développer des avances technologiques décisives, en vertu de facteurs socioculturels internes.

Pendant cinq cents ans, l'Occident a imposé au monde son modèle économique, ses idéaux, son mode de vie. Aujourd'hui, non seulement il perd le monopole du pouvoir, mais sa vision même de la modernité est discréditée.

Historiquement d'abord. Les guerres mondiales et les totalitarismes ont montré que l'Occident avait été incapable de tenir ses promesses chez lui. Les colonisations et les décolonisations ont révélé son incapacité à diffuser durablement ses valeurs démocratiques à l'échelle du monde.

Idéologiquement ensuite, car le discrédit touche désormais les fondements même de son modèle de développement assis sur la trilogie du progrès technique, de la prospérité capitaliste et des mœurs individualistes. L'Occident a bâti son pouvoir sur la technique c'est-à-dire sur une conception idéalisée de la nature qui en faisait un objet et un instrument à la portée des besoins et des désirs des hommes. Le progrès prométhéen repose fatalement sur le viol de la nature. Aujourd'hui, le crime originel resurgit [fr], à mesure que les opinions publiques se rendent compte que la nature n'est pas une ressource infinie et inépuisable, mais un équilibre dont l'homme est une partie. Le réchauffement climatique, les atteintes à la biodiversité et la pollution de l'air et de l'eau remettent en cause la survie même de l'espèce humaine.

De même, le capitalisme occidental connaît soubresauts [fr] et désastres qui annulent bien des promesses. Avec la croyance des Temps modernes en l'autonomie du marché, l'économique s'est constitué en champ distinct du politique, ce qui ne s'est produit dans aucune autre civilisation où les interdépendances entre privé et public sont plus enracinées.

Enfin, le triomphe de l'individu annoncé par la modernité et incarné par les libertés fondamentales autant que par la démocratie libérale est remise en cause. Liberté limitée à l'intérêt, égalité factice, fraternité moquée. Et si la dissolution de toutes les solidarités réelles empêchait, en fin de compte, l'émancipation de chacun ? Ses désirs personnels satisfaits, l'individu découvre le vide d'un monde sans « nous ».

samedi 10 décembre 2011

Le rêve et la réalité

LA CITE DES HOMMES / VERBATIM par NBN/page 29

Le projet moderne promettait l'enclenchement d'un cercle vertueux fondé sur le progrès, la prospérité, la paix et, au bout du compte, le bonheur. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Bien sûr, la mondialisation a permis l'émergence d'une vraie classe moyenne en Chine et en Inde. La pauvreté dans le monde a reculé au cours des dix dernières années. L'Afrique a enfin renoué avec la croissance. Mais cinq sixièmes de l'humanité ne sont toujours pas en mesure de satisfaire leurs besoins et, pour un milliard d'humains, pas même leurs besoins primordiaux. Notre ordre économique continue de creuser les faussés et d'aviver les frustrations. En ce sens, la crise est bien un enjeu de moralisation qui ne saurait se limiter aux excès de la finance et laisser intacte la frénésie de consommation et de spéculation.

Économique, morale, sociale et politique, la crise agit comme un révélateur de déséquilibres inhérents à la volonté de puissance. Le pionnier de Far West n'est pas seulement l'emblème des États-Unis, il est, au même titre que conquistador, le symbole de l'Occident tout entier, forçant le passage en brutalisant les Indiens et se berçant de rêves de ruée vers l'or. Les responsabilités sont collectives laissant percer les illusions dangereuses. [ce passage a été commenté sur VillepinCom pat NBN – où ? -mon groupe ?].

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D'abord, le recours à la force qui a souvent été le mode de résolution des conflits et qui se pare [fr] des habits du droit. C'est l'erreur commise en Irak par l'administration Bush habitée d'une croyance messianique en une destinée manifeste, forte d'une supériorité militaire écrasante.

Ensuite, confiance aveugle dans la capacité d'autorégulation du marché. L'abandon à la Providence permet de croire à une prédestination pour le bien de l'humanité, d'un monde guidé par la « main invisible du marché » annoncée par Adam Smith. A force de laisser faire le laisser-aller l'a emporté.

Enfin, le dédoublement schizophrénique des intérêts constamment pratiqué par l'Occident entre la propagation de nobles idéaux et la défense pragmatique d'intérêts, souvent contraires à l'exaltation [fr] des premières. Cette hypocrisie d'une double morale est la source la plus évidente du rejet de la parole occidentale. Ne prenons que le Moyen-Orient: combien de fois en un siècle, les Occidentaux ont-ils promis la démocratie, le respect, la paix et la prospérité ? Combien de fois se sont-ils dédit depuis les accords de Sykes-Picot de 1916 [hst] ?

La modernité s'est donnée la démesure pour règle, pour le meilleur et pour le pire, dans l'ordre social comme dans l'univers des formes artistiques. Or, presque toutes les civilisations se sont construites sur la recherche de l'équilibre, chacune à sa manière, la Chine confucéenne comme le Japon shintoïste et l'Inde

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soucieuse de la préservation des harmonies cosmiques et sociales. L'enjeu des prochaines décennies pour assurer la cohérence de la cité des hommes oblige à la fois à restaurer de grands équilibres et assurer une gouvernance légitime. L'Occident ne peut plus se permettre de penser seul et pour les autres, il lui faut réfléchir avec et grâce aux autres cultures.

Tandis que l'Occident s'effrite, le monde change. La modernisation s'accélère. Cette grande transformation ne s'est pas faite par les armes. Elle a commencé depuis plus d'un siècle dans les soubassement[fr] de toutes les sociétés traditionnelles. Les villes deviennes le cœur battant d'une nouvelle civilisation où s'apprennent des formes de pouvoirs, de production et de culture inédites. En même temps, la fin de la transition démographique libérera, à terme, le monde des grandes instabilités démographiques et sociales. Enfin, la révolution éducative offre de nouveaux horizons aux hommes. La lecture et l'écriture seront bientôt à la portée de l'immense majorité de l'humanité. Les conséquences politiques et économiques en sont incalculables. Un autre cycle commencé il y a cinq mille ans dans le croissant fertile du Moyen-Orient parvient à son terme.

vendredi 9 décembre 2011

Archipel des villes

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2008 a marqué un autre tournant : plus de la moitié de l'humanité vit désormais dans les villes. L'urbanisation entraîne une rupture de civilisation. Habitat, transports, échanges, productions tout en est affecté. La concentration des populations humaines sur le globe est déjà énorme. Deux tiers de la population occupent à peine un dixième des terres émergées. Les villes absorbent désormais l'essentiel des excédents démographiques de l'humanité, surtout dans les explosives villes du Sud, comme Manille, Lagos et Djakarta. Dans quelques décennies, les trois quarts de l'humanité résideront en ville. Il y à peine un siècle, la même proportion habitat encore les campagnes.

Sur tous les continents, de gigantesques mégalopoles se forment. Les vingt-cinq plus grandes, celles qui dépassent dix millions d'habitants, réunissent à elles seules quatre cents millions d'êtres humains, drainant les populations de vastes territoires. Pour autant, elles se détournent de leur hinterland [fr] pour se consacrer à leurs réseaux mondialisés. Les interactions et les interdépendances de ces immenses cités en font un archipel mondial, un réseaux d'îlots urbains plongé dans des desserts humains.

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Notre perception de l'espace vole en éclats. L'économie mondiale s'est construite sur la différenciation des espaces centraux et de périphéries, les uns et les autres compacts. Longtemps, une ligne nette a séparé le nord et le sud du monde en scindant l'Amérique en deux, séparant les rives de la Méditerranée puis remontant le long de frontières russes. Quel que soit l'indicateur choisi, son tracé restait le même : richesse, développement humain, démographie. Avec l 'ascension fulgurants des pays émergents, on voit les frontières s'estomper [fr]. La crise économique accentue le processus; les limites entre Nord et Sud passeront désormais au sein de chaque État, distinguant des territoires urbains dynamiques, reliés au monde, des banlieues déshéritées et des zones rurales de plus en plus enclavées, vieillissantes et déclinantes. Les contrastes sociaux, au Nord comme au Sud, sont explosifs parce qu'ils exacerbent [fr] les frustrations et les velléités prédatrices [fr]. L'archipel des villes dominantes surgit des eaux à mesure que les autres y plongent. C'est donc là que se dessinent les perspectives d'avenir, que naissent les défis de l'innovation technique, de l'équilibre du pouvoir et de la diversité culturelle.

Défis technologique, tout d'abord. Les villes ne peuvent survivre à ce rythme sans l'innovation. Si le problème n'est pas nouveau, il s'accélère. La « capitale » a toujours été le terreau [fr+/-] d'où émergent les problèmes qui nécessitant des réponses collectives organisées. Que nous

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reste-t-il des cités englouties du passé? Des aqueducs, des citernes, des réservoirs. L'approvisionnement en eau potable, l'évacuation des déchets pour faire face aux risques sanitaires et les installations de vente et de distribution de nourriture, des forums aux souks, sont le cœur même de la vie urbaine. A présent, les défis sont seulement plus massifs. Assurer la distribution d'eau à un coup acceptable pour toute la population devient un enjeu d'urgence dans les plus grandes villes mondiales.

Les mégapoles du XXIe siècle doivent se métamorphoser sans cesse pour subvenir à leur nouveau besoins et développer des technologies innovantes, mises au services de tous. Partout elles sont en train de surgir de terre, en Asie en particulier. Dans la péninsule

Arabique, elle se parent de gratte-ciel vertigineux, de tours pivotantes, d'îles artificielles gagnées sur le golfe Persique. En Chine, la première génération de villes vertes sort de terre, en particulier en Dalian. En Corée et au Japon, des villes nouvelles comme New Songdo inventent la cité de demain, cité intelligente gérée grâce à des systèmes d'information complexes.

Assurer le contrôle des besoins énergétiques est une autre urgence. Les grandes villes sont livrées à des dangers vitaux d'approvisionnement alimentaire avec la rupture de la chaîne du froid; de sécurité publique avec l'extinction de l'éclairage urbain; de survie économique avec l'interruption des transports collectifs et la coupure des réseaux informatiques.

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L'enjeu culturel de la diversité constitue le troisième et le dernier défi. Les villes sont, par natures, des creusets où se rencontrent tant de cultures diverses qu'en naissent de nouvelles. Elles ont toujours attiré les populations rurales voisines, les marchands lointains, les vagues migratoires successives en quête de sécurité ou de prospérité. Le XXIe siècle change l'échelle des mouvements. Les populations en présence sont bien plus nombreuses, les cultures à la fois bien plus diverses et plus lointaines. New York reste aujourd'hui encore exemplaire à cet égard. Plus de la moitié de ses habitants appartiennent à une minorité. Un cinquième se compose d'immigrés. L'enjeu des décennies à venir sera celui d'une ville singularisée et en respiration avec les populations qui l'habitent et la façonnent à leur usage.